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Le site qui sonne les cloches

Faut-il défendre l’Eglise à tout prix ?

C’est l’un des débats qui occuperont les Etats Généraux du Christianisme, qui se tiendront à Lille les 23, 24 et 25 septembre prochains, dont l’esprit est décrit , et dont le blog, animé par le prestigieux et déjà renommé Benjamin Legendre, se trouve ici.

Dans la foulée des billets que Marc a consacré à cet évènement sur son blog, et à la veille de la visite de Benoît XVI en Grande-Bretagne, voici un billet écrit à quatre mains : les deux siennes, et celles de Koz. L’un et l’autre ont été pressentis pour développer l’une des deux propositions que seraient un non et un oui. Bien évidemment, la réalité est plurielle et il n’est pas écrit que les positions qui suivent ces lignes seraient véritablement contradictoires. A vous de voir…

*

Défendre l’Eglise ? L’aimer ne suffit donc pas ?

« Face à des attaques souvent incorrectes1 et infondées contre l’Eglise et ses dirigeants, Sa Sainteté est convaincue que la réponse la plus efficace est une grande fidélité à la parole de Dieu, un témoignage plus résolu de sainteté et un engagement croissant à la charité »

Message de Benoît XVI lut par le Cardinal Tarcisio Bertone aux Chevaliers de Colomb le 4 août 2010 (AFP, Texte original).

Tout est dit, condensé en quelques lignes, à la fois de la perception qu’a l’Eglise de la critique mais aussi de la justification de celle-ci. Et donc de la nécessité de se défendre. Reprenons dans l’ordre.

La critique de l’Eglise, particulièrement vigoureuse depuis le pontificat de Benoît XVI,  est souvent perçue comme une attaque injuste contre l’ensemble de l’Eglise et plus particulièrement contre le Pape, désignée de plus en plus fréquemment comme de la cathophobie.

On ressort donc boucliers, murailles et Tours de guet, prêt à se défendre jusqu’au bout contre les affreux médias communistos-maçonniques qui n’ont d’autre but que de détruire l’Eglise.

A cela, deux mises en contexte. Tout d’abord l’absence de lieu permanent de concertation et d’échanges a cette fâcheuse conséquence qu’il n’y a pas de véritable culture du dialogue dans l’Eglise. Nous vivons encore trop souvent dans une logique hiérarchique de gouvernants/gouvernés qui de facto transforme toute critique en agression. Deuxième facteur à prendre en compte, la perception de la vérité dans l’Eglise, une tendance assez nette à prendre chaque parole du Pape pour « Parole d’ Evangile ».

Remettre en cause une position du Pape ou d’un Cardinal, c’est remettre en cause toute l’Eglise dans son infaillibilité, comme pourrait le faire un cubain en n’applaudissant pas un discours de Castro. Une illustration parmi d’autres, le fait que Benoît XVI signe encore aujourd’hui certains livres Joseph Ratzinger, comme pour indiquer qu’il ne relève pas de la même autorité.

Alors oui, bien sûr, les médias tapent fort, très fort. Mais plus que pour un homme politique ? Il faudrait demander son avis à Eric Woerth.

Défendre l’Eglise face aux approximations, oui d’accord, mais sur le reste, n’est-il pas normal que la société et les médias puissent s’exprimer ? Et à y regarder de plus près, l’Eglise était-elle toujours défendable ? La protection dont a pu bénéficier durant des décennies le fondateur des Légionnaires du Christ et de nombreux pédophiles doit nous rendre attentif au fait que nous sommes toujours une sainte église de pêcheurs.

Avoir comme position dogmatique de toujours prendre la défense de l’Eglise, c’est aller à rebours de la conviction générale des Evêques de France qui depuis le rapport Dagens de 94 considèrent que nous vivons dans une période d’indifférence vis-à-vis de la religion.

Défendre l’Eglise aujourd’hui ? Oui, il le faut, bien sûr, en la défendant avant tout contre elle-même, comme nous le rappelle Benoît XVI. En étant lucide sur son activité, ses hauts et ses bas. En acceptant de prendre publiquement position. En lui permettant de remplir son rôle de serviteur.

J’ai bien conscience qu’il s’agit de reprendre l’argumentaire de Mgr Marcel Lefbvre et depuis des responsables de la Fraternité Saint Pie X, en expliquant que puisque l’Eglise n’est pas fidèle à elle-même, il faut la sauver, d’une manière ou d’une autre.

Discerner ce qui relève alors de la vérité ou non ne m’appartient pas : en revanche, il est une chose que j’ai appris des Congar, De Lubac et Chenu, c’est qu’il est possible d’être critique dans l’Eglise sans pour autant lui être infidèle, ce qui reste sans doute la plus belle des preuves d’amour.

Marc Favreau

*

Il faut défendre l’Eglise à tout prix

Oui. Et sans états d’âme. Sans faillir et sans faiblir. Contre vents et marées. Car l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique. Alors, c’est à tout prix ou crève. Église rulez ! Qui ne saute pas n’est pas catholique. C’est eux ou nous. Vous connaissez ma devise : par Saint Michel et par Saint Georges.

On croit discerner aussi, derrière ce sujet de débat, l’idée qu’il existerait des cintrés de la défense de l’Eglise, des fondus du Pape, des pavloviens de l’étendard jaune et blanc… Allons, allons, on sait bien qu’il existe tout autant des forcenés du retrait, des critiques assidus, des catholiques qui ne s’assument dans le regard des autres que lorsqu’ils ont protesté de leur distance vis-à-vis de Rome, au chaud dans leur irréductible quant-à-eux. On ne s’arrêtera donc pas sur ces manifestations, aussi excessives l’une que l’autre. Mais qui irait soutenir l’idée qu’il faudrait défendre l’Eglise à tout prix ? Il y a un prix que l’on ne peut pas se permettre, une confusion à ne pas faire sur la nature de l’Eglise, et une attitude à ajuster.

Il y a un prix impayable. On ne peut pas défendre l’Eglise contre la Vérité. Pour forcer le trait, on imagine bien qu’une Eglise qui nous inciterait à la haine ne pourrait pas être défendue en tant que telle, en tant qu’Eglise du Christ. Défendre le Pape simplement parce qu’il est pape n’a pas de sens. On ne le défend d’ailleurs que parce que l’on estime que lui-même défend la Vérité – à tout le moins celle à laquelle on adhère.

Il faut évidemment aussi s’entendre sur la nature de l’Eglise. Le terme comprend à la fois l’institution et le peuple des croyants. Or il est tout aussi manifeste que si la première s’efforce d’œuvrer dans l’intérêt des seconds, il peut y avoir une discordance entre les deux. Sans prendre un parti définitif pour l’un ou l’autre, on peut être amené à relever que, sur tel ou tel point particulier, l’institution n’a pas oeuvré pour le bien des croyants. La crise de la pédophilie en offre un exemple évident dans les quelques diocèses dans lesquels on a maintenu des prêtres pédophiles au contact de jeunes. Faut-il dans ce cas défendre les évêques qui ont pris ces décisions ? La réponse ne fait pas de doute.

Il y a une attitude à ajuster : l’Eglise doit-elle être défendue ? Est-elle menacée, est-elle assiégée, sommes-nous ses petits soldats ? Notre rôle premier est-il de défendre l’Eglise, de riposter ? Depuis qu’on me l’a servie dans une occasion bien précise, une phrase tourne dans ma tête : « laisse les morts enterrer les morts, mais toi, va annoncer le règne de Dieu« . Mon curé a une autre formule. Sur les polémiques, il « laisse pisser le mérinos« . Il laisse pisser le mérinos mais il convient qu’il peut être nécessaire, sans défendre une citadelle présumée assiégée, d’apporter des précisions, des explications.

Mais quittons les hauteurs théoriques, passons au concret, intéressons-nous à… moi. Vous pourriez me dire que toutes les réserves précitées sont belles et bonnes mais que j’ai systématiquement défendu l’Eglise-institution, en la personne de Benoît XVI, lors du discours de Ratisbonne, ici, ou encore sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes, , sur le préservatif, , dans la crise de la pédophilie dans l’Eglise,  (je suppute que les mêmes seront moins chatouillés par cette dernière manifestation de mon allégeance, ici). J’ai bien émis quelques réserves, mais je le concède volontiers, elles sont rares et portent sur la forme, non sur le fond. Je ne « défends » pas seulement le pape pour emmerder le monde. Le plaisir est évident, mais il est fugitif.

« Si je devais porter un toast, je lèverais mon verre à la conscience d’abord, puis au pape« , disait John Henry Newman, qui pourrait bien finir docteur de l’Eglise, selon les meilleurs sites de paris ecclésiaux. La conscience d’abord, donc. Mais la conscience n’est ni désincarnée ni solitaire. Incarnée, il s’agit bien de ma conscience et mon histoire me porte probablement plus immédiatement au respect de l’ »autorité ». Chacun ses biais. Ma conscience n’est pas solitaire non plus. Et si donc je devais décider de me désolidariser de l’Eglise-institution pour la défense de l’Eglise-peuple, cela ne peut être qu’après avoir cherché : les explications possibles, les informations qui me manquent pour comprendre. Il pourrait y avoir, d’ailleurs, comme un plaisir solitaire à s’abandonner dans la contemplation ravie de sa conscience révoltée.

Il y a, c’est certain, de grands saints qui se sont illustrés dans leur façon de morigéner l’Eglise et ses puissants, sans pour autant quitter l’Eglise, et l’adhésion d’une conscience aussi manifestement libre a un vrai prix. Preuve d’ailleurs que l’Eglise peut entendre : elle les a canonisés. Mais aucun ne l’a fait par réflexe, aucun ne l’a fait à la légère. Je ne connais pas leur vie à tous, ni leur psychologie intime, mais je suis certain qu’ils ne se sont résolus à admonester l’Eglise qu’après une longue et juste évaluation du « prix ».

Pour ma part, aucun cas à ce jour ne m’a amené, après en avoir délibéré avec moi-même, à considérer que le prix de mon soutien était trop élevé, qu’il contreviendrait à la Vérité, à l’Evangile ou simplement à la bonne foi. Je sais qu’on reconnaît plus de prix, plus d’indépendance, à une conscience qui s’oppose. Mais voilà, moi, jusqu’à ce jour, ma conscience, elle acquiesce. Que voulez-vous, c’est ma conscience, je n’en ai pas deux, et elle est comme ça. Je fais à l’Eglise et au pape, selon la formule de « Josef Ratzinger, Benoît XVI », « le crédit de la bienveillance sans lequel il n’y a pas de compréhension possible« .

Koztoujours



  1. unfair dans le texte original, c’est-à-dire injuste, déloyal, exagéré selon la traduction du Colins, et non pas incorrect dans le sens de faux []




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67 Commentaires

  1. oh le beau débat :)

    Il y a la lune et le doigt du sage… à chacun de voir ce qui est le plus important.

    Quand le Christ parle du martyr, c’est en référence à lui et à son message, pas pour la défense d’une institution humaine, qui a montré tout au long de l’histoire son coté « humain et faillible ».

    Je vous laisse, j’ai du boulot, mais c’est pas l’envie qui me manque :)

  2. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Qui te manque… de participer ?

  3. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Si on ne peut même plus troller en toute mauvaise foi :)

    Les commentaires, c’est aussi fait pour ça, amener le débat là où l’auteur n’a pas souhaité aller. C’est la question qui dès le départ, pose problème. L’église n’est qu’un instrument, parmi d’autres, de la diffusion du message. Et ce n’est pas toujours le meilleur…

    La vraie question serait plutôt : faut-il avoir une institution telle que l’église catholique avec un pape ? N’est elle pas contre-productive, dans certains contextes ?

    Tu pars du principe que l’église, c’est bien, tu ne la remet pas en question. C’est oui ou c’est non, à prendre ou à laisser, et même s’il y a du déchet, la balance t’apparait encore positive.

    Pour ma part, je suis affranchi de cela. Je n’ai pas à me demander si cela vaut le coup de rester dans l’église catholique, puisque je n’y suis pas ! cela me laisser une marge de manoeuvre beaucoup plus grande pour vraiment m’occuper de l’essentiel, selon les formes et modalités que ma conscience me dicte, sans avoir ce « modèle pré établi ».

  4. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    authueil a écrit:

    Si on ne peut même plus troller en toute mauvaise foi

    Je n’ai pas l’impression que ta liberté soit souvent contrainte à cet égard.

    authueil a écrit:

    Tu pars du principe que l’église, c’est bien, tu ne la remet pas en question

    N’aurais-tu pas tendance à partir du principe que je pars de ce principe ?

    authueil a écrit:

    C’est oui ou c’est non, à prendre ou à laisser, et même s’il y a du déchet, la balance t’apparait encore positive.

    Disons que, dans le catholicisme, c’est un peu ça. Sinon, je peux me convertir au protestantisme, dans lequel il n’y a pas véritablement d’Eglise, c’est oui ou c’est non, à prendre ou à laisser, et même s’il y a du déchet, à toi, la balance t’apparait encore positive.

    authueil a écrit:

    La vraie question serait plutôt : faut-il avoir une institution telle que l’église catholique avec un pape ? N’est elle pas contre-productive, dans certains contextes ?

    Faut-il ne point en avoir ? N’est-ce pas contre-productif, dans certains contextes ?

    Bref, tu sembles me reprocher de ne pas me remettre en question. Es-tu bien certain de le faire ? J’imagine que tu considères que tu es arrivé à la bonne conclusion. Il me semble que tu devrais considérer l’éventualité que j’aie pu y réfléchir – en tout cas, ne pas l’écarter d’office – voire qu’au bout du compte, que j’aie pu, de même, penser que le catholicisme, l’un dans l’autre, ça se vaut.

    Je comprends que, pour ce débat-ci, la question de l’existence de l’Eglise en tant qu’institution puisse être en jeu. Il me semble que lorsque l’on évoque, Marc et un peu moi, l’attitude à avoir, la question de la nécessité de défendre, c’est aussi, peut-être indirectement, cette question que l’on aborde. Maintenant, oui, je suis persuadé que l’Eglise n’est pas toujours le meilleur moyen de transmettre la parole. La voie du protestantisme est certainement parfois meilleure. Et j’ai bien conscience que, parfois, les polémiques suscitées par la nature même d’une institution, soumise à ses travers, peuvent obscurcir le message pour les non-croyants, pour ceux qu’il pourrait attirer. L’Eglise a, aussi, pour le moins contribué à la diffusion du message évangélique à travers les siècles, contribué à une transmission la plus fidèle possible (ce que tu critiqueras probablement mais bon, tu finiras bien par admettre que, si je partageais tes vues sur le catholicisme, je serais protestant), rejetant parfois indûment telle avancée, ou tel retour sur une dérive, mais intégrant à d’autres moments, après une maturation nécessaire, celles qui le méritaient. Inversement, je ne vois pas de prêtre catholique qui ait pu, au nom de sa foi, convoquer à un autodafé géant de Coran. Inversement, l’Eglise dans son fonctionnement institutionnel permet aussi d’éviter nombre de dérives sectaires fondées sur une prétendue lecture personnelle de la Bible… Et qui peut vraiment mesurer avec précision la contribution de l’un ou l’autre mode d’action ? Bref, la question vaut-elle vraiment la peine ?

    « Ma conscience »… Non, pour commencer, le catholicisme n’ignore pas le rôle de la conscience, ce qu’est venu justement rappeler le Cardinal Newman, puis Vatican II. Surtout, bien sûr, en tant que catholiques, des travers nous guettent. Mais faut-il vraiment que, pour répondre, j’envisage les travers qui guettent les protestants ? Faut-il que j’envisage le risque narcissique, le risque, en somme, de ne chercher son salut que par ses oeuvres seules, celles de sa foi, de sa chère conscience à soi ? Le risque de se complaire dans une auto-contemplation orgueilleuse ? Cela nous mènera où ?

