Dieu, bouc émissaire confortable de la bonne conscience
Difficile d’y échapper : le collectif « Un geste pour Haïti » a enregistré en quelques jours une chanson (composée par les Neg Marrons et dont chaque interprète a écrit sa strophe), dont les droits seront reversés intégralement à la Croix-Rouge et à Médecins sans Frontières. Je voudrais dans cette chronique revenir sur un couplet de cette chanson, signé Charles Aznavour, qui m’a quelque peu froissé les écoutilles, non sur le plan artistique (quoique…) mais sur le plan théologique.
« Dieu qu’ont-ils fait de mal ? Pour que tu martyrises / Tes enfants mal aimés, sacrifiés, orphelins / Ils chérissaient ton nom, vénéraient tes églises / Ils n’avaient pas grand chose, à présent ils n’ont rien«
Ce n’est pas une nouveauté, c’est même un poncif : Dieu serait au mieux un imperturbable ectoplasme indifférent, au pire un affreux sadique se délectant du sang des innocents. Pas nouveau, parce que ça fait belle lurette que les hommes se fabriquent des théologies visant à expliquer le scandale du mal. A l’intérieur même du christianisme des origines, les gnostiques, très en vogue durant le 2e siècle, expliquaient ainsi que le dieu de l’Ancien Testament, YHWH, était un dieu mauvais, usurpateur du véritable Dieu dont le Christ était une manifestation.
Pour notre poète contemporain, Dieu est donc le responsable du mal sur la Terre. Cette logique, on la voit reprise chez certains blogueurs (ici par exemple). Peut-être n’est-ce, pour l’estimable Charles Aznavour, qu’une figure de réthorique, et la liberté de l’artiste, et il est loin d’être le premier à l’avoir utilisée, et tout ça. Mais…
.. Mais quelque chose me chiffonne dans cette logique. Car voyez-vous, si Dieu est non pas seulement responsable mais coupable du mal, alors le mal est une partie de l’ordre voulu par Dieu. Le mal est bon, en quelque sorte. Et se battre contre le mal, c’est se battre contre la volonté de Dieu. C’est pire qu’impudent, c’est inutile… puisque, si Dieu existe, c’est lui qui aura toujours le dernier mot.
Si Dieu est responsable, maudissons-le donc, et puisque nous ne pouvons l’envoyer ni au TPI, ni s’expliquer chez Ruquier, achetons le disque pour sauver Haïti, et basta. Dans cette optique-là, il est certain qu’il vaut mieux confier le salut de l’île caribéenne aux peoples qu’à Dieu. Parce que le problème avec Dieu, c’est qu’avec lui on se retrouve co-responsables. Depuis Jésus-Christ, c’est même pire : tout ce qui arrive aux plus pauvres, c’est à Lui que ça arrive1. Et là, c’est sûr, c’est pas une question de verser 10 euros à la Croix-Rouge. Ça devient tout de suite beaucoup plus ambitieux.
Le génie du christianisme, comme dirait l’autre, c’est de se refuser absolument à expliquer le mal. Parce que, comme l’enseignait en son temps le grand François Varillon, ce que l’on explique devient rationnel, intellectuellement admissible. Or le mal est inadmissible. « Le mal », disait-il en substance, « ça ne s’explique pas, ça se combat ».
Facile, me direz-vous. Un bon moyen d’éluder la question.
Pas tant que ça.
Je crois même que c’est lorsqu’on accepte que le mal est un scandale intégral et inexplicable qu’on peut commencer à réfléchir.
Ces derniers jours, à la lecture des chiffres terrifiants de ce séisme haïtien, je me suis souvenu d’un autre séisme, il n’y a pas si longtemps.
Je reprends une dépêche Le Monde/AFP datée du 9 août dernier :
« Un fort séisme de 7,1 de magnitude a frappé dimanche 9 août l’est du Japon, selon l’Institut géologique américain (USGS). Les secousses ont été ressenties jusque dans le centre du pays, notamment à Tokyo, rapporte l’agence météorologique nippone. Le tremblement de terre a été perçu dans le centre et le nord du pays. Plusieurs immeubles ont ondulé sous l’effet des secousses dans la capitale Tokyo mais aucun dégât n’a été signalé dans l’immédiat. Des trains locaux ont subi quelques retards. »
Diantre ! Dieu est un méchant raffiné. A même magnitude, il tue les Haïtiens et pas les Japonais. Serait-ce que Dieu n’aimerait pas les Noirs pauvres? C’est en tout cas ce que l’on trouve au bout du bout de la logique « Dieu a frappé Haïti ». Pourquoi Haïti et pas le Japon? Parce que Haïti est pauvre, pauvrissime même. Haïti a à peine de quoi offrir à manger correctement à ses habitants, alors des infrastructures anti-sismiques… Pourquoi ?
D’après ce rapport du Ministère de la Planification et de la Coopération externe de Haïti, Carte de Pauvreté de Haïti 2004 :
« En résumé, les pauvres ruraux haïtiens subissent toute une série de contraintes qui limitent leur développement telles que : un environnement dégradé qui compromet la production agricole, des infrastructures délabrées ou non existantes, des droits de propriétés mal définis et un manque de mécanismes de résolution de conflits fonciers, un faible accès au crédit en général, un appauvrissement des terres les rendant moins fertiles, et de plus en plus parcellisées, et en définitive, le manque d’opportunités ou d’alternatives. [...] [L'exode rural fait que]la qualité moyenne de la vie urbaine s’est considérablement détériorée. La croissance rapide et non planifiée de la population à faible revenu en milieu urbain a engendré l’expansion anarchique de zones de peuplement à haute densité et exercé d’importantes pressions sur les rares services de base et l’infrastructure limitée des villes. Cela a conduit à l’accroissement du phénomène de bidonvillisation. Moins de 40% des habitants de Port-au-Prince ont accès à l’eau courante, et ce ratio est vraisemblablement similaire dans les villes secondaires. L’eau potable est contaminée par des micro-organismes infectieux, ce qui contribue à plus de la moitié des décès parmi les enfants ainsi qu’à la malnutrition chronique. En ce qui à trait aux logements des quartiers, ils sont généralement insalubres et surpeuplés. La majorité des familles, souvent composées de six personnes ou plus et disposant de quelques rares biens, vivent dans des logements d’une seule pièce. L’occupation spontanée se pratique couramment et la faiblesse des institutions publiques ainsi que l’absence de cadastre font qu’il est très difficile d’aider les propriétaires légitimes ou de protéger les propriétés publiques. »
Etc., etc.
