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Le site qui sonne les cloches

Maintenant, et à l’heure de notre mort

Curieusement, les enterrements ne me pèsent pas. La seule chose, c’est que ça tombe souvent au mauvais moment. Mais c’est sans doute une des occasions, dans ma vie de prêtre, où j’ai le plus l’impression d’être utile : car ces gens qui viennent à moi, que je ne connais pas, et qui me parlent de quelqu’un que je connais encore moins, attendent vraiment quelque chose de très important. Ces obsèques qu’ils sont venus préparer, ce sont leurs premiers pas sur le chemin du deuil ; un chemin dont ils ignorent tout, sauf qu’ils y sont embarqués alors qu’ils ne l’avaient pas cherché. Et moi, pauvre prêtre, je suis là, porteur d’un peu d’attention, d’écoute et surtout de l’incroyable trésor de sagesse de l’Eglise, et j’ai l’audace de leur proposer des gestes et des paroles pour les aider à faire ce chemin. Ce qui se vit là s’oppose absolument à toutes les convictions véhiculées par nos mentalités d’hyper-modernes : on y découvre que nul n’est jamais le maître de sa propre vie. Telle est pourtant la vérité ultime de l’existence, à laquelle nous avons tant de mal à consentir – et tel est sans doute l’un des enjeux de la célébration d’obsèques religieuses.

Le boulot n’est pas facile. Ceux qui viennent ont déjà leurs idées sur la question, et ce ne sont pas les miennes. Ils déposent, pêle-mêle dans la salle d’accueil du presbytère, leurs propres attentes, étroitement mêlées – et parfois contradictoires – avec ce qu’ils pensent être les dernières volontés de leur défunt. Des volontés qu’il a exprimées dix, vingt ans auparavant, et dont je me demande toujours ce qu’elles ont de « dernières ». Quant à leurs attentes, elles sont parfois plus proches de Six Feet Under1  que du désir de faire une expérience de Dieu et un témoignage de foi. De tout cela, la marchandise que je déballe est souvent fort éloignée, et il faut déployer des trésors de prudence, de pédagogie, de compréhension, pour faire comprendre que telle musique n’est pas forcément bien choisie même si c’était celle qu’il aimait ; qu’il est important de faire quelque chose, de prendre la parole, ce jour-là, pour dire « à Dieu », et pas d’attendre que tout vienne de M. le Curé ; que la mort n’est pas, pour un chrétien, la dilution dans le cosmos, mais un sommeil dont on se réveillera à la fin des temps ; et que ce n’est pas forcément moi qui suis le mieux placé pour faire l’éloge d’un défunt qui est pour moi un parfait inconnu – éloge qui manque d’ailleurs, bien souvent, de vérité, à tel point qu’une dame un jour en sortant de la célébration m’a demandé si elle ne s’était pas, par hasard, trompé d’endroit tant on avait encensé la mémoire d’un disparu dont elle n’avait pas gardé un si bon souvenir.

Le pire, c’est quand il y a crémation. D’abord parce que tout le monde, dans la famille, n’est pas forcément d’accord, et que certains auraient préféré la solution plus traditionnelle de l’inhumation. Ensuite, parce que la crémation va souvent de pair avec une célébration dans un salon funéraire – quoi de plus désespérant et de plus païen que ces chapelles sans Dieu, où la mort, policée, maquillée, tarifée, est la vedette du spectacle ? Surtout, parce que la crémation n’a aucun sens, et que c’est justement à ce moment-là qu’on a besoin de trouver du sens à ce qui nous arrive. Un sens auquel on n’accède pas par des discours, mais dans des gestes et des rites.