  5. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    L’église-institution a certainement été très adaptée dans le passé. Mais depuis le XVIIIe siècle et les évolutions de la société impulsées par les Lumières, elle m’apparaît de moins en moins adaptée. La société a beaucoup changé, il faut adapter les moyens de diffusion du message, tant sur le fond que sur la forme.

    En matière d’adapatabilité, l’église catholique a du mal, plus que d’autres. Regarde donc le décalage sur les grands sujets de société, où parfois, les fidèles sont en désaccord avec l’institution…

  6. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    C’est bête : un instant, j’ai cru que tu allais entendre les questions que je posais. En matière de remise en cause, j’ai parfois le sentiment qu’il n’y a vraiment que celle des autres qui t’intéresse.

  7. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    A l’inverse d’authueil, je ne crois pas que l’on ait une marge de manoeuvre « plus grande » lorsque l’on s’affranchit d’un cadre préétabli. Qu’est ce que « l’essentiel » pour une conscience seule, coupée de la réflexion et de l’enseignement de ceux qui nous ont précédé?

    La tradition, c’est en quelque sorte la démocratie des morts nous dit Chesterton.

    Ainsi, les cahiers des charges imposés aux peintres ont été des cadres incroyables de créativité pour ces derniers. L’affranchissement de toute contrainte, y compris commerciale, en matière d’art, nous conduit aux délires des cuvettes de toilettes suspendues aux plafonds.

    Alors oui, Koz a raison : défendre l’Eglise, c’est un exercice prodigieux qui nous permet régulièrement de nous remettre en question, et régulièrement de vérifier la cohérence de son enseignement. Défendre l’Eglise, c’est justice.Et pas de justice sans vérité, ni charité.

    Les hommes qui composent l’Eglise, eux, nous, …devons plutôt tabler sur la miséricorde que sur la justice.Mais eux, nous…comme le plus misérable des « présumés innocents », avons droit à l’avocat de la défense non?

    Le prix à payer, c’est le Christ qui l’a versé.

  8. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    L’Église institution a été adapté dans le passé ? Ben oui, l’Église était le monde, la société, la culture, la politique. Donc oui bien sûr. Est-ce que l’Église a bien conscience des évolutions actuelles ? Non, pas encore suffisamment, mais elle y travaille. Sauf qu’elle n’est plus tout, mais qu’elle en conserve certains réflexes, comme par exemple celui du nombre, de la volonté du pouvoir, de la détention de la vérité. C’est bien justement tout le travail qu’il reste à faire : prendre de la distance entre ce qui relève du fonctionnement institutionnel et ce qu’appelle l’Evangile.

    Pour ce qui concerne enfin l’adaptation, je ne suis pas sûr que l’Eglise est tant que cela à rougir de son fonctionnement : l’ensemble de notre organisation étatique est-elle vraiment adaptée à l’évolution du monde ? Et l’ONU, cela fonctionne bien ? Et l’UE ? Face à la crise économique, c’est pas aussi évident que cela.

    Et les médias classiques (PQR, PQN, Télé) : ils s’adaptent vraiment ? Eux aussi arrivent à faire le deuil des 30 glorieuses ?

    Le décalage de l’Église est aussi à mettre en parallèle avec celui de l’ensemble de nos institutions.

  9. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    koz, où ai-je prétendu que le protestantisme, c’est parfait ? Tu noteras que je me garde bien de faire de l’apologétique protestante…

    Et puis j’ai le temps aujourd’hui, je suis en train de passer le projet de loi immigration à la moulinette

  10. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @Marc : quand j’aime, je défends !

    L’amour inconditionnel d’un enfant pour sa mère le pousse à la défendre…

    Cela n’a rien à voir avec une position dogmatique.C’est un élan du coeur.

  11. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    authueil a écrit:

    Regarde donc le décalage sur les grands sujets de société, où parfois, les fidèles sont en désaccord avec l’institution…

    As-tu l’impression que les siècles précédant étaient des siècles de grande observance ? Que les rois et la Cour se conformaient strictement aux demandes de l’Eglise ? Que, dans le secret des alcôves comme au fond des granges, la morale catholique enseignée par nos Pères régnaient sans partage ? Faut-il préférer un décalage silencieux, un désaccord muet ?

    Je trouve ton propos sur le changement de la société depuis les Lumières qui rendrait l’Eglise-institution dépassé un brin catégorique, et peu étayé.

    authueil a écrit:

    Regarde donc le décalage sur les grands sujets de société, où parfois, les fidèles sont en désaccord avec l’institution…

    Ca n’est pas bien grave, ça. Ils sont en désaccord avec l’institution parce qu’elle fait entendre sa voix. Il est certain qu’à partir du moment où il n’y a plus d’institution, il n’y a plus guère d’occasions de décalage.

    authueil a écrit:

    koz, où ai-je prétendu que le protestantisme, c’est parfait ? Tu noteras que je me garde bien de faire de l’apologétique protestante…

    Ce serait pourtant intéressant de critiquer parce que l’on a mieux à proposer.

  12. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ exilé: mes excuses, votre commentaire attendait son approbation…

  13. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Et puis, j’aime bien l’idée d’une Eglise à défendre, cela revient à dire qu’elle est donc attaquée, ce qui est assez rassurant pour deux raisons

    *attaquée sur ce qu’elle professe : le Christ nous a averti, le serviteur sera traité comme le maître. La Vérité est une personne, pas le résultat d’un débat consensuel sur les grands sujets de société *attaquée parce que les hommes qui la composent ne sont pas parfaits : mais c’est fantastique! on est loin du surhomme de Nietzche, du gourou sauveur politique, du dictateur -qui-montre-le-chemin.Regardez le premier pape, on fait mieux, comme surhomme : un menteur, un rénégat, un lâche…Mais la solidité d’une chaîne n’est-elle pas celle de son maillon le plus faible? L’Eglise a été fondée sur un maillon faible…et elle dure.Preuve indubitable à mes yeux de l’assistance du St Esprit.

    Dans les deux cas nous nous devons de monter au créneau : dans le premier pour l’amour de la Vérité, qui est le Christ, dans le deuxième pour l’amour de notre faible prochain, dont nous faisons partie, pour l’amour du plus faible qui est Christ aussi.

  14. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Ce debat n’est pas récent J’ai retrouvé dans les carnets d’Oncle Pierre (voir le sacristain de PSN) ces phrases ecrites dans les années 70 :

    -A chaque époque on ajoute un nouveau fleuron à la tige éternelle de l’Église ; Heureusement !

    et c’est vrai que j’ai vu une sacrée évolution.

    • l’Église peut accepter d’être diffamée par les grands, mais il doit lui être intolérable d’être diffamée par les petits.

      Il me semble que c’est la où nous pouvons intervenir…

  15. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ authueil: Vous semblez prendre pour acquis que le message du Christ est bon cher Autheuil. Il serait intéressant que vous vous penchiez sur ce que le Christ appelle lui même l’Eglise, et sur la mission qu’il a confié à Pierre, sachant parfaitement son imperfection pour cette mission (c’est d’ailleurs ce qui fait que chacun de nous y a sa place)… Il en transparait que bien qu’imparfaite et en voie de progression, l’Eglise est le moins pire des cadres pour le message des Evangiles …

  16. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    On oublie un truc dans ce débat (surtout Authueil) Eglise insitution et Eglise corps mystique du Christ et instituée (c’est le mot) par lui, sont inséparables dans la foi catholique, même si ce sont deux aspects différents d’une même réalité…. Et jusqu’au XVème siècle y avait pas de protestant pour contester ces 1400 ans de réalité… :-) L’Eglise est charisme et institution, l’un et l’autre, pas l’un sans l’autre. Ne pas tenir compte de cela biaise toutes les analyses…

  17. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Le mot « défendre » me turlupine : si l’Eglise était elle-même, Tête et Corps du Christ en croissance, riche de la Parole vivante et de l’Adoration, non seulement il ne viendrait à l’idée de personne de la « défendre », mais encore tout le monde l’envierait ! L’erreur (de perspective) contenue dans cette formulation est trop humaine et, venant de nous chrétiens, elle laisse croire une fois de plus qu’en partant du Bas (de l’En-Avant), on a l’intelligence des choses d’En Haut et du Tout. « Comment aimer l’Eglise et le monde aujourd’hui ? L’apport des nouveautés théologiques »… me porterait davantage à m’inscrire et à vivre ces Etats Généraux du Christianisme pour mieux me donner au monde, ensuite.

  18. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Ce débat ressemble à un autre débat qui est la trame de l’Évangile, celui de Jésus avec l’institution religieuse de son temps. Les chrétiens ont caricaturé le Judaïsme contemporain de Jésus et ont reproduit les mêmes travers. Jésus n’a pas posé la question en termes de faut-il défendre le Judaïsme, ou pas, mais en remettant l’institution à sa juste place de lien (religio) entre le Père et les hommes. Il incarne, Lui, ce qu’est ce lien. Cela seul est saint. L’Église en tant que telle n’a pas plus de valeur que le Temple de Jérusalem : elle est sainte tant qu’elle remplit sa fonction, elle n’est qu’un tas de ruine si elle devient l’objet de son propre culte. Relisons l’Évangile en nous demandant si les critiques de Jésus à l’égard des Pharisiens et des Sadducéens ne nous concernent pas, un petit peu, et nous trouverons la solution à nos questions. Le Temple a disparu et le Judaïsme a survécu, l’Église peut disparaître et la foi au Christ survivra. Je ne le souhaite pas, mais je pense que pour sauver l’Église il est urgent (un mot qui sonne mal en milieu catho) de rappeler que sa sainteté et son existence dépendent ni de son autoritarisme, ni de son pouvoir, ni de la soumission du peuple, mais de la seule fidélité au témoignage de l’Évangile. La question n’est pas, comme il m’a parfois semblé le comprendre, l’institution ou l’anarchie de la conscience individuelle, mais où en sommes-nous de la fidélité à l’Évangile. Ne croyons pas cette fidélité acquise du seul fait qu’on la proclame ou qu’on défend bec et ongle un modèle social, c’est justement ce qui était reproché aux autorités de l’époque, mais sommes-nous encore témoins de l’amour ?

  19. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Si je peux me permettre, Lazare, c’est une question que j’ai voulu intégrer (et écarter) d’emblée en précisant qu’ »on ne peut pas défendre l’Eglise contre la Vérité ». Je l’ai intégrée d’emblée parce que, justement, le débat devra s’arrêter dès lors que l’Eglise cesserait de remplir sa fonction. La défense de l’institution pour l’institution n’a pas de sens, c’est bien évident.

    Si j’aborde le cas de la conscience c’est, d’une part, pour souligner que justement la fidélité au Pape ne prime pas et, ensuite, d’autre part, pour ne pas théoriser, ni généraliser, alors que chacun parle de soi : Marc parle de son rapport à l’Eglise et moi, du mien. Je n’ignore pas le risque de se faire pharisien ou sadducéen.

    @ Christophe Monégier du Sorbier: il me semble que la formulation de la question est justement là pour susciter le débat. Au début, elle m’a agacé. Parce qu’il ne s’agit pas de défendre pour défendre. Parce qu’il serait stupide d’affirmer vouloir défendre l’Eglise « à tout prix ». Mais il me semble que ces mots sont justement là pour donner des prises au débat.

  20. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Quelques réactions à ce billet qui aborde un passionnant sujet, en espérant que d’autres arriveront (19 commentaires pour 8 intervenants… dont les deux auteurs eux-mêmes …).

    • Dans le Credo, nous ne disons pas « je crois en l’Église » (contrairement à une traduction qui n’est pas adéquate), mais littéralement « je crois l’Église » (credo Ecclesiam) alors que nous croyons EN Dieu, EN Jésus. Cela suggère une certaine distance de la part du croyant, et une priorité à Dieu par rapport à l’Église. La foi des chrétiens vise d’abord Dieu (la vérité première, disait Saint Thomas). Nous croyons l’Église parce qu’elle porte cette vérité. Il est évident qu’elle ne la porte pas toujours dans tout ce qu’elle fait ! le pape est d’ailleurs le premier à le reconnaître, lorsqu’il demande pardon pour les errements passés.

    • Comme le disent fort bien les auteurs du billet, défendre l’Église suppose qu’elle soit attaquée, de « l’extérieur » – c’est-à-dire, sans doute, de la part de personnes qui ne partagent pas la foi des chrétiens. Ces « attaques » sont de nature fort différente, selon le contexte dans lequel on se situe. Il y a des pays dans lesquels défendre l’Église signifie défendre la liberté d’opinion, qui est un droit de l’homme : la réponse s’impose d’elle-même, il faut alors défendre l’Église puisque c’est défendre la liberté. En France, j’entends l’expression « défendre l’Église » de trois manières bien différentes : 1 ) Il y a des situations, dans notre pays, où la liberté de croire est menacée, nous ne devons pas nous voiler la face. Je pense en particulier à ce qui se passe en ce moment dans l’enseignement public : les croyants, chrétiens ou non, n’y ont pas la possibilité de faire état librement de leurs convictions, alors qu’ils peuvent le faire dans tout autre domaine. 2 ) Il peut s’agir de protester contre des attitudes, des affirmations, qui mettent injustement l’Église en procès. Par exemple, déformer (sciemment ou non) les propos du pape, passer sous silence les interventions des évêques dans la vie sociale… Défendre l’Église, c’est alors tout simplement rétablir la vérité. Mais il y a là souvent plus d’ignorance que de malveillance. 3 ) Mais ce que certains chrétiens ressentent comme des attaques peut être également d’excellentes questions posées à l’Église, quant à son mode de fonctionnement, à la justesse ou non de ses prises de parole, à la pertinence des positions que prennent dans tel ou tel domaine ses responsables. Il s’agit là, non d’attaques, mais de questionnements qui me semblent parfaitement légitimes. Ils ne font souvent qu’anticiper ou relayer des débats internes à l’Église. Ces questions sont utiles à l’Église, car elles lui permettent de mieux ajuster son discours, ou plutôt de mieux dire la foi et témoigner de l’Évangile. Nous ne devons jamais laisser de côté la distinction, affirmée dès le concile Vatican I et reprise par Jean XXIII et ses successeurs, entre la foi et la manière dont elle s’exprime. Les mots qui servent à exprimer la foi sont marqués par la contingence propre à notre langage.

    • Cela m’amène à conclure ainsi : quelle place accordons-nous véritablement au débat dans l’Église ? J’ai de plus en plus l’impression que les lieux de débats ne sont plus fréquentés par les jeunes générations… Mais ce n’est peut-être qu’une impression subjective. Dans mon expérience de prêtre, j’entends beaucoup de très jeunes (ados) remettre en cause une institution qu’ils comprennent (et connaissent) mal, mais il me semble que ces jeunes, en grandissant, choisissent de prendre leurs distances vis-à-vis de cette institution plutôt que de continuer à alimenter le débat de l’intérieur. Seuls résistent les convaincus, en quelque sorte. Du coup, les remises en cause semblent toujours venir de ce fameux « extérieur », et les chrétiens se placent sur la défensive : d’où sans doute la question posée par Koz et Marc. Il me semble donc que la question n’est pas tant de savoir s’il faut à tout prix prendre la défense de l’Église (on sait bien que non), que de se demander comment faire en sorte qu’un débat légitime n’apparaisse pas comme une attaque en provenance d’un ennemi supposé…

  21. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bon, je me lance.

    Il faudrait distinguer entre attaque en règle et attaque en-dessous de la ceinture, comme dans les combats de boxe. Bien souvent les attaques contre l’Eglise relèvent de la deuxième catégorie, car elles ne visent pas tellement à critiquer l’institution qu’à l’affaiblir voire la détruire. Dans ce cas, il n’y pas à se demander si l’Eglise doit se défendre (ou être défendue), c’est un devoir pour elle de réagir, comme un organisme vivant réagit à un stimulus extérieur. Seuls les morts ne réagissent plus, comme disait Bernanos.