J’ai eu beau tourner et retourner toutes les pages de ce rapport, Dieu ne figure pas dans les raisons de la misère.
Et pour cause.
Par contre, si on laisse Dieu deux minutes et qu’on cherche les raisons de tous les facteurs développés dans ce rapport, on a de quoi réfléchir. Et agir. Pourquoi pas avec l’aide de Dieu, d’ailleurs.
Natalia Trouiller est journaliste radio sur RCF (que connaissent bien les Sacristains)
- Matthieu 25, 40 [↩]
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Pour les incroyants ou pour les anti croyants, c’est la question qui leur sert de réponse : si Dieu existe, il ne peut envoyer ni tsunamis ni tremblements de terre sur des innocents, ni des cancers aux enfants … Ces drâmes sont donc a contrario la preuve que Dieu n’existe pas !
Pour les croyants, c’est une des questions les plus difficiles, celle qui nous force à sortir de la tentation du pharisianisme des bons cathos, à l’aise, du début du 21ème siècle occidental, pêtris de leurs certitudes de bons chrétiens : Dieu, je Vous aime, je Vous vénère comme Vous le Voulez, d’ailleurs je pense juste, je Vous obéis, merci de tous Vos bienfaits…
Pouvons-nous continuer à Lui dire merci, si, comme à Job, sans raison apparente ou pas, tout nous est retiré … par Dieu ou pas ?
Koz avait posé, en fait, la même question dans Il était où, Dieu, à propos des massacres au Rwuanda : http://www.koztoujours.fr/?p=5981
Votre réponse est une des multiples réponses à cette lancinante question : pourquoi le mal, le Mal, pourquoi s’accroche-t-il à des innocents (plus ou moins) ? D’autres réponses sont aussi dans les commentaires sous le billet de Koz. D’autres viendront encore sous celui-ci.
Et la question restera toujours d’actualité à chaque drame ….
Je n’aurais pas dit mieux, merci pour cet article !
C’est sûr que la question de l’injustice de Dieu et l’existence du mal est un poncif qui ressort, à chaque catastrophe, à chaque personne qui subit un coup dur…
Merci pour cet article qui donne du grain à moudre… Même Jésus sur la Croix a crié « Mon Dieu, pourquoi… » Accepter qu’il n’y ai pas de réponse à ses question, n’empêche pas d’être scandalisé, révolté ou en colère, c’est aussi cela qui met les personnes en mouvement.
J’ai eu la même réaction en regardant le clip de la chansonnette pour Haïti? et je n’aurais pas dit mieux. Je pensais en même temps à tous les chrétiens d’Haïti dont la foi n’a pas vacillé et qui savent trouver en Christ non des explications mais un soutien solide dans cette épreuves. Je pensais à tous ces prêtres, religieux et religieuses qui ont vécu le même drame aux côtés de la population, et qui plutôt que de chanter dans un micro, continue à faire se relever un peuple. Je me demandais dans ma prière : » Dieu qu’ont-ils fait de mal ? Pour que tu les martyrises encore avec la chanson d’Aznavour ? « …
Oui Hathi mais, criant cela, le Christ commençait à réciter le psaume 22, qui se poursuit et dit notamment ceci :
Figurez-vous que je l’ai découvert récemment, mais que cela ouvre d’autres perspectives, n’est-ce pas ? Le Christ n’a pas prétendu que son Père l’abandonnait. Il a clamé sa souffrance en même temps que sa confiance en son Père.
Pour revenir sur le billet de Natalia, sur lequel j’aimerais rebondir aussi à ma manière ultérieurement, je note aussi le paradoxe qui consiste à s’adresser à Dieu pour lui imputer des « méfaits ». Est-ce simplement un homme qui pourrait croire, mais qui ne comprend pas ? Ou un homme qui ne croit pas, et qui s’adresse étonnamment à celui qui n’existerait pas ?
Tu as, aussi, tout à fait raison de souligner le côté bouc émissaire de Dieu dans ce type de circonstances. N’est-il pas finalement tellement plus pratique de l’incriminer, d’incriminer une fatalité, un destin, plutôt que d’examiner les fautes, ou les erreurs des hommes ? Pourquoi Haïti est-elle si misérable ? Pourquoi nous, nous la laissons dans cette misère ? Pourquoi les people se réveillent-ils tout soudain pour se souvenir qu’Haïti existe ? Rejeter la faute sur Dieu est effectivement bien commode pour les hommes.
François, je suis bien d’accord, et notamment pour penser aux Haïtiens, premiers concernés, dont la réaction n’a pas été de rejeter la faute sur Dieu.
Le billet va bien au cœur du problème: l’existence du mal et l’existence de Dieu… Le réflexe le plus humain est de chercher une réponse à la question « pourquoi ? ». Mais Dieu n’y réponds pas, même pas lorsque le Christ l’interpelle dans son cri de déréliction. La seule réponse de Dieu à la question du mal est la croix du Christ. Dieu n’a d’autre réponse que de souffrir lui même pour détruire le mal et la souffrance. C’est sans doute cela la compassion. Il est en effet trop facile (et trop simple) d’invoquer l’action de Dieu comme origine du mal. Mais ceux qui se donnent la peine d’y réfléchir un tant soit peu ne peuvent persévérer dans cette idée… Surtout que notre époque contemporaine ne cesse de nous remettre la question sous les yeux. Il faut accepter d’entrer sans savoir et de chercher sans tenir de certitude.
Je me souviens de deux petits livres qui m’ont marqué en profondeur sur cette délicate question:
Hans JONAS, Le concept de Dieu après Auchwitz », rivages-Payot, Paris, 1994
Paul RICOEUR, Le mal, Cerf, paris, 1986
Oulah mais meme La grande Natalia de RCF s’invite chez les sacristains, je vais finir par postuler…
B.
