L’apologétique, c’est pas automatique
Passe ton BAC d’abord, ensuite tu pourras parler ! Attention : je ne parle pas du baccalauréat, mais du désormais très prisé « Brevet d’authenticité catholique ». Vous avez votre BAC ? vous êtes sûrs ? J’ai moi-même encore été recalé récemment, dans l’épreuve d’apologétique. C’est de ma faute : j’avais fait l’impasse, en misant tout sur l’épreuve d’évangélisation. Il faut dire que je n’ai toujours rien compris aux barèmes, et j’ai vaguement l’impression que les coefficients varient en fonction des examinateurs. Il semblerait même que j’avais tort de prendre ce petit brevet pour une épreuve mineure, un peu comme un examen blanc permettant surtout de se préparer en vue de l’Examen final. Apparemment, pour certains, le résultat est en fait discriminant. Bref : on n’est pas rendus1…
Ma faute est la même (probablement) que celle de tous les Sacristains qui voudront bien m’accompagner sur le banc des accusés : ne pas assez défendre notre Église. En passant évidemment sur le fait que si on ne la défend « pas assez », c’est qu’on doit malgré tout la défendre un peu ; c’est hors sujet, semble-t-il.
En même temps, je ne serais pas tout à fait juste en n’évoquant pas ici la dernière fois que j’avais échoué à mon BAC. Ce coup-là, c’était à l’épreuve de solidarité que je m’étais lamentablement ramassé (il faut dire qu’avec un nom pareil, les examinateurs ne m’avaient pas fait de cadeau !). De mémoire, je crois que je m’étais planté en passant trop de temps sur la dimension eucharistique et en laissant trop de côté le « vrai » message de Jésus, à savoir l’étranger auquel il faut laisser à notre table un peu de place2.
Il faut admettre que le BAC n’est pas une épreuve facile. A tel point que je commence à envisager de ne pas le repasser et de choisir plutôt la filière de la prépa intégrée, qui permet d’exercer sa foi sans diplômes, avec ce qu’il faut de révisions sacramentelles régulières, et de se présenter à l’Examen final comme adorateur libre.
Je renonce aux badges et aux options, tant pis : je préfère encore participer le moins possible à ce qui divise l’Eglise, et suivre comme je peux cette recommandation du ministre de la Sanctification, Jésus Christ : « Un Esprit Saint dans un corps un3 ». Je ne sais pas si c’est le plus important, mais ça me semble quand même un bon début, ne serait-ce que parce que le temps qu’on ne passera pas à se disputer entre nous, on pourra le consacrer à porter la Bonne Nouvelle au monde.
Malgré tout, j’aimerais ici aujourd’hui proposer ma copie au rattrapage de l’épreuve d’apologétique (le rattrapage de l’épreuve de solidarité, je m’y emploie au quotidien, et on verra bien à l’Examen final si c’était suffisant). Avec l’arrogance qui me caractérise, il me semble qu’on ne peut pas raisonnablement parler de « l’ » apologétique, comme une seule discipline. Comme trop de chose4, il y a une bonne et une mauvaise apologétique ; la seconde n’étant bien souvent que l’excès de la première. Il y a une apologétique qui vise l’apaisement en rétablissant tranquillement mais fermement la vérité ; il y en a une autre qui ne fait que créer, envenimer ou raviver des scandales (réels ou supposés) et conduit à une plus grande confusion, malgré ses incontestables bonnes intentions initiales. Pour le dire encore plus rapidement : il y en a une qui rime avec pédagogique, et l’autre avec polémique. C’est pourquoi l’apologétique – exaltée par certains catholiques, conspuée par d’autres5 – n’est probablement ni bonne ni mauvaise. Elle est souvent utile mais pas toujours souhaitable (dans sa forme « dure », tout au moins).
J’en aperçois certains trépigner devant leur écran en me trouvant trop théorique, et déjà prêts à dégainer le glaive du procès d’intention : à qui je pense ? qui je vise ? quels exemples rentrent dans chacune des catégories ? En fait, je m’en tiens volontairement à cette piste de réflexion, car chacun selon son caractère et son « lieu de mission » devra évaluer à quel moment il faut parler et jusqu’où il faut le faire. Il n’y a pas de procédure imprimée en la matière (et c’est heureux !).