    En général, les médias ne critiquent pas l’Eglise, ils s’opposent à son magistère. Ils sont eux-mêmes en rivalité pour la conquête des âmes. Ils pensent incarner le Bien et la modernité. Dans ce combat, tous les moyens sont bons pour abattre l’adversaire (pédophilie, mariage des prêtres, légalité de l’avortement, etc) C’est une lutte pour savoir ce qu’il est légitime d’appeler bien ou mal. L’Eglise et les médias n’apportent pas les mêmes réponses, leurs discours sont bien souvent à l’opposé. Comment voulez-vous qu’ils se comprennent ? Ce qu’on appelle les erreurs de communication de l’Eglise, c’est ce fossé d’incompréhension qui se creuse. L’institution est perçue comme étant hostile à la modernité, elle est donc radicalement mise en cause. Les crises récurrentes qu’elle traverse en sont l’illustration. Elles ressemblent plus à un lynchage médiatique qu’à une réelle critique. Le même sort que subit Eric Woerth en ce moment.

    Je suis persuadé que la seule critique légitime de l’Eglise est celle qui émane de l’intérieur. A l’image de saint François d’Assise qui fonda l’ordre franciscain quand se multipliaient les attaques contre la trop grande richesse de l’Eglise au Moyen Âge. Il n’a pas cherché à rivaliser avec elle, il a apporté une réponse appropriée à cette difficile question. Finalement, on en revient au manque de débat au sein de l’Eglise. Le débat se fait en-dehors d’elle et elle n’en pose pas les termes. C’est ça le plus grave. Il est temps qu’elle reprenne l’initiative.

  22. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Chic! Un Grenelle du Christianisme!

    Je ne vois pas en quoi sans crédit de bienveillance, point de compréhension. De plus, ça un petit côté « laissez nous faire, vous comprendrez par la suite ». Je sais bien que l’Eglise est critiquée de toute part, souvent de façon idiote mais, que voulez-vous, il faut bien assumer son statut d’ancienne puissance politique et morale.

    Je ne sais comment expliquer cela -ça n’a rien à voir je sais- mais je retrouve la même délectation chez les types qui bouffent du curé pédophile que chez ceux qui accusent mai 68 de tous les maux. Cette même petite joie de conspuer l’adversaire qui n’est plus que l’ombre de lui-même… D’autant que le nombre de défenseurs dans les 2 cas diminue de jour en jour.

  23. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Chers amis, Je pense qu’il est nécessaire de revenir à l’étonnante et exigeante déclaration « Dominus Iesus » pour bien comprendre le rôle de l’Eglise (dans le monde moderne ou pas, ce qui n’a aucune importance…) Dans le tout début de ce texte, est fait référence à « la médiation salvifique universelle de l’Église, la non-séparation, quoique dans la distinction, entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l’Église, la subsistance de l’unique Église du Christ dans l’Église catholique. » Et c’est cela qu’il s’agit de défendre. Le pouvoir salvifique de l’Eglise, c’est de cela qu’il s’agit. On ne défend pas un club, une philosophie, un mode de pensée mais simplement la route unique vers le salut. Soit on emprunte cette route et la défense de l’Eglise peut être faite à n’importe quel prix, il s’agit donc non pas d’une question de vie ou de mort comme on dit dans les cafés, mais d’une question plus grave encore, où viennent se joindre les mots démodés d’éternité et d’enfer. Soit on considère que les chemins sont multiples et les possibilités de salut équivalentes et omniprésentes et l’on a pas à commenter les propos du Pape et encore moins à défendre son église, une parmi tant d’autres.

  24. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    (Ce commentaire doit se lire après celui d’Emmanuel Pic, dont je partage les réflexions) Faut-il défendre l’Eglise à tout prix ? Dans ce « Faut-il » j’entends deux choses : sommes-nous moralement obligés de la défendre ? est-ce vraiment nécessaire ?

    Plaçons-nous dans le cas où la liberté de croire n’est pas menacée. Je parle de ma foi à un ami. Ce-faisant, je le respecte et j’attends de lui le même respect, et limiter la discussion sur ma foi à mon rapport à l’institution est une atteinte à ce respect. Car mon ami, s’il désire vraiment me connaître personnellement, ne cherche pas tant à me coller une étiquette « pour » ou « contre » telle ou telle position de l’Eglise : il cherche à comprendre le coeur de ma foi, qui me fait vivre.

    Dès lors qu’on sort du champ de cette conversation personnelle, intime, alors la conversation n’est plus de même nature ; mon interlocuteur a droit à plus qu’une apologétique sèche et froide. En conséquence je ne ressens aucune nécessité à défendre l »Eglise à tout prix. En tout cas, pas au prix de la relation continue avec mon frère, par laquelle je peux lui témoigner plus de la beauté de l’Eglise que dans un débat sous haute tension.

  25. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bon j’arrive un peu en retard, là. Je trouve que vos deux positions ne sont pas si inconciliables. Koz nous explique que de facto, de par son expérience, il n’a jamais eu à contredire l’Église ou ne pas avoir à la défendre. Mais il n’exclut pas de ne pas la défendre s’il le juge inutile ou déplacé. En l’occurrence, s’il l’a toujours fait, comme il l’explique lui-même, c’est parce que sa conscience, son intelligence, que l’Église nous a toujours incités à faire fonctionner un maximum, l’ont guidé dans cette direction. C’est le fruit d’une réflexion, et non pas d’un atavisme ou d’un réflexe pavlovien. Je me retrouve tout à fait dans cette vision des choses.

    Je trouve intéressante à cet égard la distinction entre Eglise-peuple et église-institution.

    Marc de son côté adopte une position plus spirituelle, si j’ose dire, en relativisant la portée de ces attaques et en nous invitant à être saints pour faire taire ces critiques par nos exemples de vies. Mais en fin de compte, tous les deux, vous répondez bien évidemment que non, il ne faut pas TOUJOURS défendre l’Église à TOUT prix…

    Non, décidément, je ne vois pas d’incohérence entre les deux visions, juste une différence d’angle de vue.

    @Authueil

    « faut-il avoir une institution telle que l’église catholique avec un pape ? N’est elle pas contre-productive, dans certains contextes ? »

    Quand on voit le bazar que c’est dans d’autres religions… Oui, je pense que ce n’est pas inutile.

    Ensuite, ce ne sont pas les apôtres qui ont créé l’Eglise, mais bien Jésus qui l’a institué et l’a confiée à Pierre.

    Mais on s’éloigne un peu du sujet initial.

    @Emmanuel Pic

    Merci pour ces réflexions et cette typologie des différentes formes de réactions à ce qu’on dit sur l’Église. Oui, pour moi, « défendre » l’Église, c’est surtout défendre la Vérité et la Liberté… Donc les deux premiers cas. Le troisième cas vise des situations désagréables où des gens de l’extérieur se mêlent un peu de ce qui ne les regarde pas. Même si la question peut être légitime, on peut très bien y « répondre », ce qui ne veut pas dire « défendre » à tout prix.

    Je suis plus sceptique sur la question du débat : non pas que je ne sois pas ouvert au dialogue et à l’écoute de ceux qui pensent différemment. Mais j’ai tout de même le sentiment que les « tendances » diverses peuvent parfaitement s’exprimer dans l’Église. D’où l’intérêt aussi de ce genre de site (sacristains) ou de l’excellente idée des EGC. Ces initiatives servent aussi à ça!

    Si des ados prennent ça comme raison pour s’éloigner (désolé si je suis un peu dur), ça me semble plus être un prétexte qu’une cause véritable…

    @Dante

    Pour moi, cette phrase signifie que si on n’adopte pas une attitude un minimum bienveillante envers la personne à qui on parle, si on n’est pas en empathie avec elle, on ne peut pas vraiment la comprendre. Et donc pas vraiment discuter. Ni chercher à être constructif.

  26. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    J’arrive un peu tard aussi, et alors ? L’un des avantages, dans un tel débat, est qu’il traite du fond, plus que de l’écume de l’actualité quotidienne. Cela l’affranchit des contraintes de l’instantané. Et ça repose.

    @ Emmanuel Pic: votre catégorisation me paraît très juste. Toutefois, certaines attaques faites contre l’Église peuvent ressortir de plus d’une catégorie. Je pense, par exemple, aux tristement fameux kiss-ins devant des églises: mêlée à l’agressivité et au désir de disqualifier l’enseignement de l’Église, il y avait, aussi, une vraie question – très mal posée, mais une question tout de même. La réponse à apporter est, dans ce cas, très délicate à mettre en forme.

    @ Incarnare: d’accord avec votre commentaire. Dans le cas d’une conversation amicale à propos de la foi, j’ai parfois été frappé de constater que la foi pouvait attirer les âmes, mais que l’Église, elle, était souvent perçue comme un obstacle plus que comme le chemin naturel vers le Christ. Dans un tel cas, ma réponse va dans le sens rappelé par Koz: défendre l’Église, oui, mais défendre la Vérité d’abord. Autrement dit, et pour prendre un exemple pratique relativement simple, je pourrais répondre: mon ami, tu trouves que l’Église fait bien peu de place aux femmes à ton goût. Je t’entends, mais dis-moi : si le Christ est ressuscité, vraiment ressuscité, je veux dire, mort de chez mort, sérieusement mort, pas juste dans un coma dépassé, hein, mort et enterré et tout et tout, et trois jours après vivant pour nous dire que nous aussi nous aurons la vie éternelle… alors, le sacerdoce féminin est-il un sujet si important ?

  27. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @Gwynfrid : je n’arrive pas bien à comprendre le lien entre la foi en la résurrection du Christ et le fait de mettre de côté la question du sacerdoce féminin ? Ou tout autre sujet d’ailleurs.

  28. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Le Chafouin :

    Pour répondre à Authueil, tu aurais pu carrément pu lui parler du bazar chez les Protes… Mais ça lui aurait peut-être fait de la peine ? Bien aussi de rappeler que c’est Jésus qui a institué son Eglise – et même : il faut ajouter que l’Ecclesia existe avant Jésus, puisqu’on en parle abondamment dans le premier Testament (version grecque), beaucoup plus que dans l’Evangile. Bien sûr, cela ne veut pas dire que Jésus ait inventé le pape et les évêques, mais c’est une autre histoire. Moi, je suis peut-être un peu bête, mais je commence par lire la Bible.

    Pour ce qui est du second point ( « des gens de l’extérieur se mêlent un peu de ce qui ne les regarde pas » ), justement ce n’est qu’en partie vrai, à mon avis. Car l’Eglise n’est pas un peuple ordinaire, avec des frontières bien tracées ; elle est le corps du Christ en devenir, c’est-à-dire qu’elle sera accomplie à la fin des temps, et que la figure qu’elle prend aujourd’hui n’est pas définitive. Pour prendre une comparaison : elle est comme une table autour de laquelle chacun est attendu. Ce n’est pas parce que tu n’as pas les fesses sur ta chaise que ta place n’est pas prête. Les gens « de l’extérieur » se mêlent un peu de ce qui les regarde, puisqu’ils sont bel et bien invités et ont donc le droit de présenter leurs objections.

    Quant aux ados… big problème, ma religion n’est pas faite sur ce sujet, pourquoi donc sont-ils aussi nombreux à prendre des distances vis-à-vis de l’Eglise ? Je n’en sais rien.

  29. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @]Marc : je ne pense pas qu’il s’agisse de mettre de côté, mais de relativiser l’importance de ce point particulier (accessoire, parfois grattant, dérangeant voire blessant, mais accessoire) par rapport à l’essentiel soit le kerygme, donc l’annonce du salut apporté par Jésus-Christ, vrai dieu et vrai homme, qui par amour pour chacun de nous s’est incarné, jusqu’à la mort sur la Croix, et nous annonce le salut et nous y invite par sa résurrection.

    De même, j’avoue que je ne suis pas un grand dévôt de la Vierge, et que j’ai un peu de mal avec les mystères de l’Assomption et du Couronnement de la Vierge. Ou que le principe des indulgences me rend un peu perplexe.

    Est-ce essentiel par rapport au coeur de ma foi? Pour moi, non, car le message central n’en est ni terni ni assourdi, et l’Eglise ne s’éloigne ni de la Charité ni de la Vérité en agissant comme elle le fait.

    Est-il possible de recevoir une parole à ce sujet?

    Au-delà du prétexte des provocations faites « pour susciter le débat » (et, comme analysé plus haut, le titre de ce débat n’est pas mal entre « Faut-il » (obligation morale ou légale?), « défendre l’Eglise » (qu’entend-on par l’Eglise? Et par « défendre l’Eglise? ») et « à tout prix » (vraiment tout? Y compris le coup du vitriol dans la figure des enfants?)), sur ces sujets doit-on rester de marbre quand on déclare que l’Eglise revient vers des réminiscence de cultes d’une déesse mère dans la dévotion mariale, ou qu’elle continue à s’enrichir et contrôler les fidèles de par les indulgences? De telles paroles sont pour moi perçues comme des attaques. Reste qu’il ne faut pas se focaliser sur le détail quand l’essentiel n’est pas entendu. Et donc, devant des personnes qui ne veulent pas entendre, ne pas rentrer dans une logique agressive et irraisonnée (sur le préservatif c’était pas mal dans ce sens!).

    Cela ne dispense pas, et ne m’a pas dispensé, d’un approfondissement, pour mes exemples de ce qui a pu conduire à vivre la foi en l’Assomption de Marie jusqu’à l’annonce du dogme, et à comprendre l’importance de la piété populaire, sa juste place dans la vie de foi, et ce qui a conduit à maintenir la forme des indulgences. Reste que tous ces points sont aussi facteurs de division avec les autres chrétiens, et que les défendre est bon, surtout si cela peut être fait en se désarmant de ses a-priori et de ses attaches à ce qui a été reçu culturellement, et en acceptant la possibilité d’un compromis, d’une défaite, d’une vraie remise en question ou d’un abandon de ce qui est obsolète et n’est pas du coeur de la foi et qui peut être laissé pour une plus grande Unité, une croissance de l’Eglise et du Royaume.

  30. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Marc (avec un merci à Charles-Marie pour son explication de mon texte, sans doute insuffisamment clair): je cherchais juste à donner un exemple d’une remise en question classique de l’Église, que l’on peut entendre souvent dans une conversation amicale avec quelqu’un qui s’intéresse au message de l’Évangile mais tend à rejetter l’Église. L’attaque est ici du gene « mais l’Église ne veut pas des femmes ». Plutôt que de prendre une position défensive d’entrée, je suggère de recentrer la discussion sur la vérité du message fondamental. Il sera toujours temps de débattre de l’ordination des femmes plus tard.

  31. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ authueil: Vous en connaissez beaucoup, vous, « d’institutions humaines » qui ont près de 2000 ans ? Une organisation seulement « humaine » ne tiendrait pas sur cette durée. L’Eglise est bien autre chose qu’une institution humaine (et heureusement). Rappelez vous la base : qui l’a fondée ? à qui l’a-t-Il confiée ? quel est son ordre de mission ? et qui l’anime en la sanctifiant depuis le démarrage ?

  32. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Bel article, mais sur une question mal posée. Je vous cite cet avant-propos du prêtre Maurice Zundel, avant-propos de son livre « Poème de la Sainte Liturgie » :

    « Plutôt que de louer l’Eglise et de la défendre, il importe de la montrer : dans la pureté divine de sa vie intérieure. Elle est la Mère, dont le coeur catholique embrasse les âmes même de ceux qui l’ignorent, ou qui rêvent de la détruire. (…) A la lumière qui éclaire son visage, au rêve de Beauté que réflètent ses traits, ce livre voudrait faire reconnaître, en elle, la demeure de l’Esprit et l’Epouse du Seigneur. (…) M.Z. »

  33. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Il y a en effet une obligation à défendre l’Eglise à tout prix, surtout lorsque visiblement elle est à côté de la plaque, comme ce fut parfois le cas dans le passé. Pour être plus précis, il y a obligation, pour un catholique, à lui être fidèle à tout prix (pour elle-même, sa mission ou son enseignement) – soit par la défense, l’apologétique (art qui n’était certes pas ignoré des pères de l’Eglise), si elle est injustement attaquée, soit par l’accusation et la dénonciation si certains de ses membres se détournent scandaleusement de leur mission (appelons cela « correction fraternelle », art non moins maitrisé des mêmes pères). L’accusation ou dénonciation revient alors en définitive à défendre la sainteté de l’Institution, donc l’Institution elle-même, dont la part terrestre est bien susceptible de corruption.