C’est vrai ça, si on croit que Dieu n’existe pas, ça s’arrête là, on ne va pas lui intenter un procès de non assistance à humanité en danger! il n’existe pas: c’est tout.
si on croit que Dieu existe, on commence en général par lui parler, souvent en l’invectivant, mais enfin, à lui demander pourquoi : à lui; c’est le début de la prière. Puis on lit les écrits des gens qui, depuis de début de l’humanité, ont prié, c’est à dire interrogé Dieu, (ça va plus vite que de tout refaire tout seul): il y a plein d’écrits, on peut choisir, essayer de tous les envisager, les lire, et demander à Dieu nous aussi, de nous expliquer. Les gens qui font ça semblent comprendre un peu certaines choses, notamment que, effectivement, le mal n’a pas d’abord besoin d’être expliqué, mais combattu, en commençant par celui qui règne en nous.
Dieu n’est pas un homme comme nous, vieux, juché sur un nuage, et qui brandit des éclairs! alors si on ne veut pas se donner la peine de le connaître mieux, il vaut mieux arrêter d’en parler. sinon, on fait le procès de quelqu’un qui n’existe pas, effectivement! Et en plus, on ne lui laisse pas la possibilité de se défendre! Et si on décide de régler le problème en affirmant qu’il n’existe pas, alors on se retrousse les manches et on va en Haïti pour aider. Sinon, on n’a rien à dire.
@ Do: « alors si on ne veut pas se donner la peine de le connaître mieux, il vaut mieux arrêter d’en parler. » Je vous rejoins et je suis d’accord que c’est un peu beaucoup étrange de blâmer quelqu’un qui est sensé ne pas exister… mais en même temps, est-ce que ça ne traduit pas un certain doute, une certaine recherche de vérité? Peut-on complètement les blâmer d’essayer (bien qu’ils partent sur une mauvaise piste mais ça ça nous arrive aussi à nous) de comprendre? Bon, bien sûr, si c’est pour descendre les chrétiens autant qu’ils peuvent on va pas non plus les applaudir…
Pour revenir un peu dans le vif du sujet, on est d’accord, pourquoi repprocher à Dieu les guerres, la misère… alors qu’elle est exclusivement l’oeuvre de l’homme et que Dieu a voulu nous laisser libres… Il s’occupe trop de nous, on l’envoie balader, pas assez on le lui repproche. Au fond, je crois qu’Il a trouvé le juste milieu (peut-être pas « trouvé » en fait car c’est probablement depuis toujours): nous laisser libres tout en restant là, discrètement, prêt à nous aider si on fait appel à lui… après, faut savoir qu’Il n’agit pas forcément comme on s’y attend et là est tout le problème: Dieu est imprévisible, inexplicable, insaisissable…
Qu’on ne s’y méprenne pas, je ne veux pas dire par là qu’il est à l’origine de drâmes comme celui d’Haïti inexplicables aussi… Vous connaissez peut-être cette petite vidéo: http://www.in.com/videos/watchvideo-le-mal-cest-labsence-de-bien-albert-einstein-5984013.html , je sais pas si c’est vraiment Einstein qui a dit ça mais c’est pas con… le mal, c’est l’absence de bien comme l’obscurité est l’absence de lumière. En soi, ces choses n’exitent pas, ce sont justes des manques. Misères, pauvretés, famines, conflits… causés par le manque d’attention, de responsabilité, d’humanité tout compte fait de l’homme.
Bon sauf qu’effectivement, l’élève que je suis peut vous dire qu’un séisme est causé par la fracture des roches en profondeur dans la croûte et tout et tout… alors que viennent faire le bien et le mal là-dedans? Et la planète n’est-elle pas l’oeuvre de Dieu? Peut-on remettre l’homme en cause pour tout ce qui est des catastrophes naturelles? Pour leurs conséquences sûrement et même certainement. J’aime bien l’exemple du Japon de Natalia d’ailleurs… mais pour le fait en lui-même? bon, là j’ai pas de réponse…
En tout cas – je ne tiens pas à blanchir le tableau de la catastrophe de Haïti parce que rien ne peut rattraper des dizaines de milliers de morts – mais je trouve que l’aide qui est apportée est fabuleuse, pas encore suffisante certes, mais voir totue la planète s’unir pour une même cause, ben ça me fait rudement plaisir! Et là, à 200% sûr, c’est bien l’oeuvre discrète et fragile mais efficace de Dieu qui agit tout simplement parce qu’il nous a donné l’amour…
Merci pour ces mots… Et en écoutant les haïtiens prier et chanter à peine les secousses terminées, la question de la présence de Dieu à leurs côtés a trouvé une partie de sa réponse.
Merci Eliette, je me retrouve bien plus dans ton commentaire que dans le billet. Tu n’es pas journaliste, mais ton analyse est pleine de finesse. Là c’est l’ancienne prof qui parle… Leur initiative est peut-être maladroite, mais elle existe… Job n’en n’a-t-il pas fait autant ? Peu m’importe la polémique, je me sens toute petite devant cette foi si forte qui fait vivre ce peuple, qui les anime du plus profond de leur être et leur rend leur dignité. Je peux comprendre que cela interroge, voire dérange. A leur manière ils nous montre un chemin, celui de l’espérance qui fait vivre.
Joli billet. Je n’ose pas donner mon avis sur le pourquoi du mal, ce ne serait pas intéressant. Mais c’est vrai que c’est assez piquant de voir tout le temps reprocher à Dieu ce mal venu de la nature, quand personne ne se soucie de Lui à longueur de temps.
Le mal, je ne me l’explique pas. Mais je trouve parfois, aussi malheureux que cela soit, qu’un monde dans lequel il n’y aurait pas de mal, où tout serait lisse, où il n’y aurait pas de difficultés, ne serait pas intéressant.
Merci pour cet excellent article. Un peu de distance critique, salutaire en ces temps que d’aucuns diraient « apocalyptiques ».