J’ai beau me creuser la tête, je ne vois pas de sens à abandonner un corps aux flammes. Pas de sens en tout cas dans la tradition qui est la mienne. Un ami hindou m’avait raconté comment, lorsque son grand-père est mort, il avait dû lui-même mettre le feu au bûcher funéraire ; il m’avait expliqué la signification de ce geste : dans l’hindouisme, il s’agit du dernier sacrifice que l’on rend à Dieu, on lui offre son corps, lorsque la vie s’en est retirée. C’est beau, c’est riche. Dans le christianisme, c’est autre chose. L’inhumation s’est imposée comme signe de la différence chrétienne : cela, pour signifier que le corps est comme le grain que l’on met en terre dans l’attente de la vie nouvelle. S’il est couché, c’est pour rappeler que la mort est un sommeil ; c’est d’ailleurs pour cette raison que nous ne parlons pas de nécropoles, mais de cimetières, c’est-à-dire, littéralement, de dortoirs. Or, quand on prend la peine d’interroger les gens sur les motifs qui leur font préférer l’incinération, ils oscillent toujours entre des raisons hygiéniques et le désir de ne pas encombrer leurs descendants avec un caveau inutile et coûteux… C’est ainsi que, petit à petit, les rites de l’Eglise perdent de leur force pour se retrouver dilués dans un vague désir de rationalité a minima, sourd à l’humanité profonde d’une tradition millénaire et à son sens religieux.

Pour terminer, un très beau souvenir : il s’agissait de prier pour un jeune homme qui s’était donné la mort, après une vie de misère, jalonnée d’échecs sentimentaux et professionnels. De cette vie, une dame que je connaissais bien et dont je savais l’incroyance revendiquée l’avait tiré pendant un temps, s’occupant de lui trouver un logement et de lui donner une formation. Et voilà qu’il avait décidé de mettre un terme à tout cela, en laissant une lettre dans laquelle il exprimait sa foi et son espérance de retrouver un jour les siens. Ce jour-là, chacun montra son vrai visage : les copains, invraisemblable bande de loulous emblousonnés et chevelus ; la famille, digne dans sa douleur ; la dame surtout, qui, sans jamais abandonner un pouce de ses convictions laïques, avait tenu à accompagner son enfant d’adoption dans le rite qu’il avait choisi, donnant de cette manière un étonnant et magnifique témoignage de vérité dans l’amour. Vérité et amour : tel est ce que l’on vit de plus fort dans un temps pareil, et c’est une chance pour un prêtre de pouvoir en être le témoin. La parole de Dieu tombe alors comme jamais : elle entre en résonance avec les sentiments les plus profonds et les plus forts, et c’est ce qui établit sa vérité. Je ne me souviens plus de ce que j’ai dit ce jour-là, mais je me rappelle fort bien la question de la dame, au sortir de l’église : « Père, pourriez-vous me dire ce qu’il faut faire pour rencontrer Dieu ? ». Je n’ai pas eu le temps de lui répondre, mais je sais que quiconque pose cette question-là est travaillé au plus intime par Dieu lui-même.



  1. Série américaine qui se déroule dans une société de Pompes Funèbres []




28 Commentaires

  1. Merci pour ce billet, Emmanuel. Dommage que tu n’aies pas eu le temps de répondre à la dame, j’aurais été ravi de profiter de la réponse. « Va, vend tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et suis-moi », cela aurait probablement fait jaser. Mais pour une réponse sérieuse, il faut toute une vie, non ? En tout cas, cette question témoigne bien de ce qu’elle avait vécu.

    Je te remercie aussi pour le sens que tu donnes à la mise en terre. Il est possible que cela change ma perception des cimetières. Effectivement, on peut s’interroger sur le véritable sens à donner à la crémation, si l’on exclue les considérations pratiques que tu évoques. Peut-être y a-t-il une volonté de rayer pour de bon toute présence ? Probablement, aussi, une angoisse quant à l’avenir peu réjouissant de son corps ? Toujours est-il que le sens du corps couché comme dans un sommeil, et du corps mis en terre comme une graine.

    Une question toutefois : dans quelle mesure est-ce vraiment une singularité chrétienne (à tout le moins à l’origine) ?

  2. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Merci…

  3. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Je partage tes réflexion Emmanuel, même si je ne peux me prévaloir de ton expérience. En ce qui concerne la question de la mise en terre ou de la crémation, je me suis souvent posé la question et j’arrive aux mêmes conclusions. Il n’est pas toujours facile d’en parler, surtout dans les moments difficiles… Paradoxe complexe que de respecter la volonté d’un mort tout en tenant compte des besoins, croyances et avis de la famille proche qui aura à continuer de vivre en découvrant une nouvelle forme de communion.