    Le danger de l’accusation – et aussi de la défense- réside dans l’ignorance et l’orgueil (par ex., attaquer la proposition de l’Eglise sur le préservatif, pour reprendre un thème à la portée des média, sans avoir lu et compris Humanae Vitae n’est en rien constructif). Le seul souci doit être celui de la vérité, sans intention maligne, dans une fidélité inébranlable à l’Eglise, c’est à dire au Christ qui en est la tête. Si on a besoin d’un contre-exemple d’école pour illustration, qu’on aille voir du côté d’un certain théologien suisse, très amis des media.

  34. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Je suis d’accord avec ceux qui pensent que l’Eglise en tant qu’institution est attaquée régulièrement par les médias. J’estime que c’est invariablement injustifiée et je considère que c’est mon devoir de m’informer au mieux pour pouvoir rétablir la vérité quand cela est nécessaire et possible, par exemple, lors d’une conversation avec un ami, un collègue de travail, etc.

    Je n’ai pas les moyens (intellectuels, théologiques, littéraires et matériels) pour me mesurer aux médias en cas d’attaque de leur part contre l’Eglise ou le pape. Mais, si je le peux, je défendrai l’Eglise, sans hésitation.

    Je trouve très utile la phrase d’Emmanuel Pic « Je crois l’Eglise ». Je vais l’adopter, un peu à ma façon, et je me le dirai sans doute dans le futur que je crois ce que dit l’Eglise, tout ce qu’elle dit, et que c’est mon devoir de la croire en tant que catholique. Dans les faits, cela ne me pose pas trop de problèmes car je crois profondément et sincèrement qu’elle a raison, même si parfois c’est plutôt contraignant et que ce serait probablement plus simple autrement. Comme je n’envisage pas de changer de religion, c’est vite vu. Oui, je vais croire l’Eglise, à tout prix.

    Je suis d’accord avec ceux qui pensent que les attaques répétées contre l’Eglise peuvent avoir un effet destructeur. Alors il faudrait certainement la défendre. La question est comment ? Qu’est-ce qui est efficace ? D’ailleurs, je ne suis pas conscient que l’Eglise nous demande de la défendre.

    Par contre, au delà des considérations sur la foi et de sa place dans la société, je crains que dans le futur les choses puissent se gâter d’avantage sur un plan plus terre à terre. Je cite un peu en vrac : dégradation et profanation d’églises, persécution de curés et de moines, discrimination et attaques physiques contre des chrétiens, attaques contre la liberté de culte, etc.

    Dans ma paroisse, il y a de temps en temps des imbéciles qui commettent des actes de malveillance dans l’église. Je n’aurais aucune difficulté d’agir si j’étais confronté à ces gens, mais je ne suis pas du tout sûr jusqu’où j’irai pour défendre l’Eglise dans d’autres circonstances où il serait question de risquer ma peau.

    Je crois qu’il faudra être préparé en cas de crise, ce qui me fait penser à l’histoire de l’huile dans les lampes.

  35. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Courtlaïus: je crois comprendre ce que vous voulez dire mais je me méfierais du mot « obligation ». Si je peux me permettre, on n’obtient que des défenses obligées, par l’obligation. Je crois qu’au final, on se rejoint, s’il faut éviter l’ignorance et l’orgueil, mais le mot « obligation » me chatouille.

    @ Emmanuel Pic: je te suis sur la place accordée au débat, ainsi que sur le rôle des personnes de l’extérieur, même s’il est bien difficile parfois de prendre les choses avec sérénité. Pour ma part, sur ce deuxième point, il me paraît utile de défendre l’Eglise contre des accusations factuelles précises (le Pape est-il un ancien nazi et a-t-il tenté de camoufler les actes de pédophilie ?) mais qu’il n’est pas inutile de comprendre les raisons d’une interpellation. A la suite de mon article sur le fait que la pédophilie n’est pas un « problème catholique », j’ai lu un doc du Professeur Plante. Il y disait aussi que si l’Eglise est spécialement visée, c’est aussi un renvoi de la parole du Christ : « que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ». Or, même si c’est un peu trop facile comme attitude, même si ce n’est pas un blanc-seing pour la déconnade, le Pr Plante disait que l’Eglise étant perçue comme édictant des sentences contre la vie privée des gens, elle recevait ce juste retour. Raison de plus pour bien orienter le discours de l’Eglise : il n’est pas contre tel ou tel acte mais surtout pour un bonheur supérieur, pour le Salut, etc… Ca peut se discuter et ce n’est pas tellement l’objet de mon développement : ce que je voulais dire, c’est que, en effet, même dans les attaques, on peut percevoir des interpellations.

    Mais bon, je le dis parce que je le perçois confusément. Un de ces 4, j’essaierai de le mettre en pratique.

  36. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? ». Dans mon idée, ceci signifie qu’il n’y a pas trop de souci à se faire tant que l’Eglise reste fidèle à son Seigneur. Faut-il donc la défendre ? Je crois qu’en faire un principe risque surtout de nous conduire à défendre l’indéfendable et de passer à côté de remises en question fécondes.

    On me pardonnera de détailler un peu mon ecclésiologie, mais cela me paraît nécessaire à la compréhension de mon propos. Pour moi l’Eglise est l’assemblée des croyants convoquée par Dieu lui-même. Elle se constitue fondamentalement par une reconnaissance mutuelle: « Ton Dieu est mon Dieu et ton peuple est mon peuple ». Cette reconnaissance nous constitue automatiquement comme filles et fils d’un même Père. Quelle est la place de l’église institutionnelle là-dedans ? Transmettre que l’expérience spirituelle existe et dans toute la mesure du possible, accompagner ceux qui se lancent dans l’aventure, ce qui ne peut se faire sans un minimum de visibilité et de structuration. Dans un pèlerinage, les balises de parcours et les hôtelleries sont essentielles pour rendre l’expérience plus accessible. Elles ne sont pas un but en soi.

    Maintenant, dans l’église catholique, nous sommes toujours aux prises avec une contradiction potentielle: à chaque fois que s’organise un monopole sur une ressource, que ce soit la vérité ou un bien quelconque, des relations de domination s’installent et avec elles la tentation de sacraliser l’institution, les personnes ou les fonctions. Or l’Eglise a une mission de témoignage et d’enseignement qui expose justement tous ses membres et particulièrement les ministres à s’installer en position de monopole sur la vérité, l’éthique et tutti quanti, car la frontière est mince entre la relation pédagogique ou catéchétique, l’autorité provenant du service et la domination proprement dite qui en est la perversion.

    Dans mon idée, quand on quelqu’un met en relation le célibat des prêtres et la pédophilie, on devrait y regarder de plus près. Bien sûr, c’est une ânerie ou au moins une affirmation sans preuve. Mais elle peut exprimer un reproche beaucoup plus fondé: la pédophilie et tous les abus du même genre ont effectivement une source commune dans l’installation d’une domination qui se fonde sur la revendication d’un monopole de l’autorité, de la compétence et/ou de la vérité (ceci n’est pas réservé à l’église, d’ailleurs).

    Et si l’on étend la réflexion, on peut aussi s’interroger sur les raisons de ces crises du sacerdoce et de la transmission de la foi. A mon avis, plus l’autorité prend l’allure d’une domination idéologique, plus on écarte, aussi bien du sacerdoce que de la foi, ceux qui perçoivent plus ou moins confusément la contradiction et inversement, on y attire ceux qui se sentent suffisamment à l’aise dans les relations de domination. Sélection à rebours qui ne peut qu’aggraver la situation. Jusqu’où ? Dieu seul le sait. Je ne crois pas qu’une église incapable de résister aux tentations de la domination mérite d’être défendue.

  37. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Le point que vous soulevez, Ellesse, est intéressant. Toutefois, il faut rester attentif à ne pas condamner trop vite sous le nom de « domination idéologique » toute forme d’autorité : l’autorité du père sur son enfant, celle du professeur sur son élève, celle encore du berger sur son troupeau sont-elles des « dominations idéologiques » ? Non, ce sont des autorités qui font grandir… Quand elles sont vécues au service du plus petit, et non dans l’orgueil d’une position dominante. Et LA est la vraie tentation !

    Pour reprendre le débat de façon plus centrale, j’aimerai soulever un point que j’ai cru sentir poindre quelque part au cours des discussions, mais qui n’a pas été encore pleinement mis au jour. Défendre l’Eglise, avez-vous dit, cela présuppose des attaques extérieures… Oui, mais pas uniquement. Quelque parlait de « défendre l’Eglise contre elle-même », de veiller à la sainteté de l’institution ecclésiale… Je crois qu’il y’a là un élément qui doit être incontournable pour notre réflexion.

    En effet, l’Eglise a deux définitions, déjà rappelées. D’une part, l’Assemblée de tous les croyants. Tous ceux qui croient dans le Christ, c’est l’Eglise chrétienne au sens large, dont la définition minimale me semble être le Kérygme très justement rappelé par Charles-Marie un peu plus haut. Tous ceux qui partagent la Foi catholique avec ses spécificités, c’est l’Eglise catholique, « sous-ensemble » de la première. D’autre part, il y’a, dans le cas de l’Eglise catholique, l’institution ecclésiale. C’est à dire, pour partir de la base, que l’on oublie souvent parce qu’elle est moins visible aux yeux du grand public, les communautés locales, paroisses, diocèses, et en remontant peu à peu, jusqu’aux Cardinaux, les Dicastères et en tout dernier lieu le Pape, qui sont chargés de coordonner la gestion de l’ensemble, notamment en enseignant ce qu’est la Foi commune qui unie tout ce petit peuple. L’unité des deux, c’est la Foi en Christ. Et cela ne peut se faire sans la Vérité, ni la Liberté, conséquence directe de la Charité : quand on aime véritablement quelqu’un, on veut le garder libre. Sinon c’est une relation de domination stérile, comme dénoncée par Ellesse. (Si mes définitions souffrent de quelque défaut, je suis preneur de toute correction de personnes plus compétentes que moi en la matière ! ^^)

    Il me semble que défendre l’Eglise dans son premier sens, Assemblée, communauté, peuple des croyants, a un sens assez évident, entendu comme défense face à des attaques extérieures. C’est défendre les communautés chrétiennes et les croyants contre les persécutions, les violences, les attaques contre la liberté de croire et d’exercer son culte. Il me semble d’ailleurs qu’au nom de la communion de l’Eglise universelle, cela doit être aussi une défense des croyants qui sont en péril partout dans le monde, et de toutes les communautés chrétiennes, quand bien même elles ne partageraient pas nos spécificités et nos coutumes. En ce sens, je crois qu’il faut défendre l’Eglise, « il faut » étant à entendre ici comme un devoir, une obligation de conscience. Mais ce devoir peut, pour un chrétien, être ramené au devoir de Charité envers toute personne humaine : ne devons-nous pas, en tant de frères de tout être humain, défendre toute personne contre la violence ou la privation de liberté ? Ouverture que je ne développe pas, pour ne pas sortir du sujet.

    Comment pouvons-nous comprendre maintenant « défendre l’Eglise », toujours sous sa définition d’Assemblée de tous les croyants, face à quelque chose comme des attaques internes ? Saint Paul, dont les paroles sont à la base d’une grande part de l’Ecclésiologie catholique, définie l’Eglise comme le Corps du Christ, où chacun est un membre de ce corps. Cf. 1° Cor. XII, et tout particulièrement le verset 26 : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » Ce qui a été compris par les pères de l’Eglise comme le fait que le péché d’un seul membre de l’Eglise rejaillit sur l’ensemble de la Communauté ; et qu’à l’inverse, la sainteté de chacun fait la sainteté de tout le Peuple des croyants. Partant de là, nous pouvons comprendre que défendre l’Eglise de l’intérieur, c’est veiller à sa sainteté, en se faisant un devoir, chacun à sa place, de veiller à sa propre sainteté personnelle et de se garder de tout péché. Dans la mesure de notre condition humaine, bien-sûr, ce qui signifie que l’Eglise humaine ne peut être parfaitement sainte. Affirmation qui ne doit pas être dissociée de notre Foi dans le secours de la Grâce promise par Dieu : si l’Eglise est un peuple d’Hommes imparfaits, elle n’en est pas moins une Communauté spirituelle sainte, dans l’Esprit Saint. Mais défendre l’Eglise, communauté des fidèles, c’est aussi veiller à la sainteté de ses frères et à l’union de chacun à la Foi commune. C’est plus particulièrement le rôle de nos pasteurs, prêtres et évêques, et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est aussi un peu le rôle des parents dans l’éducation chrétienne de leurs enfants. Mais ce peut être le rôle de chacun, humblement, dans la correction fraternelle, et cela a déjà été signalé par quelqu’un plus haut. Là encore, il faut faire attention à ce que cela soit vécu dans une relation de Charité, et il faut tenir compte des limites de notre condition humaine. Corriger un frère n’est bon que s’il s’agit de le faire grandir, non de le condamner ou de le rabaisser. Au delà de cela seul, il y’a bien sur le devoir de prière envers ses frères et le Peuple entier des croyants. Voilà les liens qui unissent tous les croyants et qui font de l’Eglise catholique une Communauté, une Assemblée qui chemine et avance ensemble, en Eglise. Il me semble que cette dimension communautaire concrète est moins vécue chez nos frères Protestants, même s’ils ont bien aussi leur façon propre de vivre la dimension de « Corps du Christ » qui est celle de l’Eglise universelle.

    Qu’en est-il maintenant de l’Eglise-Institution ? Bon, il a déjà été clairement établi que défendre l’institution pour elle-même, de façon formaliste, serait stérile. Il a aussi été dit que défendre les fonctionnements de l’Eglise face à des attaques mesquines qui relèvent souvent plus de l’incompréhension que de la véritable méchanceté est nécessaire : il s’agit fondamentalement de rétablir la Vérité. Non, tous les prêtres ne sont pas pédophiles. Non, ce n’est pas le Pape qui est personnellement responsable des fautes de tel ou tel membre du clergé. Non, la Fraternité St Pie X n’a pas été réintégrée dans l’Eglise catholique. Oui, le célibat sacerdotale est une coutume vécue depuis les premiers siècles de la chrétienté, et pas une obligation arbitraire et barbare cruellement imposée par tel Pape ou tel Concile. Défendre l’Eglise instituée, c’est aussi, parfois, oser affirmer que l’institution ecclésiale, bien qu’humaine et imparfaite, n’est PAS SEULEMENT humaine, mais bien instituée par le Christ. Et parfois, oui, il faut oser un peu se renseigner soi-même, histoire de ne pas 1) croire toutes les bêtises que tout le monde raconte et 2) dire soi-même des bêtises, et faire un peu d’apologétique (même si c’est pas automatique, oui m’sieur ! ^^) càd défendre les fonctionnements actuels de l’Eglise pour ce qu’ils sont : des réalités humaines qui essayent de gérer au mieux le fonctionnement de l’ensemble de la communauté des fidèles catholiques sur toute la terre. Ce qui n’est pas une mince affaire, croyez-le bien ! Mais des réalités humaines dont nous croyons, nous catholiques (désolé pour les autres, c’est pas par volonté de vous évacuer du débat, hein…), qu’elles sont soutenues par l’Esprit de Dieu. Excusez du peu ! ^^

    Ca, c’est la défense « extérieure ». Et ‘en interne’ ? Eh bien, pour que l’institution ne s’écroule pas, il faut qu’elle soit un corps dynamique. Ce qui signifie des communications entre les membres, à tous les niveaux. C’est le point bien mis en valeur par le P. Emmanuel. Il faut que les fidèles laïcs puissent communiquer leurs attentes à leurs pasteurs. Que les Evêques puissent communiquer avec les autorités centrales de l’Eglise, autant pour exprimer leurs besoins que pour bien comprendre les décisions qui s’appliquent à eux. Et de même, il faut que l’institution hiérarchique puisse communiquer avec les fidèles pour leur expliquer les raisons de telle ou telle décision, de tel ou tel choix. Mais attention, hein, ne croyons pas naïvement que « ça c’est l’boulot des hommes en rouge, là-haut, hein. » Non non ! C’est aussi et surtout de la responsabilité de chacun, à sa place. Comme indiqué dans ma définition de l’Eglise-institution au départ, la base, c’est le local : la paroisse. Comment est-ce que JE m’implique pour aider mon curé ? Le diocèse : qu’est-ce que JE fais pour favoriser la communication entre les différentes paroisses, et avec l’Evêque, et avec les autres communautés de fidèles (associations, religieux…) ? Bon, je reconnais que peu d’entre-nous, laïcs (même chose, je ne cherche pas à évacuer les religieux du dialogue, là, hein ! ^^) pouvons participer concrètement à la communication avec les plus hautes autorités de l’Eglise… Encore que : JE peux lire les Encycliques du Pape, et me renseigner intelligemment pour comprendre des décisions qui m’apparaissent obscures. JE peux peut-être me faire le relais de tout ceci auprès de mes frères ? C’est par exemple le rôle joué pour nous par les Sacristains, non ?