Bonjour,
Intéressant billet que je découvre ce matin, en m’étant fait exactement les mêmes réflexions hier soir. A peine rentré du travail, ma femme et moi nous racontons nos journées et elle me dit : « tu as vu, ça y est ils ont fait une chanson avec Zazie, Aznavour, … tout ça, pour Haïti ». Moi : « Très bien, ils n’ont pas trainé ! » Et elle ajoute : « ça m’a vraiment blessé les paroles d’Aznavour, en plus je l’aime bien, mais là il met tout sur le dos de Dieu, genre ils n’avaient déjà pas grand chose maintenant ils n’ont plus rien ». Et moi, blasé : « Et oui… C’est plus facile à supporter comme ça, sans quoi la responsabilité est trop lourde à porter. » En effet, ça fait 2000 ans qu’on répète que le Seigneur a assumé pour nous la souffrance et le mal, c’est bien parce qu’on est incapable de l’assumer nous. Ce n’est pas une critique acerbe, c’est la condition humaine, celle-là même qui explique le sacrifice du Christ. Sa miséricorde est aussi de cet ordre là, quelque chose de Dieu qui nous dit : « Je sais, ça fait trop de souffrances, mais ne vous inquiétez pas, mettez-moi ça sur le dos, je prends sur moi ».
Je ne vais pas juger Aznavour, dans les moments de pires galères de ma vie, je m’en suis aussi pris à Dieu. C’est un réflexe : mon fils de 5 ans, qu’on ne peut pas accuser de ne pas m’aimer, me gueule dessus quand il fait une bétise juste parce que je lui fait remarquer qu’il aurait pu l’éviter en faisant attention. Et je vais vous dire, plus je vais être bienveillant, plus ça va l’énerver ! De même, un drame comme celui d’Haïti devient l’occasion de montrer à nous autres, confortablement assis devant nos écrans, la misère ignoble de ce peuple déjà là avant le séisme et que nous avons à peu prêt tous entretenue et cachée (ou ignorée). A tel point, nécessairement, que notre solidarité d’aujourd’hui a forcément un petit arrière gout amer : en allant aider ces personnes, déjà tellement vulnérables avant le séisme, on se retrouve un peu le nez dans notre caca.
@Koz
Je sors un peu du sujet, mais j’ai beaucoup d’émotion chaque fois que je relis ce psaume, qui nous fait tellement plonger dans la passion du Christ. J’avais écris il y a quelques temps un court récit romancé de l’arrestation d’Etienne dans lequel je le mettais en scène en train de prêcher à Paul, et notamment le faire partir sur le Psaume 22 pour le finir ravi mais en larmes. J’ai moi aussi du mal à retenir mes larmes quand je le lis dans ces conditions. Pas des larmes de tristesse… c’est plus subtil que ça. Plutôt comme ces larmes qui nous viennent sans qu’on comprenne trop pourquoi, quand nous venons de nous confesser, de recevoir le pardon du Seigneur. C’est cette émotion à la fois de voir l’offense assumée par Dieu par amour pour nous, et en même temps d’être soulagé d’avoir été délivré du fardeau de nos fautes. La lecture de ce psaume 22 qui nous met en présence de la passion du Christ, ça me fait un peu de ça.
Que dans la foi nous confessions notre confiance en Dieu au-delà de nos rationalisations intellectuelles, en dépit des épreuves que nous subissons personnellement, très bien, bel exemple.
Mais que dire à qui ne partage pas cette foi et pour qui la question du mal est un obstacle insurmontable.
Oui, la misère, la violence humaine, etc. sont à la racine de bien des maux. Mais de là à nier l’existence de calamités proprement naturelles, de maladies débilitantes toutes aussi « naturelles »…?
Le tremblement de terre de Lisbonne a-t-il fait autant de victimes du fait de la malignité humaine ?
Beaucoup s’interrogent en voyant les résultats du séisme en Haïti, et pensent que l’Eglise s’interroge encore à ce sujet… mais l’Eglise y a déjà répondu, il y a 2000 ans ! Eliette a très bien mis le doigt dessus, d’ailleurs.
Dieu a créé le monde, et en le créant, Il lui a donné des lois. Des lois si parfaites, si complexes – en un mot : divines – que nos meilleurs physiciens en seront toujours réduits à l’approximer maladroitement avec des modèles dont toute la complexité, qui surpasse déjà de loin les capacités intellectuelles de la plupart des êtres humains, est risible de simplicité devant l’Intelligence qui a mis tout cela en oeuvre.
Le monde évolue tout seul, selon les lois que le Seigneur y a mis, sans que l’homme ait rien à voir là-dedans. Et dans la marche normale de ce monde, il y a des éruptions, des chutes de météorites, des collisions d’astéroïdes, des supernovae, des tremblements de terre et des raz-de-marées. Ce n’est pas le fait que des hommes meurent dans ces phénomènes naturels qui est exceptionnel, c’est le fait que des hommes n’en meurent pas qui serait un miracle. Il faudrait pour cela que Dieu suspende momentanément les lois qu’Il a donné au monde (c’est bien la définition d’un miracle).
Dieu n’a pas fait de miracle lors de ce tremblement de terre en Haïti (et encore, nous n’avons rien vu à grande échelle, mais qui dit qu’Il n’en a pas fait d’individuels ?), mais soyons honnêtes : c’est surtout l’ampleur de la catastrophe, le nombre immense, qui nous choque, bien plus que le fait que des hommes meurent. Des hommes meurent tous les jours, partout, sur la terre : c’est normal, c’est ainsi que finit toute vie humaine. N’est-ce donc pas plutôt le rappel que la mort fait partie de la vie qui choque tant les hommes ? Ce que chacun occulte tous les jours pour vivre tranquille lui jaillit soudain devant les yeux. Ce qu’il cherche à oublier lui éclate en pleine figure : oui, l’homme meurt, et chacun va mourir un jour, comme tout le monde.
Que des athées s’en prennent à Dieu pour cela, pourquoi pas… Après tout, la mort pour eux est une violence intolérable, puisqu’ils n’ont pas l’Espérance. Ils voudraient profiter le plus longtemps possible de leur vie terrestre, et sa fin brutale leur semble une véritable injustice. Mais les chrétiens ? Des chrétiens peuvent-ils le reprocher à Dieu ?