En revanche, il y a une certitude : la division engendre la confusion. Toujours. Un type qui se réclame de la charité évangélique et qui l’instant d’après crache sur un autre catholique sous prétexte que « lui, c’est pas un vrai, d’abord », je trouve ça louche ; un gars qui prétend défendre l’Église mais qui passe plus de temps à délivrer des BAC (c’est-à-dire, en fait, à en refuser aux autres) qu’à faire œuvre d’unité, ça me chagrine autant que ça me gonfle.
C’est comme ça. Parce que, bêtement, en bon « tiède » que je suis probablement, je préfère laisser le jugement des consciences à Dieu, et m’occuper de ma propre catholicité. Entendez par là : m’appliquer à ce que ma catholicité soit la plus propre possible. Le reste, je le laisse à la grâce.
- enfin, je sais pas vous, mais moi en tout cas je suis mal barré, semble-t-il [↩]
- notons d’ailleurs – ceci est une digression et c’est pour ça que je l’ai placée en note – que le cantique bien connu de nos paroisses nous engage exclusivement vis-à-vis de l’étranger pauvre et affamé qui viendra peut-être un jour si on a du bol, pas auprès du gars qui habite pas très loin de chez nous mais demeure « intouchable » sous prétexte qu’il ne pense pas comme nous [↩]
- le corps étant ici celui dont Il est la tête, i.e. l’Eglise elle-même, qu’Il a souhaitée unie et pas divisée en mille chapelles et milliers de sensibilités [↩]
- la gourmandise, l’estime de soi, internet, les films de Clint Eastwood… [↩]
- chaque « camp » ayant tendance à refuser son BAC à la partie adverse [↩]
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Merci Edmond. Il me semble que vous visez juste, aussi je ne vous décernerai rien du tout (je n’ai aucune compétence à le faire, pas plus que vous, pas plus que quiconque vous lit, ce me semble) et me contente de vous remercier.
Petite remarque tout de même : vous aimez (vous, les Sacristains) beaucoup les photos de templier (à la sauce Warhammer ou approchant, d’ailleurs), ces derniers temps. Après le mercenaire, voici l’apologète en armes ^^
L’avantage d’être protestant, c’est qu’on n’a pas d’institution à défendre. On peut se consacrer à l’essentiel, sans se préoccuper de savoir si on est dans la « norme » ou pas (vu qu’il n’y a pas de norme).
C’est fou ce que c’est confortable.
@ Authueil : En même temps, t’as remarqué que je parlais pas vraiment de l’institution, là… non ? Parce que l’avantage d’être chrétien, d’une façon générale, c’est qu’on peut mettre une majuscule à « Église » sans nécessairement évoquer tout de suite le Pape ou le Vatican.
@ Vianney : Oui, mais c’est un pur hasard. Ce billet (et son illustration) patiente tranquillement depuis trois semaines.
Bravo, autant pour l’humour de la forme que pour la vigueur du message.
Effectivement, je suis d’accord avec toi: il s’agit d’abord de se poser la question: sommes nous habilités à faire passer le BAC? En tout cas, pour Autheuil, là tu m’as souflé: 1er commentaire ex aequo pour lancer un beau gros troll (bon il a déjà servi, mais là quand meme t’es rapide!! Et j’aime bien la réponse d’Edmond…
Oui, c’est très confortable, de n’avoir pas d’institution. Très. Même si elle est fondée par le Christ et présente à la fois dans l’Ecriture et dans sa transmission, alors que notre foi est fondée sur cette Ecriture. Très confortable de n’avoir pas d’institution et de se trouver seul face à Dieu. Très. Surtout quand, du même coup, on se retrouve seul face au monde et à ses angoisses existentielles. Confortable, très ! On n’a pas forcément la même notion du confortable. En même temps, « confortable » n’est pas un concept particulièrement biblique et évangélique. Il faudrait donc se poser la question si c’est réellement un critère intéressant.
