Je ne sais pas prier
C’est dit.
Ou alors, pas comme il faudrait, pas comme je le voudrais, pas comme c’est écrit.
Prier, comme on parle à un Père, au Tout-Autre, si grand.
Prier, en mots, en mots légers, bondissants, souriants, ou futiles.
Prier, en mots si lourds qu’ils éclatent, douloureux.
Prier, en Le regardant, face à face, pour que l’esprit ne s’enfuie pas ailleurs, trop loin, trop vite, trop tard.
Prier, parler, demander, remercier, supplier.
Paroles lancées vers le Ciel, paroles en hauteur, de ma petite vie vers un infini infini.
Paroles reçues d’en-haut, paroles venues de si loin, du plus profond de l’éternité.
Paroles à entendre, à comprendre.
Paroles à transmettre, à remettre.
Prier.
Comme on effleure les pages d’une journée, une à une, celles qui affinent le temps et celles qui l’écrasent.
Chacune unique, les belles et les plus noires.
Mots de silence ou mots en musique.
Prier en chantant, dès le matin, quand l’aube s’amuse à réveiller la voix endormie.
Prier à chaque instant, quand un nuage accroche le regard, quand une croix s’élève au milieu d’une campagne verdoyante ou colorée d’automne, quand un pas en croise un autre.
Prier, pour celle qui cherche, pour celui qui doute, avec celui qui espère.
Dans un élan de merci ou dans une colère vaine, pour un oui, pour une vie, prier.
Dans un absolu de solitude ou dans la frénésie d’une multitude, prier.
Dans une confiance enthousiaste ou dans l’attente de la Rencontre, prier.
Je ne saurai jamais prier. C’est dit.
Mais je sais qu’Il écoutera toujours le bruissement du tumulte de nos vies.
22 Commentaires
Trackbacks
- Fernand Correia (fernand) 's status on Monday, 05-Oct-09 18:01:19 UTC - Identi.ca
- 53 coups de pouce (et plus si affinités) « Le blogue d’Edmond Prochain
- Car aime, en « P » | Sacristains
Laisser un commentaire
La syntaxe Markdown, pour une mise en forme facilitée, est autorisée. Plus de détails par ici.



j’aime vraiment beaucoup parce que prier au fond c’est un élan du coeur (nonnono je ne paraphrase personne de connu lol) et que ya pas de méthode pour savoir comment faire…
Ton billet nous ramène à l’essentiel et tout d’un coup je me sens moins seule à ne pas savoir prier (mais et si c’était ça la vrai prière???
lol)
Très beau ! J’aime beaucoup la dernière strophe, elle donne vraiment une impression de bienveillance du Seigneur sur nos vie dans tous ses états.
Dire « je ne sais pas prier » et s’entendre répondre que personne ne sait, mais que chacun sait quoi dire à un ami.
Alors, lui parler, en ami. Lui raconter les joies, les détresses, les colères, les bonheurs, les coups de chance et les bus ratés même si on a couru derrière, les sourires qui gonflent le coeur et les larmes qui laissent muets…
Avoir l’impatience d’aller le retrouver, de savourer la paix de Sa maison, se laisser envahir… Ne rien dire mais simplement goûter la paix du silence et de Sa présence.
C’est très beau, merci !
Quand on sait que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, docteur de l’Église, se trouvait nulle en prière et avait horreur du chapelet… Ça aide à être plus indulgent envers soi-même !
Notre quotidien du minuscule au plus grand, peut aussi être prière. Instants saisis, actions offertes, mais aussi quand la force manque, que la fatigue nous rend lourds, se faire plume dans Ses mains. Merci Anne-Claire pour ton billet !!
« Il n’y a qu’une prière essentielle : c’est le mouvement de l’âme qui s’élève vers Dieu, et c’est le rapport qui en résulte. Dès que l’âme quitte l’affreuse vallée [de larmes] et se tourne vers les hauteurs d’où viennent toute lumière et tout bien, elle prie, elle rencontre Celui qui ne l’a pas quittée, lui qui demeure toujours tourné vers elle, les mains pleines de bénédictions, le coeur débordant de l’éternelle tendresse, et la relation commence, laquelle est amour et vie. » (Face à Dieu – La prière selon un chartreux, Dom Augustin Guillerand)
Êtes-vous vraiment sûre que vous ne savez pas prier ?