Voyons, qui donc est mort pendant ce séisme ? Des prêtres, des séminaristes, des religieux, des croyants fidèles et fervents, des enfants… eh bien, ils sont en Paradis. Ils jouissent à présent de la grâce extraordinaire de la Vision Béatifique pour l’Eternité. Ne devrions-nous pas plutôt les envier ? Ou du moins, cesser de les plaindre ? Tous ceux qui sont morts n’étaient pas forcément des saints. Ceux qui toute leur vie ont refusé Dieu en paient désormais toute la dette pièce à pièce dans les tourments de l’Enfer. Certes, mais qu’ils meurent maintenant ou plus tard n’aurait rien changé au fait qu’ils auraient de toute façon reçu le salaire de leur refus. Ce qui change en revanche, c’est qu’ils ne sont plus là pour entraîner dans leur chute d’autres âmes qui, elles, n’ont pas encore renié le Seigneur (d’autres s’en chargeront peut-être… mais c’est une tentation de moins). Et les autres, les « entre deux » qui ont aimé un peu le Seigneur, mais pas trop (pas trop à leur goût, pas assez pour être à Dieu) : leur âme en pénitence au Purgatoire attend que leur dette soit payée en totalité par la souffrance d’être privée de Dieu, et ils n’ont d’autre Espérance que celle de bien vite rejoindre leurs frères dans la jouissance éternelle de la Gloire et de l’Amour du Seigneur. C’est le moment de mettre en oeuvre la communion des saints ! C’est à l’Eglise Militante, c’est-à-dire nous, de prier pour ceux qui attendent et, payant ainsi nous-mêmes une partie de leur dette à leur place, de hâter leur retour à Dieu ! N’est-Il pas infiniment miséricordieux et bon, le Dieu Tout-Puissant qui a permis que Ses enfants se témoignent ainsi les uns aux autres un tel amour ?
Ce que l’on n’ose pas dire en Occident, les Haïtiens, eux, l’ont bien compris. Depuis le tremblement de terre, à peine remis de leurs émotions, ils louent le Seigneur et rendent grâce du matin au soir et prient pour les âmes de leurs défunts. Merveilles du Seigneur, qui révèle aux faibles et aux petits ce qu’Il cache aux puissants et aux sages !
Voilà ce que font les Haïtiens : ils disent « fiat ! » Le même « fiat » d’humilité et d’adoration que celui de Marie, le même que celui de Job qui loue encore le Seigneur, dépossédé de tout et souffrant, malade, assis sur un tas de fumier. Par leur « fiat », ils sont un témoignage vivant, comme Job et Notre-Dame, pour tous les hommes du monde qui mettent leur espérance en la terre, au lieu de vivre de l’Espérance de Dieu.
Et même, par le malheur qui les frappe, les Haïtiens sont une main tendue à l’Occident riche et repu de lui-même. Ils sont une main fervente tendue à l’individualisme, pour le faire sortir de son adoration de l’homme et lui faire aimer l’adoration de Dieu. Ils sont un exemple quotidien de la Charité (celle qui fait tendre toute l’âme vers Dieu et, par Amour pour Lui, aimer et désirer tout ce qu’Il aime) que Dieu attend des hommes. Ils sont un appel vibrant à la conversion des hommes qui se croient heureux de leur vie matérielle, tandis que la vraie vie est en Dieu.
Le séisme en Haïti ou comment les pauvres sauvent les riches.
Ce que vous dites est vrai, mais est-ce que les chrétiens n’ont pas leur part de responsabilité dans cet image faussée que les non-chrétiens (et beaucoup de chrétiens…) se font de Dieu ? Ce Dieu, ils ne l’ont pas inventé, ils l’ont trouvé dans nos églises… car nous avons tendance, nous aussi, à faire de Dieu un « divin plombier » (cf. Varillon, Joie de vivre, joie de croire), à lui demander d’intervenir directement (directement, c’est-à-dire, d’une manière extérieure, et non de l’intérieur par la grâce) dans notre vie.
Varillon disait effectivement que le mal ne s’explique pas, mais se combat. Mais combien de croyants et même de prêtres continuent d’entretenir les bons vieux rouages de l’apologétique catholique visant à expliquer le mal (Dieu nous aime, donc il nous a créés libres, donc nous pouvons faire un mauvais usage de notre liberté, donc il y a du mal ; ou, pour le mal qu’on peut difficilement attribuer à l’homme – les tremblements de terre par exemple… – il est nécessaire que Dieu, par l’intermédiaire de la nature, nous rappelle de temps à autres que nous sommes faibles et mortels, etc.).
@Aristote: je crois vraiment qu’il n’est pas tant question de dire que d’être; la Bible regorge d’hommes et de femmes qui ne comprennent rien, récriminent, houspillent, hurlent même. Exemples: « Je peux pas aller parler à Pharaon, je suis bègue » (Moïse); « Je peux pas aller à Ninive, je vais me faire lyncher » (Jonas); « Je ne peux pas croire que je vais avoir un fils, j’ai plus de 90 ans » (Sara); « si je vais voir ce Paul, je vais me faire tuer » (Ananie). Ni pires ni meilleurs que nous en somme. Mais au bout du compte, ils font plus qu’ils ne disent (à mettre en lien avec la parabole des deux fils – Mt 21, 28-32). Au scandale du mal, répondons par le scandale de ces 200 séminaristes de la Congrégation des missionnaires Salésiens ensevelis sous les décombres, ces huit séminaristes de la communauté des Monfortains morts, ces 9 séminaristes diocésains morts et 4 autres toujours portés disparus, ainsi que ces centaines de prêtres toujours ensevelis sous les décombres. C’est absurde et scandaleux au sens fort du terme, mais ces hommes qui ont donné leur vie en étant témoins de l’amour de Dieu jusqu’à la mort font passer, par leur témoignage d’indéfectible solidarité avec les Haïtiens, le message d’un Dieu solidaire coûte que coûte et jusqu’au bout du genre humain.