J’dis ça, j’en pense pas moins : je ne voudrais pas, ici aussi, me retrouver totalement hors sujet
@Authueil
Troll en chef des chrétiens!
Ce qui est confortable est-il bon? Les protestants n’ont pas d’institution à défendre, mais du coup, ils souffrent à mon sens de n’avoir aucune unité. Et aucune direction commune. Du coup, un austère calviniste aura l’étiquette « protestant » comme le télévangéliste qui se rapproche pourtant bien plus du charlatan qui se dit voyant dans les petits mots qu’il glisse chaque semaine dans ma boîte aux lettres.
@Edmond
Le plus important à mon avis c’est le sens qu’on donne aux « combats » qu’on mène : la question qu’il faut se poser, je trouve, c’est le but poursuivi. Défend-on une identité ou défend-on des choses essentielles? Et puis, il y a aussi cette question accessoire : chacun doit-il défendre toutes les positions attaquées, ou peut-on estimer qu’on n’est pas compétent ou pas sensible pour s’exprimer sur tel ou tel aspect des choses?
@ Authueil : « L’avantage d’être protestant, c’est qu’on n’a pas d’institution à défendre. » Énorme. Rien que cette phrase est déjà une défense de l’institution.
@ Edmond : l’apologétique est-elle seulement la défense de l’Église ? Personnellement, je suis plus intéressé par le dialogue sur la foi. Et éventuellement par la défense de Dieu, ou du Christ, dans la mesure où ils en ont besoin. Remplir les églises, ça n’a jamais été mon truc. Si je devais reprendre ta distinction entre la bonne et la mauvaise apologétique : la bonne, c’est celle qui parle de Dieu, la mauvaise celle qui parle de l’Église. Mais bon, je pense qu’on est d’accord. Ceci dit : quelle plume… Dans quoi la trempes-tu avant d’écrire ?
@Le Chafouin.
« ils souffrent à mon sens de n’avoir aucune unité. » : oui enfin l’église catholique a effectivement une unité sur le papier, pour le reste, d’un diocèse à l’autre, c’est parfois (souvent) le jour et la nuit.
Marc, quand on parle de l’unité de l’Eglise, on parle du principe de cette unité : la volonté de Dieu, exprimée par Jésus en Jn 17, parlant au Père : « Qu’ils soient un comme nous sommes un ». Ce n’est donc pas d’une unité « sur le papier », ni « en papier », mais de l’unité voulue par Dieu que nous parlons. Unité ne veut pas dire différence, mais veut dire unique principe d’unité, ici la Sainte Trinité elle-même.
Il est évident – mais peut-être pas inutile de le rappeler, ce que vous vouliez sans doute faire – que cette unité, nous la blessons dans toutes nos désunions, dans nos guerres, et en fait à chaque fois que nous péchons, nous éloignant ainsi du dessein de Dieu pour nous et pour l’humanité.
La distinction d’Emmanuel Pic me paraît par ailleurs tout à fait intéressante : on nous demande d’évangéliser, pas de cléricaliser ou d’ecclésialiser… la question serait donc plutôt : peut-on évangéliser sans l’Eglise, fondée par le Christ ?
Je suis tout à fait Emmanuel Pic sur l’apologétique : un des plus grands apologues du siècle dernier, Chesterton, n’a jamais sombré dans les petites polémiques. Pour lui l’apologétique ne consistait pas à défendre une « identité catholique » mais a trouver les meilleurs mots et images pour proposer la foi au plus grand nombre.
Cela ne veut pas dire qu’on ne peut parler d’Eglise : je voudrais partager avec vous une idée d’un autre apologue, le P. Ron Rolheiser, sur l’Eglise, qui me tiendra également lieu de réponse à Authueil. Pour lui, le coeur du mystère de l’Eglise c’est de donner aux chrétiens de vivre les paroles adressées à Pierre : « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. »
L’Eglise n’est pas un club où on se rassemble par affinités : on peut rencontrer dans la même chapelle un lobbyiste pro-nucléaire et un militant écolo, un cadre et un ouvrier. Leur unique point commun est leur recherche du Christ. C’est particulièrement lorsqu’il devient difficile d’apprécier la catho du banc d’à côté (ou le protestant du blog d’à côté) qu’il est plus urgent de l’aimer.