    Voilà, j’ai essayé de synthétiser toutes les réflexions que j’ai pu avoir sur ce sujet. Il y’a certainement des choses que j’ai oubliées ! Mais je crois que, dans tout ce qui a déjà été dit avant moi, et dont je suis largement tributaire, il y’avait presque tout ce qui pouvait être dit sur le sujet. Pas toujours évidemment exprimé, mais au moins en friche. J’ai tenté de mettre à jour toutes ces pistes inexploitées afin de relancer la réflexion à partir d’un ensemble à la fois plus global, plus clairement définit et catégorisé (désolé, réflexe de Philosophe ! ^^), mais aussi plus unifié et cohérent. Car je crois qu’au fond, toutes ces questions et toutes ces réflexions forment un tout qui se tient. Comme l’Eglise, avec ses multiple facettes, est quand-même Une dans le seul Christ Jésus.

    Vous avez vraiment tout lu ? Whouah, bravo ! Vous m’impressionnez !

  38. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Merci de votre réponse. Je reprends votre commentaire, parce que je ne vois pas les choses exactement comme ça: « Toutefois, il faut rester attentif à ne pas condamner trop vite sous le nom de « domination idéologique » toute forme d’autorité : l’autorité du père sur son enfant, celle du professeur sur son élève, celle encore du berger sur son troupeau sont-elles des « dominations idéologiques » ? Non, ce sont des autorités qui font grandir… « 

    Dans mon idée, il ne s’agit pas de condamner ni de distinguer, car il n’y a pas de frontière nette entre la relation pédagogique et la domination. La seconde est le détournement ou la perversion de la première, si bien qu’on peut passer insensiblement de l’une à l’autre. Et comme il s’agit de relations (où les deux pôles sont partie prenante), il n’est pas exact non plus d’en plaquer le caractère sur l’une des parties seulement, et d’en faire une caractéristique « personnelle ». La hiérarchie catholique par exemple, n’est pas ceci ou cela, car les chrétiens entretiennent avec elle des relations différentes, qui vont de l’obéissance aveugle à la coopération fraternelle.

    Selon la relation qu’on entretient (ou qu’on veut entretenir) avec elle, on aura des avis très différents et contradictoires, des conflits sans solution, alors que finalement, il n’y a pas de vision unique possible.

    Certes, il y a des moments dans nos vies où nous éprouvons le besoin de nous mettre à l’école, et nous recherchons des maîtres pour apprendre. Mais dans tous les cas, ces moments doivent prendre fin un jour ou l’autre, sous peine de nous enfermer dans une relation infantilisante. Ce qui est bon pendant un temps cesse de l’être ensuite, c’est pour cela qu’il n’y a pas de jugement possible. La domination n’est d’ailleurs pas toujours perçue comme insupportable: quand elle n’est pas trop violente, elle est rassurante pour bien des gens, et c’est bien pourquoi elle perdure: le dominé est bien souvent complice du dominant, cherchant même parfois à imposer ce type de rapport. Il s’ensuit que l’exercice de l’autorité n’est pas facile: dans l’idéal, il faut prendre les gens comme ils sont et tenter de les faire évoluer. sachant qu’on n’est pas soi-même au bout du chemin.

  39. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Je suis d’accord avec vos nuances. C’est vrai, on peut passer insensiblement d’une relation pédagogique (au sens large) féconde à une relation de domination. Il est vrai aussi que le dominé peut vouloir lui-même cette forme de relation, pour se rassurer etc.

    En revanche, je suis un peu embêté par votre affirmation selon laquelle il n’y aurait pas de ‘de frontière nette entre la relation pédagogique et la domination’. Le fait qu’on puisse passer insensiblement de l’une à l’autre ne me parait pas induire nécessairement qu’on ne puisse distinguer l’une de l’autre.

    D’autre part, je ne partage pas du tout la vision assez négative que vous avez de la relation d’autorité, en tous cas telle qu’elle ressort de vos affirmations : « Certes, il y a des moments dans nos vies où nous éprouvons le besoin de nous mettre à l’école, et nous recherchons des maîtres pour apprendre. Mais dans tous les cas, ces moments doivent prendre fin un jour ou l’autre, sous peine de nous enfermer dans une relation infantilisante. Ce qui est bon pendant un temps cesse de l’être ensuite ». Je ne crois pas, pour ma part, qu’il soit nécessaire que toute relation d’autorité ou pédagogique prenne fin un jour, ni qu’une relation d’autorité saine puisse nous enfermer avec le temps dans une relation infantilisante, et donc stérile. Qu’une perversion de la relation d’autorité puisse entrainer ces effets n’est pas le signe que la relation initialement saine soit toujours condamnée à se pervertir.

    Attention aussi à ne pas confondre le principe avec la réalité, et à ne pas réduire le premier au second : quand vous affirmez que « La hiérarchie catholique par exemple, n’est pas ceci ou cela, car les chrétiens entretiennent avec elle des relations différentes, qui vont de l’obéissance aveugle à la coopération fraternelle. », vous oubliez le droit canon et toute l’Ecclésiologie, qui indiquent à tous les fidèles, laïcs et clercs, à tous les niveaux, ce que doivent être ces relations. Le principe, lui, est fixe et universel. Son application, dans la réalité, est effectivement ordonnée aux différentes personnes humaines impliquées, et de ce point de vue, toutes les relations peuvent être vues comme différentes, chacune est unique. Cela n’annule pas les principes, et tout fidèle catholique, par exemple, doit obéissance à l’évêque ordinaire de son diocèse ou à toute personne incarnant la même autorité. Cele sera vécu différemment selon chaque personne, mais la relation d’autorité, elle, reste. Et si elle fait partie de l’organisation de l’Eglise, c’est bien parce qu’on attend de cette relation d’autorité qu’elle soit féconde, respectueuse de la liberté de chacun, fidèle et responsable. Telle elle est en principe et essentiellement, et si des réalités humaines accidentelles viennent la pervertir ici ou là, il serait injuste et illogique de tirer de la forme pervertie, qui n’appartient plus à la forme originelle, une condamnation globale de la relation d’autorité. Oui, il y’a des chrétiens qui obéissent aveuglément à leur évêque. Est-ce qu’il faut en déduire que l’autorité des évêques est toujours, au fond, une relation où les fidèles doivent obéir aveuglément ? Non, ce serait absurde ! Malheureusement, de tels raccourcis se font très facilement, et apparaissent bien souvent dans les médias. Ne nous y laissons pas prendre !

    Votre conclusion sur la difficulté que représente l’exercice de l’autorité m’apparaît en revanche très sage ! En espérant que mes remarques et mes désaccords ne vous seront pas désagréables.

  40. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    J’aime bien lire deux points de vue différents sur un même sujet et remercie Sacristains de les proposer.

    Mais le sujet est ambigu, qu’entendre par Eglise ? L’ensemble de ceux qui se disent chrétiens, considérer uniquement les catholiques, c’est à dire sa composante la plus facilement identifiable ou comprendre l’institution catholique c’est-à-dire ses clercs et sa doctrine.

    Et puis défendre, qu’est-ce que cela signifie, protéger avec bienveillance ou partager toutes les thèses ? Défendre un ami ne signifie pas nécessairement être d’accord avec tout ce qu’il avance.

  41. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « qu’entendre par Eglise ? »

    Il y a la communauté des croyants, ceux qui croient au message de l’Eglise (institution), même s’ils ne le comprennent pas entièrement. Et il y a ceux qui cherchent en gémissant, comme dit Pascal. L’Eglise hiérarchique et l’Eglise mystique.

    Pour moi, la philosophe Simone Weil était catholique, même si elle n’adhérait pas entièrement au dogme. Elle l’a prouvé au moment de sa mort, dans la mesure où elle a demandé et reçu le baptême, selon le témoignage d’une de ses plus proches amies. C’est pourquoi il faut éviter de donner des brevets de catholicisme aux uns et aux autres. Personne ne connaît le secret des consciences, à part Dieu. Certains croient appartenir à l’Eglise, alors qu’ils sont dehors. Et certains croient être à l’extérieur, alors qu’ils sont dedans. Il y aura des surprises dans l’au-delà.

    Ensuite, quand on prétend adhérer au message de l’Eglise, c’est quand même la moindre des choses de prendre sa défense quand elle est injustement attaquée, comme c’est souvent le cas. Tout dépend aussi ce qu’on entend par « prendre sa défense ». Cela consiste parfois à expliquer ce qui a été mal compris. Mais bon, je ne fais que reprendre ce qui a déjà été dit plus haut.

  42. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Vos remarques ne me sont pas désagréables. Je suis simplement quelque peu stupéfait.

    « Attention aussi à ne pas confondre le principe avec la réalité, et à ne pas réduire le premier au second » dites-vous. J’aurais plutôt cru qu’au contraire, on réduisait la réalité à des principes ou des lois, et quand il y avait désaccord, on cherchait d’autres principes. Pensez-vous réellement que la réalité puisse avoir tort ?

    La suite est du même tonneau: « … vous oubliez le droit canon et toute l’Ecclésiologie … » Je vous trouve extrêmement sûr de vous. Que savez-vous de moi et de mes compétences en théologie, alors que vous ne connaissez même pas mon nom ? Que savez-vous vous-même qui vous permette de résumer « toute l’Ecclésiologie » en quelques énoncés péremptoires et lapidaires ? En fait, le plus probable est que, comme la plupart des gens, vous n’avez que des connaissances très vagues sur ces sujets, mais que vous êtes par contre intimement convaincu que toutes ces connaissances ne sauraient venir en contradiction avec ce que vous pensez juste, parce que la vérité ne se contredit pas elle-même. On peut tous se surprendre comme ça à un moment ou un autre à parler avec assurance de ce qu’on ne connaît pas vraiment. L’ennui, ce n’est pas tellement de dire des c…eries, mais de tenter de les valider par une autorité indiscutable, celle de l’Eglise, de la théologie ou même de Dieu. C’est ce que l’évangile appelle « confisquer la clef de la science » et on en est soi-même la première victime, car on s’interdit ainsi de se mettre à penser autrement. Dommage pour vous…

  43. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Ellesse : Premièrement, « réduire le principe à la réalité » ne signifie pas « dire que la réalité à tort et que le principe a raison ». En fait, j’avoue que je ne vois pas ce que peut signifier « dire d’une réalité qu’elle a tort ou raison »… Je voulais seulement mettre en garde contre le risque de voir dans la réalité immanente de la vie de quelques personnes (celles qui détournent l’autorité pour en faire une relation de domination) la règle, le principe qui est réellement en application dans l’Eglise. Autrement dit, de tirer de situations complexes, qui sont en prises avec les différentes réalités concrètes des relations humaines, un jugement un peu rapide sur les principes (désincarnés par eux-mêmes) qui régissent la vie de l’Eglise.

    C’est cela que je voulais mettre en lumière en parlant du Droit Canon et de l’Ecclésiologie. Je n’ai pas cherché, il me semble, à faire étalage de ma connaissance du contenu du Droit Canon et de tous les textes écclésiologiques de l’Eglise ! Il se trouve que, sans être effectivement un spécialiste de ces domaines, je suis amené par mes recherches à fréquenter le Droit Canon. Mais là n’est pas là question ! Si j’ai donné l’impression de jouer le pédant et de valider mes propres thèses avec les textes de l’Eglise, croyez-bien que j’en suis désolé, tel n’était pas mon intention, loin de là !

    J’ai fait référence au Droit Canon et à l’Ecclésiologie uniquement pour dire ceci : vous affirmez, en somme, qu’on ne peut dire ce qu’est précisément la hiérarchie dans l’Eglise catholique, car cela dépend fortement des réalités concrètes et accidentelles des relations humaines (c’est ainsi que je comprends votre affirmation « La hiérarchie catholique par exemple, n’est pas ceci ou cela, car les chrétiens entretiennent avec elle des relations différentes, qui vont de l’obéissance aveugle à la coopération fraternelle. » Je m’oppose à cette vision, car à mon avis, l’Eglise dit elle-même ce que doivent être par essence ces relations, ce discours étant contenu dans le Droit Canon, qui fixe les structures et les fonctionnements de l’Eglise (et notamment les relations entre les évêques, les clercs, les fidèles laïcs) et dans l’Ecclésiologie, càd la pensée de l’Eglise sur elle-même, et notamment toute la réflexion sur le rôle pastoral de l’évêque, identifié aux Apôtres, où sur la dimension christique du sacerdoce, le curé recevant alors la figure du berger du troupeau des fidèles de la paroisse. (Tout ceci est résumé en quelques phrases, c’est nécessairement très réducteur, j’en suis bien conscient).

    Je ne présume pas de votre connaissance de tout ceci, je ne remet pas du tout en cause ce que vous pouvez en savoir. Je me borne seulement à pointer que votre affirmation ne me semble pas tenir compte de ces faits. Ma phrase est peut-être maladroite, je l’avoue. Je ne cherchait pas à vous dire « vous ne connaissez rien au Droit Canon et à l’Ecclésiologie » ; mais plutôt « Il me semble que dans votre affirmation, vous ne tenez pas compte de la place du Droit Canon et du discours écclésiologique dans les relations d’autorité au sein de l’Eglise. En effet, ces textes disent ce que doivent être ces relations, et ils tendent à évacuer toute forme de relation de domination malsaine ».

    J’espère que cette clarification vous permettra de mieux comprendre mon propos et de ne pas méjuger de ma bonne volonté.

    Quand vous dites « le plus probable est que (…) vous êtes par contre intimement convaincu que toutes ces connaissances ne sauraient venir en contradiction avec ce que vous pensez juste, parce que la vérité ne se contredit pas elle-même », j’espère qu’il n’en est rien ! J’essaye au contraire de trouver dans le Droit Canon quand j’ai l’occasion de le lire des éléments qui m’expliquent comment fonctionne l’Eglise, des éléments nouveaux, que je découvre. Je n’oserai jamais affirmer que ce que je pense juste est la Vérité. J’espère bien que Dieu me gardera toujours de cet orgueil ! Pour moi, la Vérité, c’est une personne, c’est le Christ. Je passerai toute ma vie a essayer de la comprendre, de l’atteindre, d’être en relation avec Lui… Mais je ne me fais pas d’illusion, je me sais humain et limité, ce n’est pas moi qui détiendrai jamais la Vérité ! Je dois seulement me laisser enseigner par la Vérité, d’où qu’elle vienne. Y compris quand elle me vient de reproches d’un frère que j’ai involontairement blessé.