@Baroque: Sans doute qu’un certain discours apologétique est à proscrire. Si le paganisme (au sens d’une tentative d’expliquer par Dieu toute chose, et donc de vouloir posséder Dieu) était l’apanage des non-chrétiens, ça se saurait! Le problème du Dieu des chrétiens, c’est qu’Il se fait tellement discret (brise légère plutôt qu’ouragan, etc) qu’on a vite fait d’en faire un super-surmoi. A nous d’essayer de montrer, par notre lien personnel au Christ, qu’il s’agit d’autre chose.
@AncillaDomini: « Certes, mais qu’ils meurent maintenant ou plus tard n’aurait rien changé au fait qu’ils auraient de toute façon reçu le salaire de leur refus. » Oui mais qui dit qu’ils n’auraient pas subi une fulgurante conversion dans le « plus tard »?
Et puis, bien qu’on puisse se consoler de savoir que des hommes, femmes, enfants soient au Paradis, je ne crois pas qu’on puisse et même qu’on doive véritablement être entièrement heureux. Heureux qu’ils soient au Paradis oui, bien sûr, même si c’est pas facile à comprendre. Mais qu’ils nous aient quitté, qu’ils soient morts (même si ok, ils ne le sont plus vraiment) non. Même Jésus a pleuré quand Lazare est mort non? (ah oui, c’est vrai il l’a ressucité après^^). On a plus qu’à prier pour toutes ces âmes, et très fort même!
En tout cas, j’aime beaucoup la conclusion: « Le séisme en Haïti ou comment les pauvres sauvent les riches. » Bien trouvé =)
C’est bien Dieu qui a frappé Haïti, mais pas le votre, Le Dieu unique, celui de l’argent, le dieu impie, sans foie ni lois, sauf celle du plus fort et de ces amis, celui qui a bien failli mourir il y a 2 ans et que l’on a perfusé bien au-delà de ce qui aurait été nécessaire au tiers monde pour sortir de la misère.
Choisir c’est renoncer. Money a choisi de maintenir Haïti dans un état de pauvreté inégalé dans les caraïbes pendant 1 siècle, l’Amérique et l’Europe avaient besoin d’un bordel à proximité de la première et suffisamment loin de la seconde, puis money a choisi de les aider, les pauvres, ceux qui ne sont pas morts de faim, de SIDA ou de meurtre, victimes en plus de leur position géographique, parce qu’il fallait au Prix Nobel de la Paix une mesure sociale énergique et symbolique pour sortir son mandat de l’ornière. Ce que L’argent fait, il peut le défaire, ce qu’il prend il peut le redonner.
Le TV système aussi, demi-dieu au service et à la botte du premier s’est souvenu que l’on dort mieux en ayant bercé sa conscience. Et puis, pour faire oublié une peur si proche de mort certaine à cause d’une vague maladie virale, un marronnier éculé utilisé jusqu’à la corde car la peur fait vendre, et même beaucoup, pour faire oublié ce cataclysme inévitable et plusieurs fois annoncé, mais quant même évité parce qu’irréel, quoi de mieux qu’une catastrophe lointaine et dans un pays pauvre où personne n’a d’attache. Ouf, que c’est bon de se sentir vivant quant beaucoup d’autres sont morts. En plus, j’ai mal au dos. C’est dire si on vit une époque difficile. C’était mieux avant.
Et ces artistes, vendeurs de soupe spoliés par une jeunesse qui refuse d’investir son argent de poche ou l’argent de sa sueur dans des productions insipides maintes fois réchauffées qui justifieraient par leur seules qualités absentes qu’on les copie sans les acheter. Pour ces artistes, quoi de mieux que cet engouement de bonnes âmes pour prolonger aussi un système déjà mort mais dont chaque jours qui passe fait couler suffisamment d’argent pour justifier qu’il continue encore quelques heures. Au fait. 1982, sauvons l’Éthiopie. On en est où en Éthiopie ? We are the world ?
Pour autant, faut-ll se résigner et ne rien faire? Refuser de se faire manipuler et courir avec les moutons serait-il mieux ? Évidement non. Mais la bonne conscience est mauvaise conseillère.
Mais alors que faire? Et bien justement faire. Ne pas laisser agir les autres, ne pas faire un chèque pour refuser de voir, ou de ne pas avoir vu, et selon ses croyances, selon sa croyance, prier et ou agir. Faire la paix avec sois-même, lutter pour l’homme, avec l’homme et par l’homme, pour l’amour, avec l’amour et par amour. Comme le disait un poète anglais, John Donne: « La mort de chaque homme me diminue parce que je suis solidaire du genre humain, n’envoie jamais dire pour qui sonne le glas, il sonne pour toi ».
@ Eliette :
Hé ! « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure ! » Peut-être auraient-ils pu se convertir après, ou peut-être pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne choisit pas l’heure. Cela nous le rappelle à nous aussi : « han, oui, Seigneur, j’y arrive pas trop là, mais j’y arriverai bien un jour… » Ben non, c’est tout de suite, pas « un jour ».
L’homme pleure le déchirement, mais l’Espérance dit que les saints nous précèdent en Paradis… J’ai juste rappelé la bonne vieille Tradition de l’Eglise en la matière.
@ AncillaDomini : Je ne vois pas qu’un seul athée s’en prenne à Dieu pour quelque événement que ce soit !
Dans cette optique d’ailleurs la mort n’est pas une « violence intolérable » mais le simple ordre des choses.
Maintenant le fait que certains croyants fassent des reproches à Dieu me semble seulement montrer que leur propre foi ne correspond pas au canon de la votre.
Par ailleurs je tiens à souligner que Dieu fait quotidiennement des miracles considérables, si l’on se réfère à l’ensemble des séismes qui n’ont pas lieu.
Bon billet! Très juste.
@ Yogi :
Concernant les croyants… je dirais plutôt qu’il s’agit d’Espérance. Adhérer à ces canons, en particulier en ce qui concerne la mort, ce n’est pas qu’une question de Foi, c’est aussi une question d’Espérance. Et de Charité. Bref, comme d’habitude avec le Seigneur : tout est lié.
Peut-être le parallèle que je vais faire est-il un peu léger, mais, face aux récriminations adressées à Dieu devant les malheurs du monde, je ne peux m’empêcher de songer au film « Truman Show » et à la réaction du public qui assistait à la même séance que moi.