@Edmond :
Hé bin moi j’aime bien. Bon je sais, çe te fait une belle jambe. Mais si d’un côté je conçois que la vision purement apologétique de l’annonce de l’évangile peut paraitre assez aride, un chrétien ne peut pas faire l’économie de l’apologétique quand la foi est clairement attaquée (laisserait-je quelqu’un de mon entourage piétiner ma soeur ou mon frère sans que j’intervienne ?). Donc l’idée de ces « deux apologétiques » dont l’une est dépassionnée, et se veut constructive, me parait tout à fait pertinente
Je voulais te dire aussi que j’aimais beaucoup l’image choisie pour l’article, t’es un boss pour ça (sisi), elle me fait un peu penser aux Warhammer. Pour peu, on pourrait penser que notre croisé est en train de combattre un vilain troll…
Ce qui me ramène @authueil :
J’aurais une remarque et une question. Ma remarque sera de dire que, quand un chrétien « défend l’Eglise », il ne défend pas une institution, il défend le Christ (ainsi que le laisse suggérer la parole du Christ lors de la conversion de St Paul : « Je suis Jésus que tu persécutes » … Or Paul ne persécute pas directement le Christ mais son Eglise… ce qui suggère que l’Eglise et le Christ ne sont qu’un.)
Ma question est la suivante : comment peut-on prétendre se consacrer à « l’essentiel » (notion pour le moins « absolue »), sans qu’il y ait de normes (c’est qu’il ne soit pas possible de déterminer ce qu’est l’essentiel ?)
@ Le Chafouin : Rhôô… Espèce de gros réac, tiens ! C’est quoi ce concept de ne parler que des choses pour lesquelles on aurait quelque chose à apporter ? (Je me demande même si ce n’est pas un peu fasciste, comme raisonnement, tellement ça va contre l’absolue liberté d’expression…!)
@ Emmanuel Pic : Évidemment qu’on est d’accord ! D’ailleurs, on n’a jamais dit que la taille du vignoble faisait la qualité du vin… métaphore qui devrait te plaire, non ?
Et sinon, vous pensez vraiment que le tout petit-petit trollage d’Authueil valait qu’on en fasse un tel fromage ? Il le dit lui-même, qu’il aime bien aller faire du catho-bashing par-ci, par-là… même si je dois admettre que venir en faire sous un billet qui pourrait aussi bien concerner les protestants que les catholiques, c’était courageux de sa part ! :-p (Ah, zut… j’en ai remis une couche, là ?)
Ah, te rejoindre sur le banc des accusés… Mais volontiers, Edmond, volontiers. J’ai une réserve toutefois : c’est trop facile, quand on sait à l’avance qu’on sera brillamment défendu. Je partage pleinement ton optique même si, comme souvent, entre la théorie et la mise en pratique, il pourrait m’arriver de me perdre en chemin.
J’aime spécialement ta presque conclusion :
Comme tu le dis, « s’occuper de [notre] propre catholicité », c’est déjà le travail d’une vie, et de tous les jours.
A la réflexion, je doutes etre sur le banc des accusés, mais je devrais peut-être y venir… Des fois j’ai un peu le sentiment d’êtyre un pharisien… ERn tout cas heureusement que ce site existe, il remet les choses en à leur bonne place, mêmez s’il y a trop de post pour que je suive tous les blogs et trop peu ici…
Merci Edmond pour ton billet.
J’avoue qu’au départ, je n’étais pas tout à fait d’accord avec ce que tu disais. J’avais en tête l’exemple d’un catholique qui avait tenté de me démontrer que l’Eglise justifiait théologiquement sa xénophobie, ce qui demande une bonne dose de mauvaise foi (si je puis dire) quand on sait la clarté des positions de l’Eglise dans ce domaine (en particulier les conférences épiscopales). Mais c’est vrai, finalement, que ce n’est pas en s’opposant à ce genre de comportement qu’on servira l’Eglise et le Christ (au contraire, on donnera le triste spectacle de frères qui se déchirent) mais bien en pratiquant l’Evangile. Le rôle d’un chrétien n’est pas de lutter contre les ténèbres mais bien de briller, merci de nous le rappeler.
