Confessons un amour…
Un vicaire de ma paroisse a dit : « La semaine prochaine, prédication sur le sacrement de Réconciliation. Mais, pour aider le prédicateur, que chacun d’entre vous se demande : « qu’est-ce que je dirais si je devais faire le sermon ? ». Ca m’aidera et… ça vous aidera. » Pfiou, la tuile. Genre chacun d’entre nous, on doit être capable de faire le sermon ?
En rentrant, j’ai réfléchi. En fait, nous dire cela n’était pas si bête… Il avait gagné, encore gagné mon vicaire : j’y réfléchissais. Pas comme à un sermon, non, mais à ce qu’était le sacrement de Réconciliation, pour moi. Et ça devait être là son but.
J’ai souri. La confession, on voit tellement ça comme une caricature !
Et moi la première… j’ai tellement longtemps cherché son but, son utilité parce que, oh la vache, que c’était difficile et humiliant d’y aller ! Mais, à la sortie de celui-ci, je me sentais quand même d’une légèreté incroyable, dans une joie profonde, et, cela, je n’ai jamais pu le nier, même avec ma sale caboche d’ado bornée. Effet psychologique, sans doute, me disais-je, ne voulant pas creuser trop profond de ce côté-là.
Puis, un beau jour, j’ai compris. Ou plutôt j’ai saisi – si ce n’est Lui qui m’a saisie ? – ce qu’il me faudrait désormais tout une vie pour comprendre et accueillir : le fabuleux Amour de Dieu pour… pour moi. Et en fait, le sacrement de Réconciliation, c’est cela, rien que cela : la confession d’un Amour qui me dépasse, qui m’appelle, qui m’emporte. C’est facile à dire, oui, et mon amour des mots peut m’emporter à son tour mais là où cela a justement toute son importance, c’est que ne sont pas que des paroles.1
Si j’ouvre mon Catéchisme2, je tombe sur cette définition : un sacrement « est un signe efficace et sensible de l’action du Christ en faveur des hommes ». Efficace et sensible… comme tous les autres ! Ni plus, ni moins ! Alors, quand on a fait le trio gagnant des sacrements de l’initiation chrétienne3, c’est pas fini ! Les sacrements qui peuvent se recevoir plusieurs fois, c’est pas pour rien : ce sont de vraies béquilles pour marcher, bande de boiteux que nous sommes ! Parce que Dieu, il n’est pas idiot, il sait bien que nous ne sommes pas des petits êtres éthérés qui pouvons nous passer de lui, alors, hop, sacrement : il ne va pas nous laisser comme ça sur le bord du chemin, faut pas croire !
Oui, je caricature à grands traits mais le côté sensible, il est là pour ça : des signes, concrets, pour nous parler, parce qu’on est parfois dur de la feuille, même pour entendre un « je t’aime » si savamment, si tendrement surtout, susurré. Alors, accueillir l’Amour de Dieu par des signes humains, si à la hauteur de mes cinq petits sens, ben, je ne suis pas un surhomme4 et cela me fait du bien. Et le « et moi, je te pardonne tous tes péchés », eh bien il me bouleverse là, au fond de moi, comme une brûlure d’amour. Avant de me sentir légère et en paix. Alors, pourquoi se priver de tous ces bienfaits ?
Souvent parce qu’on a l’image de quelque chose de difficile pour soi, d’une démarche humiliante…Et puis, j’ai rien fait de grave, non ? Oui ce n’est pas simple, et pour moi non plus d’ailleurs, je ne m’exclus pas du lot. Mais c’est un autre écueil que croire qu’on y va pour se morfondre, pour se frapper uniquement la poitrine, alors qu’on y va avant tout parce que l’on se sait aimé, formidablement aimé ! Et confesser un amour torride ! Et passionné, quoi qu’on en dise ! Sinon, pourquoi y aller, hein ?
C’est parce que l’on voit toutes les fois où l’on n’a pas vécu en adéquation avec cet amour, quel que soit le domaine où on l’a mal décliné5. Alors, c’est à Celui qu’on aime que l’on vient demander pardon. D’ailleurs, dans le Miserere, le psaume 50, il n’est pas dit autre chose
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton Amour, Selon ta grande miséricorde, efface mon péché Lave-moi tout entier de ma faute, Purifie-moi de mon offense.
« Pitié ! » Ce « pitié », on a envie de le crier, non parce qu’on tremble, mais bien parce qu’on aime, oh pas assez, mais on aime ! Et qu’on se sent si merdouilleux, si peu à la hauteur… Et c’est Dieu qui vient à la nôtre, de hauteur, dans ce sacrement… Il vient relever notre corps prostré, blessé, écorché de partout, comme le petit enfant qui a fait des tonnes de bêtises, pour nous remettre debout, pour continuer le chemin vers Lui. Peu importe ce que j’ai fait, peu importe ce que j’ai dit : il me faut apprendre à marcher.