L’histoire, pour ceux qui ne la connaissent pas, est celle d’un homme élevé depuis sa naissance dans un monde totalement artificiel – une île – qui n’est en réalité que le décor d’un reality show. Tous les autres habitants de l’île sont des comédiens, lui seul, Truman, ignore la vérité. Quand enfin il la découvre, quand il comprend en même temps qu’il existe un monde au-delà de son île et qu’il veut partir à sa découverte, le producteur du show – dont la voix, s’il m’en souvient bien, retentit depuis les « cieux » artificiels – essaie de l’en dissuader. « Ne t’en va pas. N’es-tu pas parfaitement heureux ici? Le monde dehors est plein de dangers, ici, tu n’en cours aucun. Je veille sur toi, je pourvois à tous tes besoins ». Mais Truman ne l’écoute pas. Il préfère sa liberté, fut-ce au prix de sa sécurité. Et bien entendu, le public applaudit.
Quelle conclusion en tirer? Positive: instinctivement, nous préférons la liberté …; négative: … du moins nous en avons l’illusion.
@ Eliette : pour ce qu’on peut dire à ceux qui ne croient pas en Dieu? ben, si ils ne lui reprochent rien, on peut partager avec eux ce désir de se bouger pour aider Haïti, mais aussi le Gabon, les Hmongs, les chrétiens du Vietnam, les évêques de Chine, les fillettes d’Egypte, les femmes du Congo, (bon, j’arrête).
Mais s’ils en profitent pour critiquer Dieu, on ne peut que leur dire que ce n’est pas cohérent.
à moins que ce ne soit un moyen pour essayer de nous convaincre que Dieu ne PEUT pas exister, là c’est une sorte de logique qui s’oppose à une autre logique, ou plutôt la même logique, mais avec des données différentes! alors, il faut partager nos données, pour voir où ça diverge: pourquoi je crois en Dieu? pas parce qu’il m’a promis de ne jamais souffrir, pas parce qu’il a répondu à tous mes désirs -parfois égoïstes, mais parfois assez légitimes- , pas parce que mes parents m’y ont obligé à coups de fouet, ni même pour gagner mon paradis (parce que si Dieu n’existe pas, le paradis non plus, alors ça n’a aucun intérêt), mais parce qu’il s’est manifesté à moi quand j’étais, moi aussi, athée!
Mais je trouve que c’est pire que de ne rien dire; c’est trop dur: pourquoi à moi et pas à eux? du coup, je préfère me taire, parfois, et prier.
Il y a des gens qui sont sincèrement en recherche de la vérité, et à ceux-ci, je trouve, Dieu se révèle plus souvent. Mais ce sont des gens pauvres, ou en souffrance, pas des repus. Mais il y a aussi des gens qui invectivent sans être vraiment en recherche, mais qui sont satisfaits de ce qu’ils pensent et croient, et n’essayent que de prouver qu’ils ont raison, pas d’écouter les autres pour les comprendre, alors parfois, ça ne sert à rien de se dire, de se rendre vulnérable, c’est « jeter ses perles aux cochons » (en général, on les reconnait parce qu’on en prend plein la tête! Jésus se taisait devant Hérode…).
Il y a une phrase du Cardinal Daniélou, qui me parle bien, mais qui s’ajuste aussi à beaucoup de personnes en occident aujourd’hui: « L’orgueil a besoin de la souffrance pour nourrir sa révolte. » : je trouve qu’on ne doit pas se voiler la face non plus (non, je ne parle pas de la Burqa), il y a des gens qui sont orgueilleux et qui sont prêts à insulter Dieu en disant qu’il n’existe pas, mais qui, quelque part, se disent « j’aimerais bien qu’il existe, pour pouvoir lui cracher à la figure ». Et je ne suis pas si sûre que ça, que ça vienne de la mauvaise attitude des chrétiens envers eux: ils peuvent aussi, dans leur liberté, avoir choisi délibérément de critiquer ces gens qu’ils ne connaissent pas et n’aiment pas, comme font les racistes de tout poil. Il suffit de regarder les persécutions du gouvernement vietnamien contre certains évêques qui n’ont fait aucun mal et qui seront sûrement un jour canonisés!
Par contre, je crois qu’il est toujours possible de changer, que cet orgueil ou cette agressivité prend profondément racine dans des maltraitances de l’enfance, que ce soit d’un point de vue affectif ou éducatif; je crois que ces gens qui ne veulent pas se poser de questions parce que leur vérité leur suffit peuvent être un jour touchés par quelque chose qui leur fera prendre un chemin de bonté ou de vérité. Ce jour là, c’est bien si on peut les y aider. Mais en amont, seulement prier, et faire des sacrifices: là où la parole ne passe plus, l’Esprit Saint seul peut sauver.
Peut-être vais-je en choquer certains mais il y a une expression qui dit « un mal pour un bien ». Parfois lorsque dans la vie il vous tombe une tuile ou une épreuve, c’est le désarroi et l’incompréhension. Ce n’est qu’après que l’on se rend compte qu’il faillait « passer par là » pour grandir ou pour vivre quelque chose de meilleur. Il en est peut-être de même pour Haïti. Qui se souciait il y a quelques mois de la souffrance et de la pauvreté de ce peuple ? Peut-être que l’ampleur de la générosité internationale va permettre de construire des bâtiments aux normes anti-sismiques, et donner une qualité de vie aux Haïtiens qu’ils n’auraient jamais espérée ? Alors pour moi Dieu est là, il est dans cet élan planétaire de générosité, il est présent à travers les médecins, les infirmiers, les secouristes au chevet du peuple d’Haïti. Il est présent dans ce projet de redonner les moyens à ce pays de vivre, dignement.