Merci Edmond. Je suis bien d’accord avec toi sur le BAC. On n’est pas du tout obligé de monter au créneau sur tous les sujets et ceux qui en font le reproche on le droit de se donner eux même le mal de parler ou d’écrire. Peut-être découvriront-ils que l’exercice n’est pas si facile que cela.
Sur l’apologétique, c’est certain qu’il y en a une bonne et une mauvaise, mais je ne suis pas très sûr du critère. Le critère de la polémique me semble un peu discutable parce qu’il faudrait expurger pas mal la Patrologie, par exemple. Je me méfie aussi du critère de défendre Dieu ou l’Eglise, ou alors il faudrait préciser davantage. Ste Catherine de Sienne aimait passionnément l’Église tout en disant ce qu’elle croyait devoir dire au Pape. Au fond, tous les saints aimaient l’Église comme le Christ et certains l’ont défendue avec vigueur. Je ne crois même pas que les controverses, parfois vives, à l’intérieur de l’Église soient forcément des péchés contre l’unité. Peut-être qu’un critère serait de ne pas faire de l’apologétique un simple combat humain, ou bien de dire qu’elle suppose à la fois le talent et la sainteté. Enfin, je cherche…
En tous les cas, tu ne fais pas du beau mot d’apologie un gros mot et sans vouloir être dithyrambique, je pense même qu’à ta façon tu es un apologète, non breveté peut-être, mais efficace.
Bonsoir,
Ah ça c’est marrant… Il y a un peu plus d’un mois, j’avais commencé à écrire un petit article pour mon blog qui était parti pour s’intituler : « Guerres et polémiques entre catholiques : ASSEZ !!! ». Et en fait je n’ai jamais réussi à le boucler. La raison toute simple : un travail d’équilibriste pour ne pas me retrouver à mon tour dans la position du diviseur divisé.
Pour être franc, je commençais à en avoir raz la casquette des affrontements par blogs interposés sur le réchauffement climatique, la marche pour la vie (et plus récemment le kiss in à Paris, re-belote). Le pire, ce qui m’a le plus secoué et qui m’a fait commencer à écrire sur ce sujet (ça restera désormais pour moi tout seul, de toute façon, na !) c’était à l’occasion de la marche pour la vie, le comptage des bons et des mauvais évêques. Parce que, cher Edmond, même les évêques ont eu à repasser leur BAC à l’occasion de la marche pour la vie. Oui, vous ne rêvez pas, même les évêques ! Et les pauvres, c’est tous les jours qu’ils s’en prennent des grosses taloches, par leurs propres ouailles : pas assez engagés, pas assez fidèles à la tradition liturgique, pas assez fermes contre l’Islam, … Eh oh ! ce sont les successeurs des apôtres !!! Je vous passe les commentaires que j’ai lu du style : « C’est une honte : le site du diocèse ne parle même pas de la marche pour la vie, par contre ils parlent de la journée du migrant ! » Ca y est, je m’énerve, et c’est carême… ça va me couter un chapelet c’t'affaire encore (je déconne).
Bon bref, tout ça pour dire que ça n’a rien à voir avec l’apologétique. L’apologétique c’est justement l’art qui va consister à expliquer à un grand amateur de polémique qu’on ne peut pas se cacher derrière des phrases du style « La charité c’est de dire la vérité » pour en balancer à tour de bras dans la tronche de son Prochain (baisse la tête, c’est toi qu’on vise). La vérité, si on ne s’occupe pas un tout petit peu de faire que l’autre l’entende, on parle dans le vide et c’est de la charité stérile.
Bref, la notion de pédagogie a quand même à être sérieusement redécouverte, tu as bien mis le doigt dessus, et je crois que c’est l’un des grands enjeux de la nouvelle évangélisation. Amen.
Ca fait du bien de lire ce billet, et ces commentaires, juste en début de Carême. Les querelles sans arrêt, ça gaspille tellement d’énergie, ça remplit tellement vite la casquette dont parle Pneumatis… Je laisse tomber la préparation au BAC (en plus, j’ai appris que les critères changent d’un jury à l’autre), pour me concentrer sur les épreuves pratiques, les JO quotidiens… L’entraînement est déjà conséquent.