    J’en profite pour livrer moi aussi un court témoignage. J’ai du célébrer les obsèques du Fils de mes voisins avec qui j’ai grandi. 38 ans. La douleur était grande et vive mais elle n’étais pas sans espérance. Je n’étais pas sûr que j’arriverai au bout mais pour Olivier et sa famille je voulais le faire. Le cœur serré j’ai tenus bon tout au long de la célébration, je ne me suis effondré en larme qu’une fois la grille du cimetière franchie à la toute fin. C’était la première fois que je comprenais en vérité la dimension de cet ultime acte d’humanité que nous posons et la beauté simple et profonde des rites que nous accomplissons.

    Merci en tout cas pour ce beau billet qui porte loin.

    Je recommande aussi vivement la lecture du très beau petit livre du Père Robert Scholtus:

    Robert Scholtus, Lettre à mes morts, Bayard, Paris, 2009

    (Sur mon blog une recension)

  4. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Emmanuel

    Et si vous lui aviez dit : « Mais c’est fait, Madame… En ce qui vous concerne, c’est fait ».

  5. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Pour les familles, le choix de la crémation est, très souvent, un choix économique : c’est effectivement moins chère… Les plus anciens, eux, constatant l’éloignement de leurs proches, ne veulent pas d’une tombe à l’abandon; ou qu’on les oublie : du coup, ils s’oublient pour les autres. Je reste personnellement hanté par la réflexion d’un pasteur évangélique (?) : Nous cheminions dans un vaste cimetière en devisant sur les différences catholique/ protestant : et lui de m’asséner : « bien sûr que la défunte était pratiquante, sinon, nous n’aurions pas fait de cérémonie… » Alors oui, je comprend l’argument expliquant que c’est une excellente manière de voir de nouvelles têtes sous nos clochers. Mais quand le prêtre ou l’officiant(e) parle, chante et prie seul(e)… Comme il en faut, du courage !

  6. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Merci pour ce beau billet. Le travail du prêtre n’est pas aisé dans ces circonstances, d’autant plus que comme lros des baptèmes ou les mariages, l’assistance n’est pas forcément unanimement catholique…

    Pour la crémation, elle me gêne en ce qu’elle empêche ce que permet l’enterrement classique : avoir un point de rendez-vous avec le défunt. Mon père est mort il y a de cela six ans maintenant. Cela a été un grand choc pour moi. Et je n’imagine pas de ne pas avoir ce point de repère, ce lieu où je peux le retrouver. Une simple urne aurait rendu ce rendez-vous possible, mais la signification aurait été différente. Et symboliquement, cela illustre aussi le fait que je pourrai le retrouver, au bout du bout.

    Mais on peut parfaitement comprendre les motifs qui poussent à la crémation.

  7. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Merci pour ce bel article.

    Une question me taraude néanmoins : peut-on à la fois être ensoutané et emblousonné ? ;-)

  8. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bonjour,

    Le choix de la crémation est effectivement un choix économique, mais aussi parfois lié à la peur d’être enterré vivant – terreur multi-séculaire bien connue ! – en plus de l’appréhension sur le devenir du corps enterré.

    Peut-être faut-il relativiser l’importance du « corps en terre » dans son intégrité : il a longtemps été coutume dans l’Europe du Moyen âge et de l’époque moderne, de partager les corps des défunts (en général, bien sûr, des franges relativement aisées de la population) : coeur dans la chapelle familiale, entrailles dans telle autre (dans un couvent où le défunt avait ses habitudes par exemple), corps – enfin ce qu’il en restait, à ce stade ! – dans le cimetière de la paroisse… Ce côté « morceaux choisis » peut paraître choquant pour nous mais il était parfaitement normal pour l’époque. Cela fait réfléchir sur la pratique funéraire que l’on nous présente comme « officielle selon l’Église » : finalement, l’inhumation n’a pas été si universelle et si absolue.

    D’où la nécessité, à mon avis, de prendre en compte les histoires personnelles des défunts.

    Ma grand mère avait choisi l’incinération par crainte de « prendre trop de place » dans le caveau familial : pour la petite histoire, sa belle mère lui avait, paraît-il, déclaré qu’il n’y avait pas de place pour elle, à ce qu’on m’a raconté (ambiance…). D’où son choix. Mon grand père qui l’a suivie s’est fait incinérer pour faire comme elle. Leurs urnes sont dans le caveau familial avec celui de ma grand-tante également incinérée pour les « suivre ».