    En vous priant de m’en excuser, et de bien vouloir croire à ma bonne foi.

  44. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ C.S. Indhal: Tout d’abord, sachez que vos excuses, fort sympathiques au demeurant, sont inutiles: vous ne m’avez pas blessé, et que d’autre part, je n’ai jamais songé à mettre votre bonne foi en doute. Tout le monde est de bonne foi… dans les limites de sa lucidité, et c’est là qu’est le problème.

    Pour ce qui nous occupe, je pense que mes réflexions sur la domination vous ont poussé à déplacer la discussion au plan des principes, que vous qualifiez d’ailleurs de faits. Je ne peux pas vous suivre sur ce terrain: pour moi les principes ne sont pas des faits (en dehors du fait qu’ils existent). Les faits ce sont les relations concrètes et la manière dont les principes opèrent dans la vie de femmes et d’hommes qui se disent et se pensent chrétiens. En d’autres termes, les principes ou les règles, quelque soit leur valeur, peuvent fonctionner comme des instruments idéologiques de domination. Relisez Jean 9, et vous y verrez comment l’application aveugle de principes conduit les pharisiens à déclarer que Jésus est un pécheur. Ce que je reproche à votre raisonnement, c’est qu’il met a priori le « droit canon et l’Ecclesiologie » à l’abri de tout regard critique. Avec un peu d’ironie, que vous me pardonnerez j’espère, vous avez parfaitement senti ce que mes réflexions avaient de menaçant, et vous vous êtes empressé de mettre hors d’atteinte dans l’absolu et l’indiscutable ce qui est effectivement le plus suspect de fonctionner comme instrument de domination idéologique: le droit canon et ce que vous appelez l’Ecclésiologie. Bien vu… Seulement: « Le sabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat… » Je pense qu’en réfléchissant ainsi, vous vous interdisez de comprendre pas mal de choses et vous vous exposez à tenir des discours pharisaïques.

    Par ailleurs, je pense que les définitions dont vous parlez sont fondamentalement erronées, car elles sont statiques: elles ne tiennent pas compte de l’évolution spirituelle des personnes. Nous partons tous de l’enfance, de ses illusions et de ses ignorances, pour avancer plus ou moins loin dans la connaissance de Dieu et corrélativement (parce que cela marche ensemble), des réalités de ce monde. Ce chemin se fait par conversions et dépouillement successif de nos conceptions illusoires. Nous naissons manichéens et avons une chance de devenir progressivement chrétiens. L’Eglise ne peut donc être constituée de « purs » car cela reviendrait à en exclure ceux qui ne le sont pas encore mais y sont appelés, autrement dit tout le monde. Poser des principes revient à la faire parler en termes d’exigence plutôt que d’appel. Mais qui sommes-nous pour exiger quand Dieu fait miséricorde ?

  45. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Nous avons donc là deux positions différentes et apparemment incompatibles. Toutefois, vous noterez que la position que je défends ici n’est pas à proprement parlé la mienne : ce sont les fonctionnements de l’Eglise. C’est l’Eglise elle-même, et non pas moi, qui enseigne ce que doivent être les relations d’autorité dans les relations entre les pasteurs et les fidèles. Il ne me semble pas que dans le discours de l’Eglise, ces relations soient décrites comme des relations de domination stériles, ni d’ailleurs comme des relations « pharisaïques » pour reprendre votre terminologie.

    Que dans les faits, ces relations puissent être pervertis (et pas nécessairement volontairement d’ailleurs) à cause des contingences humaines qui font partie intégrante du concret de telles relations ne signifie pas en revanche que dans l’Eglise catholique, ces relations d’autorité souffre toujours du risque de déraper vers les formes de domination que vous décrivez, et certainement pas en raison d’un ‘monopole de la vérité’ ou de l’éthique comme vous l’affirmiez plus haut :

    « Maintenant, dans l’église catholique, nous sommes toujours aux prises avec une contradiction potentielle: à chaque fois que s’organise un monopole sur une ressource, que ce soit la vérité ou un bien quelconque, des relations de domination s’installent et avec elles la tentation de sacraliser l’institution, les personnes ou les fonctions. Or l’Eglise a une mission de témoignage et d’enseignement qui expose justement tous ses membres et particulièrement les ministres à s’installer en position de monopole sur la vérité, l’éthique et tutti quanti, car la frontière est mince entre la relation pédagogique ou catéchétique, l’autorité provenant du service et la domination proprement dite qui en est la perversion. »

    Il n’y a pas lieu de débattre plus amplement de deux opinions inverses. J’exprime seulement mon désaccord avec votre présentation des choses : je ne me reconnais pas du tout dans l’Eglise telle que vous la décrivez ici. Je n’ai jamais vécu dans l’Eglise catholique de situations où les ministres s’installaient en position de monopole, et je n’ai jamais été témoin de situation de domination découlant de ce genre de position de monopole. Ce que vous décrivez ne correspond pas à la réalité ecclésiale dont je suis témoin, donc je ne partage pas du tout votre avis. Encore une fois, c’est seulement mon point de vue. Et je ne prétends pas du tout détenir la vérité absolue en la matière ! Je suis d’ailleurs tout à fait prêt à apprendre de vous quelque chose, puisqu’il semble que vous ayez été témoin de réalités que je n’ai pas vécus. Pourriez-vous alors m’expliquer ce qui vous amène à formuler de telles thèses ?

    D’autre part, il serait intéressant que d’autres personnes s’intègrent dans la réflexion en nous proposant leur vision des choses. Cela permettrait certainement d’élargir le débat en sortant de la simple opposition entre votre opinion et la mienne, qui pourrait bien s’avérer stérile en fin de compte.

  46. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    Je suis assez intéressé par la tournure de la discussion car, justement, elle amène à se poser des questions et (en schématisant grossièrement) à défendre, sinon l’Eglise, au moins le droit canon.

    • en premier lieu, un deuxième débat qui se construit derrière cette question est celui de l’exigence « contre » l’appel ou l’accueil. D’ailleurs l’Evangile n’est pas exempt de cette dualité : certes le Christ est venu pour les pécheurs, nous enclint à ne pas juger ni condamner…et en même temps nous invite à la conversion, à passer par la porte étroite, les paraboles des talents et des vierges révèlent une exigence.

    Sans faire d’ecclésiologie, je pense que nous sommes d’accord pour une bonne compréhension de l’Evangile, une saine autorité de transmission de la Tradition est nécessaire. « Qui sommes-nous pour exiger quand Dieu fait miséricorde ? », depuis longtemps cet écartèlement entre un Dieu bon (qui peut dériver vers un certain laxisme sans vrai Amour pour Dieu, sans vrai don) et un Dieu juste (les dérives vers le pharisaïsme et ses dérivés (jansénisme?)) se pose à l’homme : « n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés »? Jésus ne répond pas à cette question. Il nous dit de n’appeler personne « Père » ou « maître », ce qui est en flagrante contradiction avec les usages actuels. Gardons à l’Esprit surtout qu’il s’agit surtout, dans ces condamnations de Jésus, d’un reproche d’un manque de vérité dans la charité des pharisiens : cf Mt 23,23 « Voila ce qu’il fallait pratiquer SANS NEGLIGER LE RESTE » ce qui va avec le « je ne suis pas venu abloir… ». Il est clair que pour l’appel, comme l’a dit je ne sais plus quel Pape, le monde a plus besoin de témoins que de maîtres. Mais le monde a quand même besoin de maîtres!

    • en deuxième lieu, je suis un peu étonné de la vision d’Ellesse sur le côté « non-factuel » des principes. Le fait que des principes ne soient pas en accord avec la réalité ne veut pas forcément dire qu’il faille les jeter aux orties (depuis sa promulgation, la déclaration des Droits de l’Homme n’a JAMAIS été pleinement respectée par un Etat). El l’énoncé d’un principe s’ancre dans une réalité très concrète : faits existant, volonté de les changer et réalisme pour y parvenir. De plus je conçois mal ce qu’il y a de « FONDAMENTALLEMENT erroné » (je souligne par majuscules) et de statique dans le droit canon et l’Ecclésiologie. Le droit canon évolue au fil du temps, et la vision qu’a l’Eglise d’elle-même aussi (tout en gardant la base de l’Ecriture et souvent avec les réflexions qui ont précédé). Et, de ma connaissance de ces deux matières, même si cela peut rester une tentation, il est quand même clair que l’Eglise n’a pas « à être constitué de « purs »" mais une sainte Eglise constituée de pécheurs.

    • en troisième lieu, pour mon expérience personnelle, je n’ai jamais vécu pour moi-même et mes proches de telles positions de domination. Cependant, des exemples concrets, récents, médiatiques ont posé et reposent ce problème de pervertion de l’autorité, sans qu’il puisse pour moi remettre en cause le fonctionnement de l’Eglise; ainsi de certaines interventions au sujet de l’avortement de la jeune fille brésilienne (et, en général, des excommunications sorties de leur contexte), ainsi aussi de la structure qu’a pu connaître les Légionnaires du Christ. Pour ces deux exemples,des manques de charité apparemment criants étaient visibles. Reste qu’ils me sont très extérieurs (mis à part un court travail en gynécologie je ne suis pas vraiment apte à me prononcer sur l’avortement), m’ont été livré en-dehors de leur contexte complet, et ne remettent pas en cause pour moi la structure actuelle de l’Eglise.

    J’ai essayé d’être aussi clair et compréhensible que possible. J’espère que vous m’excuserez de positions peut-être très tranchées pour lesquelles je n’ai pu prendre le temps de m’expliquer plus.

  47. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Charles-Marie: Vous déformez quelque peu mes propos, c’est la raison de votre étonnement. Pour reprendre votre exemple des droits de l’homme, le fait est qu’en 1948, l’Assemblée Générale de l’ONU a voté une déclaration des droits de l’homme. Cet événement est indiscutable et personne ne son songe à le nier. La déclaration elle-même n’est pas un fait: c’est une construction intellectuelle qui s’applique à des situations réelles de manière générale et abstraite. Maintenant, il y a des gens pour dire qu’il s’agit d’une invention de l’Occident pour justifier sa manie impénitente de se mêler des affaires des autres, autrement dit, qu’il ne s’agit pas d’un principe moral, mais d’un outil de domination (Tiens donc…)

    D’une façon plus prosaïque, les faits vous font des bosses quand on se cogne dedans. Les principes, non.

    Quant à votre deuxième question, le droit canon a été en partie construit sur des faux. Vous ne voyez pas le rapport ? Moi non plus, pas plus que je ne vois le rapport entre ce que j’écrivais et l’évolution historique du droit canon.

    @ C.S. Indhal:

    « Je suis d’ailleurs tout à fait prêt à apprendre de vous quelque chose, puisqu’il semble que vous ayez été témoin de réalités que je n’ai pas vécus. Pourriez-vous alors m’expliquer ce qui vous amène à formuler de telles thèses ? »

    C’est là que vous faites fausse route. Les faits sont les mêmes pour tout le monde, mais l’interprétation ou le regard diffèrent. Pendant très longtemps, on a pensé que la Terre était plate. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais est-ce la Terre qui a changé ou notre vision des choses ? Pour ma part, j’ai connu dans ma vie deux « révolutions coperniciennes » de ce genre. Le monde n’a pas changé, bien sûr, mais j’ai au moins appris que nous pouvions parfaitement vivre dans un système d’évidences dont l’inanité ne nous apparaît qu’au moment où elles s’écroulent. Est-il excessif d’évoquer la notion de conversion ?

    Maintenant, si on adopte votre opinion selon laquelle les problèmes proviennent des contingences humaines et de l’acharnement des medias, toutes choses sur lesquelles nous n’avons aucune prise, il ne nous reste qu’à gémir tristement dans nos églises qui se vident. Quoique là aussi, vous pensez peut-être que la désertion des églises est un bruit que répandent des personnes hostiles. En d’autres termes, votre vision des choses nous condamne à l’impuissance résignée. Je ne prétends pas que la mienne soit exacte, mais elle ouvre du moins une perspective dans laquelle nous pouvons agir. Je refuse de me résigner, c’est tout.

  48. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Ellesse : Vous avez une façon très personnelle de définir un fait, à ce que je vois. « Les faits sont les mêmes pour tous », dites-vous. Dans ce cas, il va vous falloir accepter ce fait, en soi indubitable : l’Eglise que je connais, que je fréquente, dans laquelle je vie, ne correspond pas à ce que vous décrivez. C’est un fait.

    Maintenant, je vous trouve très prompt à juger ma vision des choses. Où avez-vous lu dans mes propos que ma vision des choses est un fatalisme passif, selon lequel nous n’avons aucune prise sur les problèmes et où il ne nous resterait plus qu’à gémir ? Vous oubliez, justement, la notion de devoir contenue dans les principes. Et la nécessité permanente d’agir pour conformer nos actes et nos vies à ces principes, à nos valeurs. Est-il excessif d’évoquer ici aussi la notion de conversion ? Je ne crois pas. Quoi qu’il en soit, si vous me croyez un homme résigné, détrompez-vous !

    Par ailleurs, en plus de vous tromper sur ma vision des choses, vous ne répondez pas à ma demande. Pourriez-vous m’expliquer ce qui vous amène à formuler ces thèses, pourriez-vous me raconter les évènements, les situations dont vous avez été témoin et qui ont formé votre vision des choses ? Peut-être alors pourrai-je comprendre la pertinence de vos affirmations et partager votre point de vue.

    @ Charles-Marie : merci de nous avoir partagé votre point de vue !

  49. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ C.S. Indhal: « Vous avez une façon très personnelle de définir un fait… » Oui, et j’en suis particulièrement fier. J’ai quelque peu pillé des gens comme Pascal et Descartes, mais chut ! ne le répétez pas !

    « il va vous falloir accepter ce fait, en soi indubitable : l’Eglise que je connais, que je fréquente, dans laquelle je vie, ne correspond pas à ce que vous décrivez. C’est un fait. » Oui, tout comme j’accepte le fait qu’il y ait des gens qui croient au Père Noël. Que le Père Noël existe, c’est une autre histoire.

    « Maintenant, je vous trouve très prompt à juger ma vision des choses. » Figurez-vous que ce n’est pas de vous que je parlais. Je développais comment les principes que vous défendez menaient logiquement à la résignation. Pour que cela s’applique à votre vision des choses, encore faudrait-il qu’elle soit cohérente et, comme j’ai de fortes raisons d’en douter, je ne formule pas d’hypothèse.

    Vous transformez en jugement ce qui n’en est pas un. Vous ne trouverez pas dans mon message l’idée que la résignation est une mauvaise chose en soi. J’ai seulement dit qu’elle ne me convenait pas. Je n’ai pas non plus parlé de fatalisme. C’est vous qui avez rajouté tout cela. De la même manière, vous avez l’air de croire que l’affirmation péremptoire de vos convictions constituent un raisonnement et suffisent à prouver quoi que ce soit. Vous me faites penser à ce dialogue de 1984 où Orwell pousse jusqu’à son terme la logique de l’orthodoxie: l’orthodoxie, au fond, n’a pas besoin de penser, il lui suffit d’affirmer et de répéter. La pensée lui est inutile et suspecte, car elle introduit toujours un risque de déviance. La logique de l’orthodoxie conduit donc à éliminer la pensée et vous en êtes, monsieur, une excellente illustration. Vous comprendrez j’espère, que je ne trouve pas très utile de discuter plus avant avec quelqu’un qui renonce à penser ?