Edmond, tu ne fais peut-être dans dans l’apologétique, mais tu réussis assez bien, dans ce que tu écris, à rendre attirant le gars de ta BD, même pour ceux qui n’en connaissent pas l’univers.
@Marc
Mieux vaut l’unité de façade que la division assumée, quand même… Surtout que l’unité se construit autour du christ. Cela me rappelle une homélie récente entendue à l’occasion de la semaine sur l’unité des chrétiens : le prêtre avait rappelé que chacun se devait de ressembler au christ, et que là était le ferment de l’unité. Là était notre point commun à tous, au delà des questions de susceptibilités ou de rites.
@Emmanuel Pic
« la bonne, c’est celle qui parle de Dieu, la mauvaise celle qui parle de l’Église. »
Mais la défense de l’institution, est-ce de l’apologétique? Souvent, quand on, défend l’Église, c’est pour défendre le message qu’elle porte, pas les hommes qui la constituent… Je ne suis donc pas persuadé que ce critère soit le bon.
@Edmond
Ben en l’occurrence c’est plus un aveu d’incompétence… Parfois je ne me sens pas de m’exprimer sur un truc, par peur de dire des bêtises… Sur la bioéthique par exemple. Je te le donne en mille! Le sujet par excellence sur lequel il vaut mieux éviter de parler que de l’ouvrir pour dire des âneries.
@Laurence
Tu m’étonnes, on a tous du boulot, là!
Merci Edmond pour ce billet, fort sage (j’ajouterai même: comme toujours, mais j’aurais peur que tu croies que je fayotte).
J’ai juste une petite remarque, et je suis désolée qu’elle porte sur une note de bas de page et pas sur le contenu du billet: « …l’Eglise elle-même, qu’Il a souhaitée unie et pas divisée en mille chapelles et milliers de sensibilités » (note 4). Ok, le Christ n’a sûrement pas voulu l’Eglise divisée en 1000 chapelles, mais les milliers de sensibilités, est-ce qu’elle ne sont pas le reflet de l’unicité de chacun des membres? Ce que le Christ n’a pas souhaité, c’est que ces milliers de sensibilités se tapent dessus et passent leur temps à se délivrer (ou non) des BAC, comme tu dis, mais en elles-mêmes, ne forment-elles pas le visage de la Tête justement? Bien sûr, si on entend par « sensibilité » manière de vivre sa foi, oeuf corse. Bon, en même temps, c’est sûrement ce que tu as voulu dire mais bon… ça me semblait pas tout à fait clair.
@ Armagilius : Disons, pour le critère de la polémique, qu’il me semble y avoir une forme d’apologétique qui vit surtout pour s’embraser à chaque petite remarque ou micro-dérapage… Certes, ils ne faudrait pas hésiter à entrer dans l’arène face à un grand scandale, mais est-il néanmoins bon d’y aller en armes ? et de tous y aller en même temps ? Sans un minimum de réflexion en amont, on court le risque de décrédibiliser le message dans son ensemble. C’est pour ça que j’opposais « polémique » à « pédagogique ». Enfin, une controverse dans l’Eglise n’est pas nécessairement mauvaise, pourvu qu’elle se fasse dans le respect mutuel. Le moment où l’on commence à se lancer des anathèmes me semble un bon critère de discernement pour évaluer qu’une limite a été franchie… non ?
@ Pneumatis : « La charité dans la vérité », tu pose effectivement l’une des grandes expressions entendues ces derniers mois pour justifier à peu près tout et n’importe quoi ! Mais il me semble aussi que bien souvent, le désir de vérité l’emporte sur la charité, ou tout au moins la précède dans l’intention, alors que l’expression les met justement dans l’ordre inverse !
@u Chafouin : Sur la bioéthique, je te l’accorde avec plaisir. C’est aussi un sujet sur lequel je préfère souvent laisser parler les personnes compétentes.