Si la confiance est là, tout se dit vite et tiendrait en quelques mots : « je T’aime. Mal, pardon… terriblement mal, pardon, vraiment. Mais Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime »6 et ce sont les bras du Père de l’enfant prodigue qui s’ouvrent à nouveau, à chaque fois.
Et l’homme pécheur devient homme pardonné. Et je suis sûre que, si l’on écoutait bien, l’on entendrait un cœur chanter.
- et nous l’allons montrer tout à l’heure [↩]
- comment ça, vous ne l’avez pas toujours sous la main ? Allez, je vous aide Catéchisme pour adultes des évêques de France, § 376 [↩]
- baptême – eucharistie – confirmation [↩]
- une surfemme, ok, si vous préférez [↩]
- ouais, parce que l’Amour, il se décline : c’est comme le latin, les règles en moins puisqu’il convient de les inventer chaque jour [↩]
- si vous avez reconnu Jn XXI, 17, vous avez tout bon [↩]
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Billet splendide, qui donne même au prêtre l’envie d’y aller …
Tellement humble et vrai. Très belle explication convaincante. Merci ( tu vas remplir les confessionaux )!
Vraiment un très beau billet. Personnellement, j’ai trouvé de l’aide pour apprendre à aimer davantage ce sacrement dans l’image du père qui ouvre ses bras comme dans le fils prodigue évidemment (cf. la chanson de Third day Run to you qui dans son genre n’est pas mal du tout). C’est pour certains une étape difficile (comme pour Durtal ?) pour d’autres cela vient d’une prise de conscience liée à la communion plus fréquente mais personne ne peut vraiment s’en passer…
« La confession, on voit tellement ça comme une caricature ! »
Ce n’est rien de le dire ! Et que penser aussi des confessionnaux, espèces d’armoires néogothiques et sombres, tapissées de toiles d’araignées, qui servent le plus souvent de débarras pour les vieux cartons de cierges… Et pourtant, la première fois que j’ai pu (ou plutôt que j’ai dû) m’y confesser, vers 20 ans, je me suis trouvé dans un lieu qui non seulement était parfait pour se confesser (au niveau ergonomie, pour se mettre à genoux, on fait pas mieux ! Quasiment du Ikéa !!!), mais dans lequel, en plus, il y avait eu tant de larmes versées, mais aussi de grâces données et de pardons accordés, que j’ai soudain trouvé ce « vieux placard » absolument lumineux !
très beau billet qui donne envie de parler de celui qui est en face. Celui qui écoute au nom de Dieu, celui qui laisse monter au travers de ses oreilles le désir de conversion vers Celui qui appelle le pénitent, le prêtre qui rend grâce à chaque instant pour cette démarche, pour sa justesse, pour la conversion déjà à l’oeuvre. Le prêtre qui n’aura pas à oublier parce que les propos ne lui sont pas adressés, le prêtre qui donnera la parole du pardon à entendre… et le même prêtre qui jouera parfois le jeu du dialogue autour de ce qui est dit, en essayant d’être juste et bon.
c’est un chamboulement intérieur, j’en avais parlé là: http://davidlerouge.fr/index.php?post/2008/12/04/ca-bouge-dans-les-cerveaux/ (hop, du link dropping)
Merci Zabou !
Pour être honnête, oui, c’est un sacrement qui me fait peur… Sans doute parce que je n’ai pas assez foi en l’autre, en Jésus qui se trouve là, dans le prêtre à côté de moi, Dieu qui se fait homme une fois de plus pour nous accueillir dans ce sacrement… Ce doit être mon côté protestant aussi : souvent les réformés manquent d’humilité, la relation du fidèle à Dieu ne tolérant pas d’intermédiaire, on est sensés demander pardon « directement » au Seigneur… C’est plus facile, quelque part… Même si Brel chantait « c’est trop facile d’entrer aux églises, de déverser toute sa saleté, face au curé qui dans la lumière grise, ferme les yeux pour mieux nous pardonner »…
Je crois qu’on entendrait deux coeurs chanter !
Zabou et ses chouettes billets…d’abord l’accompagnement spirituel, aujourd’hui, le sacrement de réconciliation…J’ai toujours été impressionnée, bouleversée par ce qui pouvait se passer, se dire, si petite devant Lui, si grand. On a beau avoir préparé les mots, les idées, rien ne se passe jamais comme prévu. On est accueilli, écouté, comme porté pour aller plus loin, chercher, comprendre. Il n’est pas rare que j’en ressorte en pleurant, enveloppée d’un Amour infini et à bien écouter, le cœur, lui, doit aussi chanter…
Le plus simple, c’est de faire court : merci !
Thomas Roberts disait : la miséricorde de Dieu, c’est une corde que Dieu tend à notre misère. Merveilleuse corde que le sacrement de réconciliation. Merci Zabou d’avoir souligné qu’avant tout, la confession est une confession d’Amour.