    Lorsque ma belle-mère est décédée, le choix s’est très vite porté sur la crémation. Je me suis en revanche prononcée contre la dispersion des cendres en expliquant que je voulais que nos enfants puissent avoir « un point de rendez-vous » avec elle.

    Merci pour ce très beau texte.

  9. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Inhumation ou crémation? peu importe, l’important c’est que nos défunts aient toujours un espace dans notre cœur. Je vais au cimetière une fois par an pour la Toussaint sur la tombe familiale mais je pense toujours et en toutes occasions à ceux que j’ai aimés et qui reposent loin dans un autre cimetière ou qui ont été incinérés. Pour moi aucun « point de rendez-vous » m’est nécessaire pour avoir une pensée ou un prière pour eux. Des deux symboles : le grain qui vas germer ou l’offrande à Dieu , je pencherai plutôt pour le second.

    Les copains, invraisemblable bande de loulous emblousonnés et chevelus : Quid du père Guy GILBERT !

  10. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Artémise : merci pour ces précisions, que le genre littéraire du blog (nécessairement bref) ne m’a pas permis d’apporter. Je confirme pour la terreur d’être enterré vivant : c’est souvent quelque chose qui vient dans les discussions approfondies sur le sujet. Il est vrai également que l’inhumation n’a jamais été une règle éternelle. Mais elle signifie beaucoup plus, dans la tradition catholique telle qu’elle est reçue actuellement, que le morcellement des corps (qui était en réalité assez rare).

    @ Jean-Louis : le Père Guy Gibert est en effet emblousonné et chevelu, ce qui ne l’empêche pas d’être parfois ensoutané. Plus sérieusement, je trouve intéressante votre contribution, car elle me semble très représentative de la manière que l’on a aujourd’hui de poser le problème et plus généralement les questions de foi : l’important est le sens que l’on donne soi-même au rite, et pas le sens qui lui est donné traditionnellement ou par la hiérarchie ou le dogme. Or, ce qui fait la force d’un rite n’est pas tant le sens qu’on lui donne soi-même que le fait qu’il nous est donné de l’extérieur. C’est précisément à cette difficulté que l’on se trouve confronté quand les deux conceptions s’affrontent : d’un côté, celle du prêtre qui est l’homme de l’autorité et de l’extériorité ; de l’autre, celle des bien des croyants qui veulent d’abord une célébration qui réponde à leurs convictions et leurs désirs personnels.

    @ Koz : à vrai dire, je ne sais pas quelle réponse donner à la dame, sinon espérer qu’elle arrive à voir clair en elle. Mais, connaissant son intégrité, je ne doute pas que la vérité se fasse. Pour le caractère typiquement chrétien de l’inhumation : Artémise a fort bien répondu, mais j’ajoute que bien sûr les chrétiens ne sont pas les seuls à la pratiquer. Ce qui est original est le sens qu’ils lui donnent. Du coup, cela nous fait comprendre le pourquoi des rites de l’Eglise, et pourquoi aussi lorsqu’on les manipule on touche à des choses qui concernent notre humanité profonde : un rite, c’est un geste qui parle un langage subliminal et qui véhicule des significations extrêmement riches. Il nous fait entrer d’un coup dans un univers que les mots ont du mal à décrire. Il a une fonction initiatique et apaisante en ce qu’il nous fait entrer en contact avec le divin. En abandonnant un rite aussi fort que l’inhumation, nous laissons tomber beaucoup de l’héritage chrétien, sans le remplacer par autre chose (car ce que j’ai dit sur l’hindouisme ne concerne que l’hindouisme et ne peut guère être transposé dans l’univers chrétien).

  11. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Emmanuel Pic a dit :

    « [le rite] a une fonction initiatique et apaisante en ce qu’il nous fait entrer en contact avec le divin »

    Mais le rite de crémation des hindous ne les fait pas rentrer en contact avec le divin, il ne les fait rentrer en contact qu’avec leur superstition. Ou bien entrent-ils en contact avec le Dieu du Christ à travers leurs coutumes ? Voilà qui paraîtrait étrange.

  12. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Il paraît que c’est la première fois, dans l’histoire de notre civilisation, qu’apparaît le souhait de ne laisser aucune trace de soi après la mort… On le voit à travers les demandes de crémation et dispersion des cendres.