  50. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « Vous comprendrez j’espère, que je ne trouve pas très utile de discuter plus avant avec quelqu’un qui renonce à penser ? » Ouaouh… ça c’est une phrase pleine de de bienveillance, de charité chrétienne et tout…

    Pour avoir suivi vos échanges, je n’ai vraiment pas l’impression que vous disiez deux choses très différentes. Vous êtes, tout deux, conscients que le rôle éducateur de l’Eglise peut conduire certains clercs à vouloir dominer les laïcs et certains laïcs à vouloir être dominés. Cela n’est pas sain, c’est évident, mais cela est intrinsèque à la nature humaine. Là où vos avis diffèrent (dites-moi si je me trompe), c’est que C. S. Indhal voit le verre à moitié plein (une Eglise plus souvent inspirée que pervertie) et vous Ellesse, à moitié vide (une Eglise très humaine plus souvent portée à la domination qu’à la pratique équilibré de l’enseignement).

    J’aurais tendance à rejoindre C. S. Indhal ,car le Christ, pourtant bien conscient de cette nature humaine, a tout de même demandé à un de ses disciples (pas la perfection faite homme) de paître ses brebis et de fortifier ses frères. Il lui a aussi promis de lui envoyer l’Esprit. Cela n’empêche pas les dérapages, cela ne fait pas de nos clercs des surhommes. Cela ne retire rien non plus au rôle crucial de notre conscience personnelle, de notre réflexion personnelle telle que la décrit Newman. Il nous faut être attentif, c’est évident, savoir exprimer, parfois son désaccord lorsque notre conscience nous le dicte, mais ne pas oublier non plus que l’Esprit souffle.

    Je pense que j’apprendrai de l’Eglise toute ma vie, dans tout ce qu’elle est d’ailleurs, pas seulement en tant qu’enseignante, mais aussi en tant qu’épouse du Christ et peuple de Dieu. Si cette posture est vêcue dans un usage éclairé de ma conscience et de mon intelligence, je ne vois pas pourquoi cela constituerait une quelconque soumission.

  51. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Ellesse : « Vous transformez en jugement ce qui n’en est pas un » ->  » Vous comprendrez j’espère, que je ne trouve pas très utile de discuter plus avant avec quelqu’un qui renonce à penser ? ». Il n’y a vraiment pas de jugement, là ? Ca sonne un peu comme une insulte, pourtant.

    C’est marrant que vous me jugiez comme « quelqu’un qui renonce à penser… » et que vous vouliez m’apprendre ce que disent Pascal et Descartes, étant donné que mes études de philosophie me mettent en contact avec des penseurs de cette carrure. Et il ne semble pas que je sois incapable d’en retirer quelque profit pour ma pensée, étant donné que je suis en train de me préparer à enseigner la philosophie, sur les conseils de mes anciens professeurs qui estiment que j’ai les talents nécessaires pour cela. Vous m’avez reproché de vous juger sans vous connaître. Ne prenez pas le risque de tomber dans le même travers !

    Par ailleurs, je constate qu’au lieu de répondre à ma demande d’un témoignage venant expliquer votre opinion, vous donnez une fin de non recevoir. C’est dommage.

    @ Louve : ma position tient surtout à l’idée que l’Eglise, dans ses principes, ses règles, ses enseignements, est défendable. Et que nombre de défauts qui peuvent lui être reprochés, notamment la perversion de la relation d’autorité telle que décrite par Ellesse, ne sont que des conséquences de la nature humaine des personnes qui composent l’Eglise. Condamner les principes de l’Eglise, ou son idéal, sur la base de faits qui sont des erreurs humaines, des faits qui vont à l’encontre des principes et de l’idéal défendu par l’Eglise, c’est à mes yeux une erreur rationnelle. On ne peut condamner un principe au nom d’une exception à ce principe ! C’est jeter le bébé avec l’eau du bain !

    Ainsi, si je suis comme vous dites bien justement « conscient que le rôle éducateur de l’Eglise peut conduire certains clercs à vouloir dominer les laïcs et certains laïcs à vouloir être dominés », je n’en condamne pas pour autant le rôle éducateur des clercs dans l’Eglise. Au contraire, j’aurais plutôt tendance à louer ceux qui exercent ce rôle éducateur sans tomber dans le piège de la relation de domination, comme notre Pape par exemple, ou mon évêque, et presque tous les clercs que je connais, en fait. (D’où mon incompréhension vis-à-vis de la position de Ellesse : ce qu’il décrit comme étant une situation presque courante dans l’Eglise me paraît une exception peu répandue, que je n’ai presque jamais rencontrée dans les relations que j’ai avec des prêtres et des responsables ecclésiaux.)

    Ceci étant, je suis d’accord avec la critique que fait Ellesse de telles situations, et je suis d’accord qu’il faut savoir ajuster les règles pour que les principes soient effectivement appliqués, et que les situations malsaines tendent à disparaître, autant que faire se peut. Je ne me résigne donc pas devant les situations où les rapports d’autorité deviennent malsains et contraire à l’idéal de l’Evangile. Et si vous avez lu mes précédents messages, vous aurez compris que j’affirme la nécessité pour chacun de balayer devant sa propre porte et de veiller soi-même à vivre des relations fraternelles avec les autres, selon l’idéal de l’Evangile et les principes de l’Eglise s’il y’a lieu.

  52. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Louve: « Ouaouh… ça c’est … » Oui je sais, mais j’ai une dispense permanente de mon confesseur. Plus sérieusement, je pense qu’il faut savoir terminer les controverses quand elles s’égarent. Indhal en est à déployer ses titres et ses relations, versant de plus en plus dans l’argument d’autorité. Je ne vais pas me laisser attirer là dedans, car pour moi, la justesse d’une observation ou d’un raisonnement est intrinsèque, elle ne dépend pas de qui la dit.

    « Pour avoir suivi vos échanges, je n’ai vraiment pas l’impression que vous disiez deux choses très différentes.  » Cela peut sans doute donner cette impression, mais si je pensais que nos positions sont conciliables de cette manière, je n’insisterai pas. Vous connaissez l’adage « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum ». Il arrive à tout le monde de trébucher ou de tomber, mais si cela se produit régulièrement, c’est le symptôme d’un problème de santé. Tout le différend est là.

    « J’aurais tendance à rejoindre C. S. Indhal ,car le Christ, pourtant bien conscient de cette nature humaine, a tout de même demandé à un de ses disciples (pas la perfection faite homme) de paître ses brebis et de fortifier ses frères. » Je pense que vous êtes consciente de prendre position dans une querelle multi-séculaire qui divise toujours les chrétiens ? Vous pensez bien sûr ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas espérer que votre affirmation fasse consensus. Et justement, c’est la prétention du Saint Siège à revendiquer le monopole de l’autorité qui fait problème.

    « … ne pas oublier non plus que l’Esprit souffle. »

    Sans aucun doute, mais pour moi, la vie spirituelle est la grande absente de l’enseignement de l’Eglise. Quand j’ai fait ma première communion, on m’a dit que le petit Jésus allait venir dans mon coeur (c’était un autre langage et un autre temps) et j’ai attendu l’événement avec impatience. J’ai été stupéfait de constater que rien ne s’était produit. C’est naturellement une expérience banale, mais je me suis régulièrement demandé pourquoi on éprouvait le besoin d’affirmer avec conviction quelque chose de parfaitement irréel. La même irréalité s’étendait d’ailleurs à tout ce que je pouvais entendre ou lire sur la relation que l’on pouvait entretenir avec Dieu. Je ne sais même pas pourquoi je suis resté chrétien (assez vaguement d’ailleurs). Peut-être tout simplement parce que cela répondait à d’autres questions, par facilité.

    Par la suite, j’ai fait plusieurs tentatives auprès de gens que je supposais qualifiés pour tenter d’y voir plus clair. J’ai recueilli des réponses aussi vagues que contradictoires. Bien sûr, il s’agit d’un sujet sur lequel il est très difficile de communiquer puisqu’il s’agit d’expériences intérieures et qu’on ne dispose d’aucun moyen de les comparer directement avec celles d’autrui. J’en ai conclu qu’il y avait peut-être quelques individus d’exception qui parvenaient à entrer en contact avec Dieu au terme d’une longue ascèse, mais que cela ne me concernait pas. J’aurais bien aimé, mais bon, tant pis.

    Et puis Dieu a débarqué un beau jour sans crier gare. L’expérience n’a rien d’irréel et c’est même assez fulminant. J’ai commencé par croire que je devenais fou à lier. Mais la folie ne remet pas les idées en place et ne vous libère pas, bien au contraire.

    Que dire de plus ? Non, je n’ai pas de révélation particulière à communiquer, genre secret de Fatima. Non, je ne me sens pas particulièrement favorisé, mis à part ou élu. Non, je ne me sens pas mandaté pour réformer l’Eglise. Non, je ne vais pas me mettre à dispenser des enseignements sur la vie spirituelle. J’ai seulement à dire que cela vaut sacrément la peine de chercher DIeu et que je crois profondément que tout le monde peut le trouver, et pas seulement des héros de l’ascèse et de la mystique. Je rêve seulement que s’accomplisse la prophétie de Joël:

    « En ce temps là, j’enverrais mon Esprit sur toute chair,

    Vos fils et vos filles prophétiseront,

    Vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions… »

    Parce que cela résoudrait par surcroît pas mal de problèmes sur lesquels nous butons sans cesse, la question de l’autorité et de la domination en particulier. Je dirais même que c’est le seul moyen d’aborder la question.

  53. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @Ellesse : Les expériences personnelles de « Dieu qui débarque un beau jour sans crier gare », racontées de première main, sont toujours des sources profondes de réflexion et de méditation. Si ce n’est pas trop indiscret, et si l’expérience est dicible, est-il possible d’en savoir plus ?

    Cordialement

  54. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « Indhal en est à déployer ses titres et ses relations, versant de plus en plus dans l’argument d’autorité. Je ne vais pas me laisser attirer là dedans, car pour moi, la justesse d’une observation ou d’un raisonnement est intrinsèque, elle ne dépend pas de qui la dit. » Cela est une chose. Terminer la controverse en reniant à autrui la capacité de penser par lui-même en est une autre…

    « Je pense que vous êtes consciente de prendre position dans une querelle multi-séculaire qui divise toujours les chrétiens ? Vous pensez bien sûr ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas espérer que votre affirmation fasse consensus. » Cette remarque n’avait pas pour but de solutionner les différents schismes chrétiens… :) Mais comme il s’agit ici de parler de la défense, ou non, de l’Eglise catholique par les catholiques, il ne me semblait pas totalement infondé de rappeler ce qui, pour l’Eglise catholique, constitue son acte fondateur et le rôle de Pierre. Il est évident que la question « Faut-il défendre l’Eglise à tout prix ? » trouvera des réponses tout à fait différente de la part d’une personne non catholique.

    « je me suis régulièrement demandé pourquoi on éprouvait le besoin d’affirmer avec conviction quelque chose de parfaitement irréel. » Ce qui vous paraît irréel (parce que non sensible j’imagine), ne l’est pas pour moi. Ni sans doute pour la personne qui vous a catéchisé, ni pour une bonne partie des catholiques qui communient régulièrement, raison pour laquelle tous ces gens affirment cela avec conviction. Je ne vois pas cependant le rapport avec l’absence de vie spirituelle dans l’enseignement de l’Eglise… ?

    « Et puis Dieu a débarqué un beau jour sans crier gare. L’expérience n’a rien d’irréel et c’est même assez fulminant. J’ai commencé par croire que je devenais fou à lier. Mais la folie ne remet pas les idées en place et ne vous libère pas, bien au contraire. » Merci pour ce témoignage ! Je suis toujours surprise de voir à quel point Dieu sait répondre à nos attentes, spécifiques à chacun. Vous éprouviez le besoin de sentir sa présence de façon « réelle », c’est ainsi qu’il vous a rejoint. D’autres, comme moi, touchent sa présence à travers la paix profonde qu’apporte l’eucharistie et ce coeur à coeur qui, bien que non sensible, me semble tout aussi réel.

    Ce critère de « réalité » finalement dépend de chacun, comme vous le disiez. Pour certains, cela prendra la forme d’un événement clé qui vous retourne comme une crêpe, pour d’autres c’est une douce certitude qui grandit au fur et à mesure.

    « Parce que cela résoudrait par surcroît pas mal de problèmes sur lesquels nous butons sans cesse, la question de l’autorité et de la domination en particulier. » L’Esprit souffle dès aujourd’hui, sur les jeunes comme sur les vieux, sur les clercs comme sur les laïcs. Cela n’efface pas, néanmoins, les tendances négatives de notre nature humaine…

  55. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Outretombe: OK. Que voulez-vous savoir ?

    @ Louve: « Terminer la controverse en reniant à autrui la capacité de penser par lui-même en est une autre… »

    Sauf que ce n’est pas ce que j’ai écrit. Renoncer à faire quelque chose suppose qu’on est en mesure de le faire. Je ne doute pas qu’Indhal en soit capable, ni même qu’il lui arrive de le faire. J’ai seulement dit que dans le cadre de nos échanges, il se dispensait de le faire, sans doute parce qu’il a des réponses toutes prêtes et qu’il pense suffisant de les balancer comme des évidences indiscutables. Maintenant, tout le monde peut vérifier sur pièces si c’est le cas ou non. L’avez-vous fait ? C’est cela que j’appelle penser ou réfléchir. C’est un peu trop facile de faire la morale aux gens en leur faisant dire des énormités.

    « Ce qui vous paraît irréel (parce que non sensible j’imagine), ne l’est pas pour moi. Ni sans doute pour la personne qui vous a catéchisé, ni pour une bonne partie des catholiques qui communient régulièrement, raison pour laquelle tous ces gens affirment cela avec conviction. »

    « Dieu seul sonde les reins et les coeurs » comme le dit l’Ecriture. Tant que vous parlez pour vous, OK. Ce que vous dites de ma catéchiste et des catholiques qui communient régulièrement est pure supposition, car personne ne dispose d’un moyen pour aller voir ce qui se passe dans la tête d’autrui (même si bien sûr, des tas de gens se croient capables de le deviner).

    Cela dit, ce n’est pas à la communion régulière que je faisais allusion, mais à ma première communion. Tous les rites de passage, qu’ils soient chrétiens ou papous déterminent un avant et un après dans la vie de celui qui s’y soumet, autrement dit une transformation. Transformation qui n’a pas eu lieu, car je n’ai distingué aucune différence. Je connais d’ailleurs un certain nombre de gens qui m’ont dit avoir perdu la foi en faisant la même expérience.

    « D’autres, comme moi, touchent sa présence à travers la paix profonde qu’apporte l’eucharistie et ce coeur à coeur qui, bien que non sensible, me semble tout aussi réel. »

    Je ne vais pas me prononcer sur ce que vous dites. Je vais seulement dire ce que cela m’évoque en restant conscient qu’il ne s’agit pas forcément de la même chose et que je n’ai aucun moyen de le savoir. J’espère que vous en tiendrez compte dans votre réponse et que ceux qui nous lisent en feront autant.

    Il m’arrive régulièrement d’éprouver des émotions à caractère religieux ou spirituel, par exemple lorsque j’entre dans une église ou que je participe à une liturgie. Je ne qualifie pas ces émotions d’expérience de Dieu. Pourquoi ? Parce qu’elles sont reproductibles: il suffit que je me remette dans les mêmes conditions pour que l’émotion apparaisse avec quelques différences d’intensité qui s’expliquent par mon humeur du moment. Entrer dans une église me fait toujours quelque chose, mais tout spécialement dans une église romane, et j’avais d’ailleurs la même impression encore plus forte en visitant des cavernes inexplorées lorsque je faisais de la spéléologie (la similitude entre les lieux est évidente). La sensation d’une présence invisible, le silence et l’acoustique particulière, tout cela pousse au recueillement et à l’intériorité, si bien que l’on peut dire que cela dispose à la rencontre de Dieu. Mais dans mon idée, si Dieu se pointait à tous les coups, cela voudrait dire que je suis en mesure de le convoquer ou de le manipuler, puisque je suis en mesure de reproduire l’expérience à volonté. Je pense qu’au contraire Dieu nous visite à l’improviste, sans se laisser enfermer dans les cadres que nous voudrions lui fixer.