Merci Anne-Claire, pour ce billet qui me fait respirer un peu au milieu d’une journée lourde en événements et chargée de rencontres. Je ne sais pas si tu sais prier, mais tu sais écrire, pas de doute… Et ça en aide d’autres à prier.
Bonjour,
Votre billet m’a fait penser à cette petite histoire…
Une femme venait très régulièrement dans une église et y restait longtemps assise, immobile et silencieuse dans les premiers rangs. Un jour le prêtre l’intercepta avant qu’elle ne parte, pour engager la discussion. Il fit remarquer qu’elle passait beaucoup de temps à prier tous les jours. La femme répondit : Oh non, si vous saviez mon Père, c’est catastrophique ! je ne prie jamais, car je ne sais pas prier. Si seulement je pouvais apprendre ! Le prêtre lui répondit que ce n’était pas très compliqué : quand on veut on peut. Il s’arrêta soudain, interloqué, pour faire remarquer : mais au fait, que faites-vous ici tous les jours dans cette Eglise au pied de la croix, si vous ne priez pas ? La femme répondit simplement : et bien c’est sur mon chemin. A chaque fois je passe devant et je vois Jésus là tout seul, alors je rentre et je reste pour lui tenir un peu compagnie, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre ne vienne ou que je doive absolument rentrer chez moi. Le prêtre, prenant la leçon de prière en pleine figure se contenta de la rassurer en lui disant : Madame, surtout ne changez rien. C’est le Seigneur qui prie pour vous.
A tous, merci !
@ yayon: mais non, t’es pas toute seule…
@ JlC: bienveillance, oui, comme un Père.
@ Tigreek: L’entendre dans un silence, goûter à sa Présence…contente de te retrouver ici !
@ Nitt: indulgence et modestie…
@ Claire: je garde la plume, belle idée, merci à toi !
@ AncillaDomini: on n’est jamais sûrs de rien, non ?…
@ Emmanuel Pic: si je peux aider…!
@ Pneumatis: petite histoire, mais riche d’enseignement ! merci de la partager ici.
Bonjour et merci pour ce billet poétique qui mène à la prière. La prière, c’est avant tout une aventure spirituelle… une science d’amour… où tout est gratuit, libre, où on ne donne pas, mais où on se donne. Quelle soit demande, action de grâce, louange, adoration… personnelle, communautaire, liturgique, eucharistique, c’est vécu dans la liberté filiale qu’elle porte les plus beaux fruits. Cri, interrogation, supplication, combat, joie, reconnaissance ou simple silence… elle est toujours entendue, portée et purifiée dans le feu de l’Esprit. Elle est l’acte de foi qui illumine notre vie dont nous découvrons les dimensions divines. Elle est l’acte d’amour qui s’offre à la Miséricorde. Elle est l’acte d’espérance qui transforme en appel et en action de grâce les situations où nous nous trouvons. La prière est missionnaire, trait d’union dans un monde en construction, et reflète l’union fraternelle de ceux qui se reconnaissent enfant de Notre Père. Alors, en ce mois de mission et cette année sacerdotale, accompagnons les prêtres de nos prières.
Très beau billet… Que je reçois comme une incitation à essayer de prier plus de prier mieux… Merci Anne-Claire !
@Pneumatis… Magnifique cette histoire !