  13. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bonjour,

    Effectivement, l’inhumation n’est pas chose réservée aux chrétiens.

    Dans la série (fort bien fichue) « Rome », une jeune femme mourante recommande expressément à son compagnon, un romain (donc « païen » pour nous, mais il avait une excuse, le pauvre, Jésus n’était pas encore passé par là !), de ne pas brûler son corps, mais de l’enterrer, parce que dans son pays d’origine, on enterre les corps. Elle est littéralement terrifiée à l’idée de la crémation… Je n’ai pas retrouvé d’où la jeune femme était censée venir mais chose sûre, c’est une païenne également.

    Comme quoi… :)

    L’histoire des rites funéraires et des cimetières est une chose passionnante. D’excellentes choses ont été écrites ces derniers temps par les historiens, notamment sur les cimetières au Moyen-âge…

  14. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Merci Emmanuel de ton partage, dans lequel je me retrouve assez. Pour ce qui est de la crémation, mon père l’avait demandée, parce qu’il avait été mal impressionné par les conflits qu’avaient provoqués la question du lieu d’inhumation de ses propres parents… Nous avons donc célébré ses obsèques à l’église de son baptême, et la crémation a eu lieu le lendemain en présence des plus proches qui le voulaient, dans le silence et la prière personnelle. Grande simplicité qui lui ressemble, sans état d’âme.

  15. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « La seule chose, c’est que ça tombe souvent au mauvais moment.  » On meurt rarement au bon moment non ? Merci de votre billet, le premier enterrement auquel j’ai assisté était celui de mon arrière-grand-mère, j’avais neuf ans. J’avais été profondément marquée par l’éloge funèbre et m’étais demandée pourquoi fallait-il attendre qu’une personne soit morte pour entendre dire du bien sur elle et d’elle. Et çà je crois que çà reste vrai…

  16. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Euh… Au sujet de la peur d’être enterré vivant, je voudrais pas dire, mais être brûlé vivant, c’est pas beaucoup mieux ;)

  17. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Pfffff, t’es trop con, toi. On était dans les hautes sphères de la psychologie mortuaire et puis toi, hop et paf ? Bon, cela dit, c’est exactement ce que je pensais. Ca me ferait pas super marrer d’être enterré vivant, même dans un couffin de luxe, mais être cramé vivant dans un couffin de luxe, c’est pas des masses plus excitant.

  18. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Koz, prévoyez les services d’un croque-mort ….

  19. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Ce qui est juste et porteur de sens pour une famille ne l’est pas forcément pour une autre. Mon père est mort il y a trois à la suite d’une longue maladie. On aurait pu l’inhumer, il était ni question d’argent ni d’hygiène, il n’avait pas peur d’être enterré vivant et n’avait pas exprimé de souhait particuliers à ce sujet. Nous aussi on avait besoin d’un lieu de rendez-vous avec lui, mais pas dans le cimetière tristounet et grisâtre coincé entre l’autoroute et le nouveau pâté de maisons à côté de chez nous. Pour nous ça n’avait pas de sens. On aurait peut-être choisit autre chose dans d’autres circonstances, si on habitait ailleurs.

    Six mois avant sa mort on est parti en vacances en famille. Cette semaine on en avait tous besoin pour souffler au milieu de l’angoisse et l’incertitude du quotidien, on avait tous besoin de trouver un peu d’espérance pour VIVRE ses derniers mois. C’est là que nous avons dispersé ses cendres, sur un petit chemin qui mène au sommet de cette colline qu’il aimait tant. Un matin d’été on est partis du pied de la colline alors qu’il faisait encore nuit pour ensuite arriver en haut après avoir vu se lever le soleil sur une nouvelle journée. Dans le champ d’à coté une montgolfière, s’envolait vers l’inconnu. Arrivés au village au sommet, on a prié les laudes avec la communauté religieuse qui y vit et on a pris un chocolat sur la terrasse d’un café comme il aimait le faire.

    Et c’est là que j’ai rendez-vous avec lui. Quand je retourne là bas j’aime encore grimper cette colline et regarder le lever de soleil, m’asseoir en silence dans l’église, admirer la beauté du paysage, me laisser habiter par la paix qui y règne. Cette même paix que mon père avait trouvé au milieu de sa souffrance. La paix qu’il a maintenant trouvé pour toujours.

