Car aime, en « P »
C’est le début du Carême. Et, faut-il vous l’avouer, je ne sais pas comment le vivre… Oh, je sais, il y a de quoi rire1 pour une catholique dite « engagée » ! Chapeau le témoignage, vraiment !
Ce ne sont pas les idées qui manquent pourtant. Depuis ma prime jeunesse, j’ai en tête la formule magique des « 3P » que mon vieux curé nous proclamait sur tous les tons avec son goût si marqué pour les formules frappantes, goût si fort que parfois me viennent encore en tête certaines de ses expressions2. Si souvent réentendue depuis, elle n’est pas mal cette formule et deviendrait même vraiment bien… si seulement je savais les réaliser ces 3 P.
P prière : comme si je savais faire autre chose que bafouiller !3 Comme si mes moments de silence étaient vraiment pleins, comme s’ils étaient suffisants…
P partage : comme si je n’étais pas aveugle volontaire, ne sachant pas ouvrir les yeux quand il le faudrait sur ce qui se passe autour de moi. Comme si mon partage était vraiment tel celui de la pauvre veuve et de ses quelques piécettes4, partage de l’unique nécessaire… !
P pardon : comme si la rancune n’existait pas en mon cœur, parfois même à mon insu ! Comme si mon pardon donné était aussi plein, aussi vrai, que celui du Christ ! Et puis, « nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches »5 disait si justement le poète. (En plus, pour corser la tâche, les relous, y en a plein !)
Vous l’aurez compris, les 3P, pour moi, ce n’est jamais gagné, ce serait même plutôt : « Pouah, Punaise, Pas simple ! ». Et puis, j’ai suffisamment expérimenté la chose pour savoir que les bonnes résolutions, passée la joie des commencements, elles s’oublient bien vite dans le placard à balais avec les toiles d’araignées. Pour autant, je n’ai nulle envie, malgré mon manque d’inventivité et de fidélité, de mettre mon carême au placard… pas vous ?
Car ainsi, c’est seulement à la fin de ces quarante jours, que je me rappellerais, soudain, que Quelqu’un a offert sa Vie pour moi ? Allons, allons, il y a sans doute mieux comme projet ! Et c’est bien maintenant et non pas demain qu’il faut s’y engager. Dès aujourd’hui une préparation, un échauffement, une mise en marche, quelque chose quoi… que sais-je ?
D’un don, répondre par un don. Mes mains sont vides et maladroites, mon corps lent et paresseux, mon cœur lâche et aveugle : c’est entendu. Mais ils sont là ces instruments déficients, à disposition, je peux les offrir. Les offrir à Celui qui saura mieux s’en servir que moi, et par là même les offrir à celui tout proche qui en a besoin pour ce petit rien qui n’est pas grand-chose pour moi et qui pour lui sera beaucoup. Disponibilité, attention, accueil : cœur en éveil, mains tendues, yeux aux aguets. Être là.
Quarante jours devant moi, « sans autre arme que l’infinie confiance dans l’amour du Tout Puissant »6 : route longue où il faut apprendre à se démettre de son orgueil pour laisser ce Dieu qui m’aime agir en moi, pour le laisser vivre en moi. Se reconnaître « créature fragile, faite de terre et destinée à la terre, mais aussi semence de Dieu destinée à Dieu. Poussière, certes, mais aimée et formée par son amour…et capable d’entendre son appel et d’y répondre. »7
Vivre ce carême, joyeux comme des aimés ! Vivre ce carême, dans le don quotidien de notre misérable indigence, heureux comme des aimants ! Carême, car aime : les sonorités sont identiques et, mieux encore, la dynamique est similaire. Le Carême peut alors s’écrire à deux plumes, à deux cœurs, collaboration de deux amours qui marchent ensemble dans une même direction, l’un épaulant sans cesse l’autre, le consolant, le rafraîchissant, veillant à ce qu’il ne perde pas pied tant la route peut être longue et connaître des passages difficiles, escarpés… Et l’autre, inexpérimenté dans la marche, tente de faire confiance. Peut-être même ce dernier apercevra-t-il finalement, sur la route, par-delà le don de lui-même, de ses dons aussi bien que de ses manques, comme un par-don…?
« A Dieu parce qu’Il est bon confession confiance et confidence. Sur les quatre notes ascendantes! parce qu’éternelle est Sa miséricorde Dieu des dieux ! parce qu’éternelle est Sa miséricorde! »8
« Le Carême élargit notre horizon et nous dirige vers la vie éternelle »9. Je ne sais pas trop comment faire pour le vivre, vous l’avez lu… mais puisque la sagesse populaire dit que la meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre – au pluriel ! – , on tente d’y avancer ensemble ?
