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Petit art de la mystique ordinaire

madeleine-delbrelMadeleine Delbrêl : une drôle de petite bonne femme née il y a un peu plus d’un siècle et dont le procès de béatification suit son cours à Rome. Rares sont ceux qui la connaissent, non par les faits marquants de sa vie (mais, en même temps… lesquels donc ?), mais vraiment, dans toute sa légèreté doublée d’une incroyable profondeur. Car Madeleine n’est pas une figure qui transcende les foules par ses hauts faits, claironnés à la grande assemblée1. Non, son côté extraordinaire à elle, c’est sa vie ordinaire.

Là, tu vas me dire qu’il y astuce parce que ça ne veut pas dire grand-chose. Ben si, sa vie ordinaire, elle est pleine de Quelqu’un, Quelqu’un à qui elle s’est donnée, un Type qu’elle a rencontré, en plein cœur, après avoir pourtant écrit du temps de sa jeunesse folle un sentencieux « Dieu est mort… Vive la mort ! »2. Une rencontre avec laquelle elle s’est efforcée ensuite de vivre en cohérence à chaque instant parce que « le converti est un homme qui découvre la merveilleuse chance que Dieu soit »3 et que, ben… vous ne croyez pas que ça change une vie, ça ?

En tout cas, pour elle, ce fut le cas : tout bascula et elle partit, « missionnaire sans bateau »4, pas loin, oh, vraiment pas loin, à deux pas de chez elle, dans le « désert spirituel » qu’elle voyait dans ce qu’on appelait les « banlieues rouges ». Et ne lui faites pas un sale procès d’affreuse personne dans le monde, qui se serait laissée prendre par lui, ce serait médire : c’était pour être là, elle, chrétienne, porteuse de la formidable Espérance qui l’animait. Là où personne ne voulait aller. Avec Dieu, en Dieu et pour Dieu. Une figure toute simple donc, modèle de ce que peut être un quotidien de vie pleinement chrétien, offert.

C’est ce chemin de spiritualité que nous retrace le documentaire de Véronick Beaulieu-Mathivet5, sorti récemment, comme une introduction à la mystique ordinaire d’une femme insérée au cœur du monde. Une simple assistante sociale aux accents touchants de justesse… Une originale, une vraie, osant le pari de la Charité sans jamais rien altérer de l’Évangile et de sa radicalité. C’est beau, très beau, et on a envie d’en savoir plus. Mais nous ne sommes ici que dans une introduction, une découverte d’un chemin qui résonne particulièrement à notre époque. Et cela explique les choix opérés par la réalisatrice, notamment l’absence de biographie, d’explications… il importe ici premièrement de se laisser toucher par une Foi.

De fait, par ses parallèles filmiques sans cesse tracées entre notre quotidien à nous, gens des rues6 de 2009, et celui des compagnes de Madeleine à Ivry (dont certaines, encore vivantes, témoignent !), accompagnés par quelques-uns de écrits qui nous sont lus avec douceur, on se sent peu à peu pris d’une certitude : Madeleine est une figure pour notre temps, troublante de modernité évangélique, celle-là même qui se vit à temps et à contretemps7.

À quelques jours de la Toussaint, cela résonne particulièrement. Et Madeleine peut alors apparaître telle une figure de proue de tous ces petits saints inconnus à la foule desquels nous sommes invités à nous joindre. Sans tambour8, sans actions éclatantes : avec ce que nous sommes. Parce que, tous, nous y sommes appelés.

Et j’aimerais clore cette recension par ces beaux mots de Madeleine qui terminent aussi le film parce qu’ils résument tout, je crois :

« Il nous reste à faire un beau scandale de charité.
Un nouveau jour commence : Jésus en moi veut le vivre »

Et nous, avec Lui ?
La Sainteté, ça vous dit comme défi ?

*

DVD Un jour nouveau commence, par Véronick Beaulieu-Mathivet avec Françoise Thuriès, « Les amis de Madeleine Delbrêl », 2009.

Pour aller plus loin :

  • Œuvres complètes, aux éd. Nouvelles Cités (t. VII, La Sainteté des gens ordinaires, paru en octobre 2009)
  • Site des amis de Madeleine Delbrêl avec, notamment, une biographie bien conçue.