merci. ton texte m’a fait pensé à une histoire que j’ai lut un jour (mais où ? je ne sais plus) et qui m’a beaucoup marquée, elle était un peu comme l’histoire rapportée par Pneumatis. En gros c’est l’histoire d’un pauvre homme qui venait tous les jours à la même heure à l’église, il entrait et ressortait peu de temps après. Un jour, étonné de son manège, le prêtre se cacha dans l’église et attendit que l’homme arrive pour voir ce qu’il faisait. Comme tous les jours, l’homme entra dans l’église, le prêtre le vit alors s’avancer dans l’allée, venir se poster sous la croix et dire doucement « bonjour Jésus, c’est Jacques. » puis l’homme repartit. Il arriva que l’homme tomba malade et se retrouva à l’hôpital. Les infirmières étaient étonnées car il était toujours souriant, toujours joyeux et aimable avec tout le monde mais il ne recevait aucune visite. Une infirmière lui demanda comment il faisait pour être comme ça alors qu’il était seul et abandonné et il lui raconta tranquillement que tous les jours à la même heure il avait la visite d’une personne qui se tenait au pied de son lit et lui disait « bonjour Jacques, c’est Jésus. » Je ne suis pas certaine des détails mais le message reste le même. En fait, Dieu s’en fiche qu’on lui parle de façon compliquée ou qu’on lui dise juste bonjour, penser à lui c’est déjà prier en un sens, c’est accepter de lui faire une place dans notre vie, lui dire « je sais que tu es là ». Donc merci pour ton billet qui m’a permis de me souvenir de cette histoire et de penser à Dieu un peu plus aujourd’hui.
C’est une richesse pour ce blog que d’avoir permis à des femmes de rejoindre l’équipe ! On sent une belle différence entre ce billet et ceux des auteurs masculins, même si ils ont tous la même valeur, je pense. Et on voit également une différence d’esprit très marquée dans les commentaires, qui sont pourtant aussi enrichissant que ceux qui se suivent en débats passionnés ailleurs… Bref, merci Anne-Claire pour ce superbe billet, à la fois poétique et réaliste, plus léger peut-être, mais tout aussi dense spirituellement ! Merci à tous les Sacristains et aussi aux commentateurs ! ^^ Ad Majorem Dei Gloriam !
Texte bouleversant qui me parle particulièrement, surtout en ce moment car moi aussi je ne sais pas prier, enfin pas comme je le voudrai… Merci pour votre texte qui est un bijou et que je vais imprimer pour garder dans mon classeur de prières (car oui j’ai un classeur avec les prières qui me touchent, mais pas les miennes vu que je n’ai pas l’impression qu’elles montent …)
@ Christine: La prière est un chemin, chacun l’emprunte comme il peut, à son allure, le fardeau plus ou moins lourd…et vous en parlez aussi très joliment !
@ Franz: prier plus, mieux, prier encore, prier toujours…
@ Miel: les histoires se recollent, les mots se retrouvent au fil d’un billet…
@ C.S. Indhal: chacun écrit avec ce qu’il est, son histoire, ce qu’il vit, ce qu’il ressent…et oui, ça fait toute la richesse de l’endroit
merci en tout cas !
@ Aurélie: chouette idée que ce classeur de textes, de prières…les mots tous les mots, les vôtres aussi, sont précieux…
Les deux histoires magnifiques contées m’en rappellent une troisième : après une belle messe, un homme qui se trouvait important, cultivé, proposa un jour à un pauvre fermier, tout assidu que lui aux eucharisties, mais au dernier rang, de rester un peu afin de prier ensemble pour une connaissance commune. L’idée n’était pas innocente, l’homme cultivé voulait surtout faire étalage de ses connaissances en matière de prière (même au sein de l’église, cela existe, hélàs !). Voilà nos deux compères partis dans leurs prières, notre bonhomme marmonnant force Notre Père, je vous Salue Marie tout en observant du coin de l’oeil son compagnon. Tendant soudain l’oreille, il se rend compte que son voisin se contente de psalmodier l’alphabet. Rouge de colère, il l’apostrophe : « Te rends tu compte de ce que tu fais ? » et l’autre de répondre humblement : « Tu sais, je ne connais pas bien mes prières ; alors, je récite l’alphabet au Seigneur, lui saura faire les prières que j’ai dans le coeur »…..
Pneumatis a écrit:
Merci Anne-Claire pour avoir encore mêlé la beauté à la simplicité, l’élan à la pureté et la prière à la poésie ! Bravo pour ce billet et qu’il soit suivi de beaucoup d’autres, s’il-te-plaît !
C’est très beau… et si vrai ! Que veut dire « prier » finalement, si ce n’est parler avec son Père… il y a tant de manière de prier…