- ou pas d’ailleurs [↩]
- Père Pierre, bise au passage, si vous me lisez ! [↩]
- Heureusement, le fait qu’Anne-Claire, l’autre fille de la sacristie ne sache pas non plus prier, ça me rassure un peu [↩]
- Mc xii, 42 et suivants [↩]
- Charles Baudelaire, « Au lecteur », Les Fleurs du Mal [↩]
- c’est pas moi qui le dit ! C’est le pape dans son homélie du mercredi des Cendres 2010 [↩]
- ibid. [↩]
- Paul Claudel, « Psaume 135″, Psaumes, traduction 1918-1953 [posth. 1966], Gallimard, 2008 [↩]
- toujours pape dixit [↩]
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Le chemin est fait pour marcher et non pour s’asseoir ( SdS) Marchons sur le chemin de conversion vers le Christ Ressuscité, merci Zabou
Zabou, on voit bien que tu es déformée par tes études, tu arrives à mettre 9 notes de bas de page pour un article assez court !!
Sinon, je trouve que tu es peut-être pessimiste, car il me semble que tu vis probablement plus intensément le Carême que ce que tu en dis. En donnant du temps gratuitement pour des jeunes, tu pratiques le Partage. Avec tes activités paroissiales, d’aumônerie, etc, tu passes du temps en prière (même ce que tu appelles « bafouiller », c’est une forme de Prière et le Seigneur l’entend bien. A mon avis, tu es sur le bon Chemin ! Bonne continuation et merci pour tes réflexions, une fois de plus intéressantes.
En Union de Prière.
Bien sur, tout le monde a reconnu la citation de Saint François de Sales SFDS, au lieu de SdS
@ Hervé : Bon, déjà, le « je » est sans doute à comprendre de façon un peu plus large que « moi-même et mon petit nombril ». Ensuite, pour le reste, tu me permettras d’en juger avec les personnes compétentes pour
Enfin, ce que je sais, ce qui me rassure et me fait continuer mes pauvres bafouillages, c’est que j’ai lu un jour dans un psaume : « Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses ». Et là est sans doute la clef ! (Héhé, même pas une note de bas de page dans mon commentaire, si c’est pas fort ça !)
Bonjour Zabou, je perçois dans votre billet une certaine difficulté avec le Carême, liée sans doute à l’image triste et morne traditionnellement véhiculée par ce mot. Peut-être que je me trompe. En ce qui me concerne, ce temps est vraiment opportun pour retrouver Dieu par des petites attentions qui varient selon chacun. Je vous invite à lire mon article Chouette c’est le Carême : http://spiritueldabord.free.fr/ Bon Carême !!
@LSD : je crains que vous n’ayez laissé de côté les phrases : « Vivre ce carême, joyeux comme des aimés ! Vivre ce carême, dans le don quotidien de notre misérable indigence, heureux comme des aimants ! » lors de votre lecture… Non ?
Mais bon carême à vous !
Je retiens surtout le « convertissez-vous et croyez à l’Evangile » du mercredi des Cendres, j’essaie de me souvenir de cette phrase, de faire en sorte qu’elle résonne toujours comme un écho dans mon petit cerveau pendant ces quarante jours. Les 3P, c’est une astuce, un moyen mnémotechnique, un moyen comme un autre pour parvenir à cet amour dont tu parles, qui est à la fois le but à atteindre et le moyen d’une vraie conversion.
Ce que j’aime aussi, dans le Carême, c’est la grande liberté offerte aux croyants. C’est un peu chacun son Carême, mais en communion les uns avec les autres.
Merci, Zabou ! Vous avez encore une fois mis les mots qu’il fallait pour que je m’y retrouve trop bien
Bien d’accord pour la 2e version des « 3P » mais bien d’accord aussi de marcher jusqu’au bout sur cette route de Carême, qui n’est jamais comme JE veux ou l’ai décidé…! Dieu merci, c’est encore Lui qui mène la marche ! OK pour avancer ensemble, en UDP (ou B comme bafouillage…) avec tous les chrétiens !
Bon, alors, si le fait que je ne sache pas prier peut te rassurer, tant mieux
Et pour le carême, on marche ensemble…ça grimpe parfois un peu beaucoup, mais la route est belle, chaque année un peu plus, d’ailleurs.
Saint Bernard disait quelque chose d’assez joli : « Ne méprise pas ta prière, car Dieu ne la méprise pas ». Il aurait pu l’adapter au Carême et s’écrier « ne méprise pas ton Carême, car Dieu ne le méprise pas. » Finalement, on ne sait jamais à l’avance les fruits de notre relation à Dieu. On peut se trouver naze, timide et rougissant mais comme la jolie fiancée, Dieu est souvent touché, non?
UDB (sans être enrhubée, hein) avec tous, cela me va