  1. jouez hautbois, résonnez musettes []
  2. Dieu est mort, vive la mort, texte écrit par Madeleine à l’âge de 17 ans []
  3. cité dans La Sainteté des gens ordinaires []
  4. je lui pique le titre d’un de ses écrits là que, tout à fait entre nous, j’aime beaucoup []
  5. Un jour nouveau commence, voir références en bas de l’article []
  6. Nous autres Gens des rues est l’un des textes les plus connus de Madeleine, publié en 1938, réédité dans le livre cité ci-dessus, t.VII des Œuvres complètes []
  7. dur, dur de trouver le tempo… []
  8. sans guitare spécialement non plus, hein, je précise pour les inquiets []




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11 Commentaires

  1. Zabou tu me fais envie avec ce DVD !!! J’aime beaucoup Madeleine Delbrêl, sa simplicité, son humour cette vie incarnée. » Le bal de l’obéissance », la passion des patiences, pas toujours nécessaire d’aller très loin ou de courir les monastères pour vivre la Rencontre. Merci !!

  2. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Un scandale de charité… Ca c’est une idée ! :)

  3. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Cela fait très envie de mieux connaître Madeleine Delbrêl. J’ai une petite vie à lire depuis fort longtemps… J’ai l’impression qu’elle a su en particulier être présente là où les communistes et autres progressistes étaient, en dialogant avec eux mais sans compromission.

  4. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Je m’étais arrêtée à quelques citations, je crois que je vais aller creuser un peu plus le parcours de cette « drôle de petite bonne femme » pour découvrir vraiment le personnage ! Merci encore Zabou !

  5. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    quand je pense que j’ai commencé au moins 10 fois « Nous autres, gens des rues », sans jamais arriver à le finir, alors que j’aime vraiment ! c’était pas le moment, je suppose. Je vais tenter la 11ème fois… Merci pour le rappel.

  6. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « La sainteté comme défi, ça vous dit ? » Chiche !

  7. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    La Sainteté ne s’acquiert pas, elle se vit chaque jour. Nous côtoyons dans notre quotidien des saints qui s’ignorent. Après leur naissance à la vie éternelle, sans doute sur terre, ne seront-ils jamais canonisés mais nous les fêterons tous les ans, le jour de la Toussaint.

    Des saints qui font ou feront au cours de leur étape terrestre un ou des miracles qu’ils ignoreront. Dieu a besoin d’eux pour être parmi nous en nous les donnant en exemple.

    Non pas, ce chirurgien qui fait des « miracles », ici il ne s’agit que de compétence, même si ce de fait il retarde, dans certains cas, le retour de son patient vers le Père que d’aucun appelleront « Miracle ». Mais des chrétiens ordinaires qui, par leur vie de sainteté, au jour le jour, ont l’écoute attentive du Père, saint vivant à qui l’on s’adresse directement en sollicitant d’eux des prières : (mets Untel ou Untel dans tes prières), ou bien, sans qu’il le sache, en les priant pour leur intercession, qui sera source d’une vraie intervention Divine miraculeuse. J’en suis convaincu, des chrétiens vivant la sainteté au quotidien obtiennent de Dieu des « Miracles » au cours de leur vie terrestre. Mais Chut il ne faut pas leur dire.

    Oui la Sainteté très bien comme « défi », mais y a du travail !!!!! (au moins pour moi).

  8. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Quand j’étais au séminaire (les lointaines années quatre-vingts), et alors que je m’apprêtais à rejoindre une paroisse dans un quartier réputé difficile, l’un de mes enseignants m’avait dit : « Ce qui se passe aujourd’hui dans les banlieues, c’est ce qui attend l’Église dans vingt ans ». Vingt ans plus tard, je me rends compte qu’il avait raison. Madeleine Delbrel a vécu en avance l’exil que nous connaissons au XXI° siècle, mais, à la différence de ses contemporains qui le pressentaient également, elle ne s’en est pas inquiétée outre mesure, ou plutôt elle ne s’est pas demandé comment reconquérir le terrain perdu. Je mets son témoignage en parallèle avec les travaux récents de la conférence des évêques à Lourdes : pour eux, comme pour elle, il ne s’agit pas de « gérer la pénurie » (pour reprendre le tire d’un article du « Monde » d’hier), mais de comprendre sur quels chemins Dieu entraîne son Église.

  9. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Il est vrai qu’en Palestine, vers les années 33; il n’y avait pas des tas de chrétiens non plus!

  10. @ do: Merci de votre commentaire, Do, mais quand je parlais de mes jeunes années je ne pensais pas à l’an 33…

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