Merci pour ce si beau billet Zabou.
Eh bien, j’espère que tu as transmis ce message à ton vicaire,e t qu’il l’a lu. Parce que quand quelqu’un parle comme ça du sacrement de la réconciliation, et que ce n’est pas un prêtre, il faut vraiment le partager… (du coup, je fais un renvoi depuis mon blog…)
Et comme prêtre, j’aimerai témoigner de la joie de donner le pardon de Dieu. Un pardon que le Seigneur nous offre car il nous aime. Et franchement, être celui qui permet de transmettre cet amour, qui l’éclaire d’une manière neuve, c’est génial !
Et pour tous ceux qui ont peur de vivre ce sacrement, j’ai un témoignage ; je ne sais pas si c’est un don personnel, mais je ne me souviens jamais (à une exception près) d’une confession. Dieu me donne la chance d’oublier jusqu’aux personnes qui sont venues… Même dans ma paroisse, je ne sais pas qui a vécu le sacrement ou non… Je prie pour ces pénitents, je leur dit des paroles (ne me demandez pas lesquelles, parfois je l’ignore moi même – Beh oui, le Saint Esprit existe !), mais je ne me souviens presque de rien. Et je suis sûr de ne pas être le seul… Alors n’ayez pas honte, allez voir un prêtre pour vivre ce sacrement, car lui aussi est pêcheur et ne vous jugera point… C’est le sacrement de la miséricorde et de l’amour, pas du jugement…
Bonne route vers Noël à toutes et à tous !
Ce billet sonne si vrai… Ce qui est étonnant, en fait, c’est qu’il y ait si peu de candidats à ce sacrement, et autant à l’eucharistie.
@ NM : Heureuse que vous parliez de Durtal. Certes, pour lui, ce fut difficile… mais quel moment ! Vous avez vu ça ? La confession, sa confession avec le père Maximin, ça le retourne complètement : c’est vraiment fou ! Je ne pense pas que l’on puisse écrire un texte d’une telle force sans l’avoir soi-même vécu… Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est dans ‘En route’ de J.-K. Huysmans (partie II, chap. 3). Quant au « d’où ça vient », je crois que les deux raisons que vous proposez sont tout simplement intimement liées.
@ Tigreek : je crois que ça vient, avec le temps… mais, si ça peut te rassurer, je flippe comme une malade quelques minutes avant d’y aller ! (encore un truc que je confesse dans cet article !
)
@ Anne-Claire : En fait… me too.
@ Lemessin : c’est fait depuis ce matin en version papier ! A cause des 2 autres padres de ma paroisse qui l’ont accueilli hier en lui disant : « Ben alors, tu fais les unes sur internet maintenant ? ». C’est malin… Bon, il m’a remerciée… d’avoir écrit que ce qu’il disait « n’était pas si bête » ! Ah ces prêtres
!
Merci à toi et à David de nous avoir donné des aperçus de « l’autre côté ».
@ Le Chafouin : p’têt ben pour ça qu’il ne faut pas hésiter à en parler ?
En ce temps de Carême où ce sacrement sera proposé, qu’il est agréable de lire ce billet. Comment dire au prêtre (celui que j’aime beaucoup, celui que j’apprécie moins, celui que je ne connais pas, qu’importe!), comment dire à Dieu que je suis nulle en amour, que je voudrais bien aimer mais que je ne peux pas ou pas toujours, ou que j’aime si mal. Comment avouer que je suis si petite devant Lui alors que( mine de rien), c’est vraiment une évidence. Surtout que bien souvent ça fait un bail qu’on ne s’est pas fait violence, on n’y court pas très souvent, on y va même souvent à reculons; … et on a rien à dire??? depuis si longtemps??? Ce sacrement qui, quand on l’a reçu, nous permet d’entrer à nouveau dans une vraie relation avec Dieu et avec les hommes, on devrait le recevoir comme un don et on prend ça pour une corvée, un pensum; alors que c’est ici que Dieu nous dit » et moi je te pardonne tous tes péchés ».
On devrait vraiment y courir avec le sourire de celui qui se sait aimé parcequ’il se reconnaît pécheur.
Enfin, je vous rassure, je vais y courir à reculons quand même mais avec la certitude d’avoir le sourire après.
Merci pour ce très beau billet
@ Firenze : J’aime bien votre message, il me rappelle ce que disait une des responsables de l’école de prière de mon diocèse lorsque nous préparions la journée réconciliation du cru 2009. Elle parlait de l’aspect positif du sacrement et racontait qu’une année antérieure, un enfant l’avait interpelée à ce sujet : « Mais, si c’est si bien que ça, pourquoi on y va tout triste ? Il faut y courir ! » Et elle nous disait que, depuis, elle proposait aux enfants d’aller voir le prêtre.. en courant !