  20. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bonjour et merci à Emmanuel pour son billet et sa réponse. Je comprend bien la difficulté d’un prêtre entre les exigences du dogme et les exigences des fidèles. La question qui peux se poser : Est ce aux chrétiens de se conformer aux autorités ecclésiastiques, au dogmes, aux rites (qu’ils ne comprennent peut -être pas bien) ou le contraire que les dogmes ou les rites doivent changer (ou être remplacer) suivant ce que vivent les chrétiens et les contraintes de la vie actuel ? pendant les 2000 ans d’histoires du Christianisme, des rites et des dogmes ont disparu et d’autres sont apparus lors les différents siècles – et heureusement ! Je ne suis pas un féru de toute ses questions mais si l’ Église se dépoussiérait un peu il y aurait peux être un peu plus de monde (et surtout des jeunes gens) lors des messes dominicales. Quelle vaste question qui n’as rien a voir avec le billet « Maintenant , et à l’heure de notre mort » mais si le webmaster pouvait faire un forum sur ce sujet. Bravo pour se site où la parole et les sentiment de tous les lecteurs peuvent être exprimé.

  21. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Rebecatt : Beau témoignage, qui ouvre la réflexion sur ce qui est vécu par la famille du défunt, sur les motivations positives qui peuvent conduire à la décision d’une crémation, et sur la façon intime de vivre cette forme de relation avec la personne décédée. Vous savez dire ces choses avec sobriété et pudeur, ce qui n’est pas la moindre qualité de votre propos. Merci !

    @ Jean-Louis : la question que vous posez peut être ramenée à l’opposition classique entre ce qui est ‘de Droit’ et ce qui est ‘de Fait’ : Faut-il que le Droit se conforme au Fait, ou l’inverse ? Ou ne faudrait-il pas mieux que le Droit règle le Fait, et s’adapte doucement au Fait, quand celui-ci est devenu général ? La question s’avère encore plus délicate quand on fonde le Droit sur une transcendance, sur une légitimité d’ordre spirituel et divin.

    Si je puis me permettre, vous situez mal le problème en ciblant la ‘contrainte’ que représenterait le Dogme : ce n’est pas le Dogme, c’est à dire l’ensemble des points de Foi, qui est ici en jeu, mais le Droit Canon, c’est à dire les règles qui régissent la vie de l’Eglise.

    Faut-il ‘dépoussiérer’ le Droit Canon pour plaire à davantage de monde ? Je dis : NON. L’Eglise n’est pas là pour plaire.

    Faut-il réactualiser de temps à autre le Droit Canon pour s’adapter aux réalités de la vie de l’Eglise dans le monde actuel ? Là je dis : OUI, et au delà de ma simple opinion personnelle, il me semble que c’est l’exemple que nous donne le Concile Vatican II.

    Ceci étant, il n’est peut être pas nécessaire de refaire un ‘Vatican II’ toutes les décennies, même si notre monde évolue très vite : les exigences de l’Eglise, et la Foi sur laquelle elle les fonde, sont des valeurs qui, elles, sont stables et solides (ce qui ne signifie pas pour autant que la forme doive t’en être immuable).

  22. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @koz et chafouin : en gros, être mort vivant, c’est pas cool, quoi? moi, j’ai écrit dans mes dernières volontés qu’on m’enterre avec un portable, ça m’aide à mieux dormir ;)

    sinon, pour l’inhumation réservée aux chrétiens, je crois que c’est surtout réservé aux humains: c’est le critère par lequel les paléontologues différencient les hommes des singes: outre le fait qu’ils utilisaient le feu et sapiaient faire quelques outils, la principale caractéristique de l’homo-truc c’est qu’il enterrait ses pairs avec des tas de bidules : une sorte de foi en la vie après la mort, en somme; un « credo » naturel, je dirais même… Je dis ça parce qu’à mon sens, c’est très important pour comprendre que l’homme n’est pas un animal comme les autres, ou un animal raisonnant, comme certains commencent à le dire, mais bien un animal croyant ou espérant en la vie éternelle, ce qui donne à l’évolutionnisme un paramètre bien spécifique. (Par ailleurs, un certain Tobit était assez réputé pour sa propension à enterrer les morts, or il était juif jusqu’au bout des ongles.)