@ Jouls : D’accord avec toi, ce n’est pas très clair (ou en tout cas, certainement pas assez), mais c’est en fait le verbe qui constituait le coeur de cette note. En fait, l’Eglise peut très bien être « composée » de milliers de sensibilités, tant qu’elles font corps… l’important, c’est qu’elle ne soit pas « divisée » en mille chapelle ! Bon. J’ai un peu abusé en jouant les funambules, là… :-p
@Edmond Prochain : oui, c’est vrai qu’on peut mettre beaucoup de choses derrière l’articulation « amour et vérité ». Et nous sommes d’accord que se conforter dans un « La charité c’est de dire la vérité » (ce qui est vrai, mais demande à être approfondi) pour justifier tous ses débordements de langage, ses exclusions et ses jugements, c’est être bien loin du compte.
C’est pourquoi il y a un lien très fort avec la notion de pédagogie. Il se s’agit pas juste de dire la vérité (mais il faut pourtant la proclamer), il ne s’agit même pas encore seulement de la faire connaitre (mais il faut pourtant l’expliquer) : il faut la faire AIMER. Evangéliser, c’est faire AIMER la vérité. La voilà, je crois, l’articulation essentielle entre Amour et Vérité.
Exercice de carême : qu’aucun d’entre nous, sur son blog, ne soit plus critique, mais essaie de voir Dieu et son oeuvre dans le monde ?
Peut-être sera-ce plus par la charité que par l’intellectualisme que nous pourrons émouvoir et rapprocher les autres de nous ?
@PSCLV
Sacrée gageure! Mais bonne idée.
@ Pneumatis : + 1 !
J’aurais bien ajouté un truc sur ce qu’on appelle « l’unité de l’Eglise », en vrai… mais je sens que ça va saoûler du monde. Je vais peut-être seulement saoûler les gens chez moi, finalement. ^^
Assez d’accord avec votre billet, Edmond, mais un truc me chiffonne, tout de même. C’est que « lui c’est pas un vrai d’abord », c’est parfois un fait objectif. A condition que l’on ne lance pas ce genre de déclarations à la volée et sans aucune réflexion, évidemment. L’échec au BAC se fait souvent à l’insu du candidat (qui n’a pas conscience de passer un examen, en fait, puisqu’il proclame à qui veut l’entendre qu’il a réussi haut la main), mais quand même, ce n’est pas parce que le candidat involontaire échoue que l’examinateur autoproclamé est forcément mauvais.
« ce n’est pas parce que le candidat involontaire échoue que l’examinateur autoproclamé est forcément mauvais. »
OK Ancilla Domini. Cependant le candidat n’avait peut-être rien demandé, et l’examinateur, s’il a peut-être raison sur le fond, doit éventuellement s’interroger sur le bien-fondé de sa démarche, sur son initiative personnelle d’examinateur. C’est pas tellement le fond, mais plutôt la forme, qui peut poser problème.
Maintenant, le billet d’Edmond proposait, je le comprends comme ça, de laisser tomber un peu la tête, toujours portée à tout analyser, jauger, classer, et descendre plutôt dans le cœur, lieu du silence, organe d’où vient tout ce qui sort de l’homme… non ?
Parce qu’un certain nombre de gens se fichent royalement des BAC, un chrétien ils savent à peine ce que c’est et ce que ça fait, alors qui serait bien pour eux, c’est de voir sur le visage des chrétiens, et dans leur attitude, un peu de cet amour dont ils se réclament… les arguments apologétiques, ça viendra après. Déjà, faut qu’ils connaissent le visage du Christ.
L’apologétique, ce n’est pas seulement ad extra, c’est aussi ad intra. Les participants à ce blog ont tous une culture « chrétienne » raisonnablement développée et peuvent encaisser les coups de boutoir des anticathos sans trop se laisser désarçonner. Mais combien de brebis ont-elles le « capital culturel » qui leur donne ce confort ? Nous pouvons peut-être subir beaucoup, faut-il laisser les autres subir sans défense ? Comme dit Lévinas, pour soi-même, être prêt tout accepter, pour les autres, exiger la justice. Il faut répondre, mais dans un souci pédagogique, orienté vers le tiers de bonne volonté.