Peut-être vais-je en choquer certains mais il y a une expression qui dit « un mal pour un bien ». Parfois lorsque dans la vie il vous tombe une tuile ou une épreuve, c’est le désarroi et l’incompréhension. Ce n’est qu’après que l’on se rend compte qu’il fallait « passer par là » pour grandir ou pour vivre quelque chose de meilleur. Il en est peut-être de même pour Haïti. Qui se souciait il y a quelques mois de la souffrance et de la pauvreté de ce peuple ? Peut-être que l’ampleur de la générosité internationale va permettre de construire des bâtiments aux normes anti-sismiques, et donner une qualité de vie aux Haïtiens qu’ils n’auraient jamais espérée ? Alors pour moi Dieu est là, il est dans cet élan planétaire de générosité, il est présent à travers les médecins, les infirmiers, les secouristes au chevet du peuple d’Haïti. Il est présent dans ce projet de redonner les moyens à ce pays de vivre, dignement.
Quelqu’un a écrit : « Que des athées s’en prennent à Dieu pour cela, pourquoi pas … », remarque particulièrement amusante.
Ce débat fût posé lors du tremblement de terre de Lisbonne le 1er Novembre 1751 à 9 heures, au moment même où les chrétiens assistaient à la messe de Toussaint. Et l’argument des « incroyants » accusaient Dieu d’ »ingratitude » et Voltaire (un croyant qui s’est fendu d’une superbe ballade) en a profité pour jeter la pierre à Leibnitz à propos de sa thèse sur le meilleurs des mondes. Je crois qu’aujourd’hui on a admis (au moins les catho) la création comme long processus sans que Dieu soit obligé d’intervenir au gré d’humeurs particulières (Eole sollicité par les uns voulant naviguer vers l’ouest et d’autres souhaitant l’inverse avait d’énormes cas de conscience).
Bref, Eliette (j’ai visité son blog et découvert son age -16 ans- Bravo) explique » … la fracture des roches en profondeur dans la croûte [...] alors que viennent faire le bien et le mal là-dedans? » et voilà tout, suis-je tenté de conclure .
La nature est plus ingrate avec les pauvres car les riches (Japon) ont des ressources pour se prémunir de tels risques.
Vouloir récuser Dieu à cause de l’existence du mal est un exercice qui paraît un peu vain, car chaque religion a été confrontée à ce problème dès son origine et a construit et peaufiné son argumentaire au fil des siècles. Châtiment infligé pour des motifs divers, mise à l’épreuve, lutte entre divinités, cycle de karma, … : les explications ne manquent pas et sont généralement assez claires.
Le Christianisme avec son postulat d’un Dieu à la fois bienveillant et omnipotent s’est mis dans un cas plus difficile. La réponse trouvée, à savoir une compassion et une souffrance partagée par celui-là même qui a le pouvoir d’empêcher cette souffrance, fait appel à des ressorts psychiques nettement plus complexes, et qui pourraient même paraître pervers aux personnes mal formées. Ce rapport à la souffrance et au mal, cette « auto punition » subie / infligée par Dieu, à lui et à sa créature, me paraît en tous cas un des traits caractéristiques du Christianisme, et qui le traverse de part en part.
En complément de cet article, voici ce Poème diffusé par la Conférence des Evêques de France :
La terre s’est secouée comme un animal féroce, les montagnes ont tremblé et la mer s’est déchaînée, les sols se sont ouverts et les bâtiments détruits, un peuple fatigué de tant souffrir souffre de nouveau, Nous avons vu leurs visages et entendu leurs pleurs, les images sursautaient et frappaient. les êtres humains déambulaient, corps écrasés, destruction et mort, douleur et angoisse à travers le tremblement de terre cruel et dévastateur.
Mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre…
Enfants sans mère, mère sans enfants, Frères sans frères, amis sans amis, Des milliers de vies écrasées à la seconde, histoires, espérances, rêves, illusions, disparues en un clin d’œil. L’horreur a laissé sa marque indélébile dans les regards perdus, dans les visages désolés, dans les morts, les blessés, les mutilés, dans chaque vie blessée par l’inattendu.
Mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre…
Quelqu’un a crié sa frayeur, d’autres voix se sont élevées, quelqu’un a élevé une prière, d’autres ont suivi, quelqu’un a chanté, beaucoup ont chanté quelqu’un a écarté les décombres, et d’autres ont commencé à soulever des pierres quelqu’un a embrassé un blessé et d’autres l’ont chargé dans leurs bras, quelqu’un a tendu une main et des milliers de mains se sont unies
et Dieu était avec eux !
D’après Gerardo Oberman du Réseau Oscar Romero, Amérique latine.
Un autre texte pour nourrir notre réflexion, l’interview (La Croix) du jésuite François Euvé, auteur de « Crainte et tremblement »: «Il faut absolument écarter toute idée de châtiment»
http://www.la-croix.com/Francois-Euve—Il-faut-absolument-ecarter-toute-idee-de-cha/article/2412564/55402
Comme bouquin, on peut aussi conseiller celui de Jean-Miguel Garrigues, op. : « Dieu sans idée du mal ». Je ne l’ai pas lu, feuilleté seulement, mais il est remarquable : cet homme, prêtre, dominicain, écrit remarquablement bien et clairement, et est en plus un grand théologien, de ceux qui savent se mettre à la portée de tous sur des sujets extrêmement délicats.
Par hasard je suis tombée hier soir sur le clip « Un geste pour Haïti », et au final, je ne partage pas l’avis de Natalia. Il faut arrêter de voir le mal partout et se poser en perpétuelle victime. Personnellement, je suis émerveillée de voir que Dieu est cité, sauf erreur de ma part, quatre fois dans cette chanson !! Je vous rappelle qu’en 1989 pour le tremblement de terre en Arménie, dans la chanson composée par Aznavour, il n’était mentionné qu’une fois. Quelle évolution en 20 ans ! Et le refrain est magnifique : « Ensemble agissons pour Haïti Un petit geste, un rien peut tout changer Chantons et unissons nos prières Une mélodie d’espoir sur cette terre Agissons pour Haïti… chérie » On parle de prière et dans le clip, de nombreux artistes ont les mains jointes : quel changement pour une société où l’athéisme est élevé au rang de religion ! Cette incursion du spirituel, même si l’on accuse Dieu (la colère contre Dieu ce n’est pas un scoop dans l’histoire biblique), est une nouveauté qu’il faut souligner et dont il faut je pense se réjouir.