    Mais pour les cendres, je crois que c’est aussi un besoin de garder la vie de l’autre, plus près de soi, parfois simplement parce qu’on habite loin, parfois plus insidieusement pour ne pas la lâcher… J’ai connu un prêtre qui s’est retrouvé avec un vase de cendres dans la crypte de son église: il l’a enlevé et a attendu: la mère de la jeune femme qui avait été déposée là est revenue pour protester qu’on lui avait volé sa fille; bon, il la lui a rendue en précisant (le saviez vous?) qu’il n’était pas permis de déposer des cendres ailleurs que dans le « jardin du souvenir » municipal (ceux qui ont envie d’être dispersés dans le jardin du souvenir municipal, levez la main!) : c’est fou ce que ça pose comme problèmes nouveaux, de changer ce rituel. par exemple, j’ai hyper pas envie qu’on vienne déposer des cendres dans mon jardin (bon, j’en ai pas)! et si je déménage, qu’est-ce que je fais des cendres? je trouve que le cimetière, où chacun retrouve ceux qu’il a aimés, c’est quand même le mieux, en cendres ou pas.

    néanmoins, en pensant aux nombreux chrétiens ou autres qui n’ont pas pu avoir de sépulture ordinaire (martyrs en tête), on ne peut que penser que le mode de sépulture n’a pas d’importance pour le mort, qu’il n’a de sens que pour ceux qui restent.

  23. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bonjour,

    J’ai discuté il y a quelque temps, pendant un repas de famille, de cette question de l’incinération. Je croyais encore que c’était une pratique purement païenne et non cautionnée par l’Eglise. Ca me semblait totalement incompatible avec l’idée que notre corps est quand même appelé à ressusciter un jour ! Et puis je suis allé vérifier quand même dans le C.E.C. :

    L’Église permet l’incinération si celle-ci ne manifeste pas une mise en cause de la foi dans la résurrection des corps (cf. ? CIC, can. 1176, § 3)

    Du coup, dans notre débat tout le monde avait un peu raison.

    Tout de même, je me dis encore… Quoique ce ne soit certes pas le cas de tout le monde (je pense à tous ces témoignages qui ont été livrés ici), la réalité d’une forte augmentation des crémations dans nos sociétés que certains disent déjà « post-chrétiennes » n’est-elle pas un peu celle-ci : la perte de la foi en la résurrection des corps ?

  24. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ C.S. Indhal Merci et Bravo C.S Indhal, tu as très bien reformulé ma question sur « le Droit » et » le Fait », et la pertinence de ta réponse m’a complètement convaincus – sur le Droit Canon, les éléments de la Foi et Vatican II. Merci aussi ne pas été choqué par la formulation de ma contribution (qui après re-lecteur a été un peu brutale) et d’avoir bien compris le fond de ma pense. Merci encore

  25. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « la mort n’est pas, pour un chrétien, la dilution dans le cosmos, mais un sommeil dont on se réveillera à la fin des temps »

    Un sommeil ? jusqu’à la fin des temps ??? Quid alors de « aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis » ? Et de sainte Thérèse de Lisieux qui voulait passer son ciel à faire du bien sur la terre ?

  26. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Jean-Louis : De rien, ça sert à ça les études de Philo ! ^^

  27. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    beaucoup de réactions à ce billet qui tombe à Pic pour moi qui me pose une question justement sur la mort des êtres vivants et surtout ceux qui sont catholiques en particuliers depuis le seisme de Haïti ….cette catastrophe humaine me fait dire et bien que ces hommes et ces femmes morts ensevellis et brulés …. ils ont une foi beaucoup plus importante que nous et sont morts sans rien ….le choix est vite fait … et Dieu va t-il les accueillir????

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"Le coeur du sage rend sa bouche avisée et ses lèvres riches de savoir" Pr XVI, 23

L'usage du commentaire est éminemment recommandé, mais le sacristain, un peu dur de la feuille, ne comprend ni les onomatopées, ni le langage sms (pour lui, lol c'est liturgie de l'office des laudes), et encore moins les propos qui n'ont rien à voir avec le sujet. Pour veiller à la propreté de la sacristie, on évitera d'y déposer des procès d'intention dans tous les coins. Merci.

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