    « L’Esprit souffle dès aujourd’hui, sur les jeunes comme sur les vieux, sur les clercs comme sur les laïcs. Cela n’efface pas, néanmoins, les tendances négatives de notre nature humaine… »

    Bien sûr que si, pas totalement ni d’un seul coup, bien entendu, mais c’est le but du jeu.

  56. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @Ellesse : Eh bien je voudrais en savoir ce que vous voudrez bien en dire :-)

    A vous lire, l’expérience était très réelle, frappante, décisive … Etait-ce un événement soudain, clairement identifié, qui s’est produit à une date et dans un lieu bien déterminé, ou bien était-ce une lente « maturation » au fil du temps ? Cela a-t-il été déclenché ou favorisé par des lectures, des discussions, la rencontre d’une personne particulière, un événement de votre vie personnelle ?

    L’avez-vous ressenti comme une « rencontre » quasi personnelle avec le Christ, ou bien était-ce quelque chose de plus « intellectuel », de plus raisonné ?

    Voilà, ce genre de chose … je suis preneur de ce que vous pourriez partager sur le sujet !

  57. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    « pas totalement ni d’un seul coup, bien entendu, mais c’est le but du jeu. » Exact. On est d’accord : le but d’un peuple en marche où chacun tombe à son tour sur le chemin et se relève sans cesse. L’Esprit nous relève plus souvent qu’Il nous empêche de tomber.

    Mais j’aimerais un peu mieux comprendre votre pensée. Deux petites questions pour commencer : - Qu’entendez-vous par « vie spirituelle » que vous estimez absente de l’enseignement de l’Eglise ? - Depuis que Dieu a débarqué dans votre vie, cela vous a-t-il aidé à vivre le temps de la communion ?

  58. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    C’était un événement soudain et tout à fait caractérisé. J’étais seul chez moi, plongé dans un désespoir profond. Je n’en voulais à personne, mais je me sentais très abandonné et isolé en proie à ce que l’on peut ressentir quand l’amour que l’on porte à autrui est trahi et refusé. Je n’étais pas en train de prier et je ne pensais nullement à Dieu. A un moment donné, cette émotion s’est mise à grandir, et j’ai commencé à me demander si cela ne devenait pas pathologique. J’ai eu peur un moment d’être en train de devenir franchement cinglé, mais comme l’émotion ne cessait de grandir, prenant des proportions franchement monstrueuses, j’ai fini par songer que mon être n’avait pas l’énergie ou les ressources nécessaires pour engendrer ça, J’ai cessé de me défendre et d’essayer de contrôler cette émotion car c’était peine perdue, et j’ai soudain « entendu » une voix qui disait: « Ce que tu ressens n’est l’amour que tu portes à autrui, mais l’amour que j’ai pour toi ».

    J’étais naturellement complètement stupéfait. A partir de ce moment, une sorte de lumière éblouissante a envahi complètement ma conscience, exprimant la plainte et la colère de l’amour trahi sous forme d’un catalogue kaléiodoscopique de tout ce que les hommes sont susceptibles de commettre comme abus, violence, rapine et exclusion. Cet espèce de défilé allait beaucoup trop vite pour que je puisse en saisir plus que des bribes au passage, mais ce n’était pas nécessaire, car j’avais déjà entendu parler de tout ça, comme nous tous. Cela n’a pas duré très longtemps, mais au bout de tout ça, une question à la fois douloureuse et remplie d’indignation: « Qu’avez-vous fait de ma création, du monde et de la vie que je vous ai donné ? »

    Je n’ai pas songé à discuter, pas par révérence ou crainte, mais parce qu’on ne discute pas l’indiscutable, quand tout est mis à plat et à nu, même si cela comprenait ma propre responsabilité dans tout ce merdier. Ensuite, la vision est devenue plus tranquille et plus paisible pour prendre une caractère de simple évidence: - Je suis, tu vois… - Oui, difficile de faire autrement… - Par conséquent, tu es. C’est moi qui te donne d’exister, pas comme un raté de la chaîne de production ni comme un jouet abandonné dont je me serai lassé, mais par l’effet d’une volonté consciente et continue: à chaque instant je veux que tu sois. Tu es mon fils, et ce n’est pas négociable. L’opinion de tes collègues en humanité sur ce sujet ne compte pas, car c’est moi qui te donne d’exister, pas eux.

    La vision ne s’est pas retirée, mais est restée présente en silence tandis qu’un tas de choses se réorganisaient dans mon esprit. On dit de ceux qui comprennent soudain quelque chose qu’ils savaient de travers qu’ils « percutent ». C’est exactement ça.

    Pour que les choses ne soient pas trompeuses, il faut d’abord préciser un point: « voir », « entendre » n’ont pas tout à fait le sens ordinaire. On est contraint de les employer parce qu’il n’y a pas de vocabulaire réservé à ça. Ce sont donc en partie des métaphores qui tentent de décrire une expérience intérieure. En partie seulement, parce que, quand vous regardez le soleil, c’est votre cerveau qui le voit, et c’est ainsi que vous pouvez « voir » avec la même impression de réalité des choses qui ne sont pas physiquement présentes. Entendre est du même ordre: il s’agit d’une sorte d’irruption dans votre soliloque intérieur: quelque chose de plutôt non verbal qui est « traduit » dans vos mots, mais dont l’altérité est indéniable. Ce que je traduis par les mots « Je suis, tu vois… » était plutôt au départ l’affirmation d’une présence comme pour dire « Tu croyais ça impossible ou réservé à quelques autres, et tu vois… ». C’est seulement après coup que j’ai percuté sur le « Je suis ». On ne peut mieux dire. Enfin, je croyais (comme Saint Augustin le dit) que la rencontre avec Dieu avait lieu à l’extérieur de moi-même, mais je pense aujourd’hui qu’il s’agit toujours d’expériences intérieures même si elles sont décrites comme ayant lieu dans le monde physique.

    La deuxième chose est justement cette espèce de conformité avec ce que l’on peut lire dans l’Ecriture. Cela peut paraître extrêmement orgueilleux de rapprocher son expérience de celle de Moïse face au buisson ardent ou d’Elie à l’Horeb, mais autrement, l’expérience reste « innommable » dans tous les sens du terme, autrement dit, un truc totalement terrifiant qui conduit à la folie. D’une certaine manière, je n’ai pas d’alternative et c’est aussi cela qui me conduit à dire « Dieu », plutôt qu’une hallucination. Il y a quantité d’autres remarques que l’on peut faire qui militent dans le même sens. L’un des problèmes de la vie spirituelle est de reconnaître ce que l’on vit, de l’identifier, avec tous les risques d’erreur que cela représente, soit par excès, soit aussi par défaut.

    Je conclus ce témoignage par une dernière remarque. Si j’avais eu cette vision à vingt ans, je me serais probablement pris pour un élu et j’aurais probablement essayé de fonder un mouvement ou une secte. Aujourd’hui, je ne me sens nullement mis à part ou distingué en quoi que ce soit. Je crois profondément tout le monde peut rencontrer Dieu autrement qu’en rêve ou en imagination et c’est pourquoi je raconte ces choses, pour dire à ceux qui s’en sentent indignes ou incapables que ce n’est pas un obstacle ou une raison. Pour que s’accomplisse la parole de Joël que j’ai cité plus haut. Certains peut-être voudront contester mon témoignage, mais cela ne m’ennuie pas. D’autres voudront peut-être au contraire me regarder comme un être au dessus des autres. Ce serait une erreur qui risque de leur faire rater ce à quoi ils aspirent et à quoi nous aspirons tous. La foi suffit, même quand on n’en a pas beaucoup comme moi. De temps en temps, le Seigneur me souffle comme à Josué « Sois fort et tiens bon, car je suis avec toi. » Oui, d’accord, je n’en doute pas une seconde, mais j’espère que tu sais ce que tu fais, parce que moi j’assure vraiment pas sur ce coup là. Pas très héroïque n’est-ce pas ?

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    @ Ellesse : Merci, merci d’avoir partagé tout cela.

  60. <<  |  <  |  >  |  >>  |  Lui répondre  |  Citer ce commentaire

    @ Ellesse Merci pour la confiance que vous nous accordez par votre témoignage. Je ne me permettrai nullement de juger cette expérience spirituelle qui vous appartient. J’espère d’ailleurs que ce sera le cas de tous !

    J’ai deux questions qui découlent de votre témoignage et qui peuvent, peut-être, nourrir la discussion sur l’Eglise, son rôle et notre rôle en son sein.

    • Vous avez dit : « Pour que les choses ne soient pas trompeuses, il faut d’abord préciser un point: « voir », « entendre » n’ont pas tout à fait le sens ordinaire. On est contraint de les employer parce qu’il n’y a pas de vocabulaire réservé à ça. Ce sont donc en partie des métaphores qui tentent de décrire une expérience intérieure. » Cela ne rejoint-il pas ce que votre catéchiste essayait d’exprimer à propos de la communion ? Des mots simples, une métaphore pour faire comprendre à l’enfant ce qui n’est de toute façon pas exprimable de façon précise ? Personnellement, lorsque j’étais enfant, on m’a expliqué comme à vous, que Jésus, au moment de la communion, viendrait dans mon coeur, cela m’a semblé suffisemment « floue » comme expression pour ne pas nourrir d’attente spécifique. C’est pourquoi je ne vois pas vraiment pourquoi cette phrase vous gêne… Pouvez-vous m’éclairer ?

    • Pensez-vous que nous sommes tous appelés à vivre l’expérience spirituelle que vous avez faite, c’est-à-dire de façon sensible mais en même temps indéniable (car, selon vos mots, impossible à reproduire), ou pensez-vous que l’on puisse également vivre une intimité avec le Christ dans une sorte de saut dans l’inconnu, une confiance pleine de foi dans l’Ecriture et la succession des apôtres ? Vous disiez vous même que nous n’étions pas tous appelé à être ascètes ou mystiques. Or, votre témoignage ressemble beaucoup à une vision mystique.

  61. @ Louve: Mais j’aimerais un peu mieux comprendre votre pensée. Deux petites questions pour commencer : – Qu’entendez-vous par « vie spirituelle » que vous estimez absente de l’enseignement de l’Eglise ? – La question est petite, mais la réponse est un peu trop vaste :-) . Si vous avez l’occasion de lire les bouquins d’André Louf par exemple, je pense que vous comprendrez à leur goût de « jamais vu » ce que je veux dire. Cela s’applique aussi à Thérèse d’Avila. Elle a beau être docteur de l’Eglise, on ne peut pas dire qu’on l’évoque beaucoup dans les sermons.

    « Depuis que Dieu a débarqué dans votre vie, cela vous a-t-il aidé à vivre le temps de la communion ? » Le sacrement proprement dit, absolument pas. Ce qui à mon avis, tient au fait que je suis un intellectuel pur et dur, très peu sensible à tout ce qui relève du rite et du symbole. Ne me faites pas dire que je pense que tout cela n’a aucune valeur, ni que c’est destiné aux gens dont l’entendement est un peu limité, car ce n’est absolument pas le cas.

    Autrefois, je considérais avec méfiance la vie sacramentelle en général et j’y accordais peu d’intérêt. Là où j’ai changé, c’est que j’ai cessé de considérer naïvement que ce qui était bon pour moi l’était aussi pour les autres et inversement. En d’autres termes, je pense tout à fait possible que la liturgie et les sacrements constituent un chemin vers Dieu, même si ça ne marche pas pour moi. Même si je ne comprends pas, j’admets et je respecte cette démarche, et d’ailleurs j’y participe d’une manière qui je crois, respecte nos différences sans les nier. On est venu me demander de tenir l’orgue, et je le fais parce que j’ai compris qu’il y avait beaucoup de gens pour qui c’est important. Comme pour moi, la musique religieuse est une forme de contemplation, je m’implique aussi dans les célébrations: ce n’est pas simplement pour faire plaisir.

    Dans notre petite paroisse campagnarde de neuf clochers, il n’y a pas toujours d’organiste à toutes les célébrations, et il y a des églises, excentrées et ne disposant pas d’instrument digne de ce nom, où la venue d’un organiste est presque un événement. Ce n’est pas un choix délibéré, c’est seulement l’effet d’une sorte de dérive collective: les organistes préfèrent naturellement ne pas se déplacer trop loin et jouer sur des instruments corrects. Du coup, il y a des laissés pour compte qui n’osent pas revendiquer parce qu’ils comprennent que venir chez eux est un effort supplémentaire qu’on ne peut pas demander à des gens qui se donnent déjà du mal. On aboutit ainsi à une sorte d’inégalité voire d’exclusion silencieuse et feutrée qui vous paraîtra peut-être sans grande importance. Je ne crois pas que ce soit sans importance: à la fin d’une de ces messes où je m’étais déplacé avec mon instrument, quelqu’un est venu me dire que c’était vraiment bien que je sois venu. C’était une messe de retour de sépulture célébrée en mémoire d’un père de famille qui s’était suicidé. Ils s’attendaient sans doute à ce qu’on expédie cette célébration à la sauvette et ont été très touchés de voir que d’une certaine manière, on avait sorti le tapis rouge pour les entourer. Ils ont compris ma présence comme faisant partie d’un geste de fraternité concrète de l’ensemble de la communauté. Pour les autres, dans une moindre mesure, cela fonctionne aussi comme ça.

    Maintenant, j’aimerais vous dire pourquoi je vous ai repris sur votre déclaration: « Ce qui vous paraît irréel (parce que non sensible j’imagine), ne l’est pas pour moi. Ni sans doute pour la personne qui vous a catéchisé, ni pour une bonne partie des catholiques qui communient régulièrement, raison pour laquelle tous ces gens affirment cela avec conviction. »

    Ce qui me gêne ici n’est pas tellement que vous vous avanciez sans preuve, mais que cela vous mène à tenir un discours d’exclusion (ce que vous souhaitez certainement pas, bien entendu). En apparence, vous n’excluez personne, au contraire vous paraissez rassembler. Mais les autres ? Ceux qui ne se reconnaissent ni dans votre forme de spiritualité ni dans la mienne ? Où est leur place dans ce tableau ? Qui sont-ils ? Existent-ils ? Bien entendu, tant que ce genre de déclaration reste isolé, cela n’a guère d’importance. Si cela se répète de façon systématique, cela devient un message implicite qui dit « Vous n’existez pas, vous ne comptez pas », message que bien entendu on ne pourra jamais mettre en évidence dans les déclarations elles-mêmes. Dans ces cas là, il y a des gens qui se rappellent à notre bon souvenir plus ou moins agressivement, et puis il y a les autres, ceux qui s’en vont voir ailleurs et ceux qui se laissent oublier, comme mes amis des paroisses « abandonnées ». Ils ne me font pas des compliments sur la manière dont je joue, mais me disent: « c’est bien que tu sois là, on se sentait un peu mis à l’écart ».

    Et ensuite on peut élargir un peu la question, parce que le but du jeu n’est pas de vous mettre en accusation. Si mon raisonnement est correct, cela veut dire que l’on peut envoyer simultanément deux messages parfaitement contradictoires, l’un explicite qui parlera d’accueil et d’ouverture, l’autre implicite qui dira son contraire. Bien entendu le résultat de cette communication ne risque pas d’être très brillant, et cela peut expliquer peut-être pourquoi certaines de nos tentatives ne marchent pas, pourquoi des conflits inexplicables surgissent. C’est une idée que je soumets à votre réflexion.

    @ Louve: Pas trop vite ! Je n’arrive plus à suivre ! :-)

    « Personnellement, lorsque j’étais enfant, on m’a expliqué comme à vous, que Jésus, au moment de la communion, viendrait dans mon coeur, cela m’a semblé suffisemment « floue » comme expression pour ne pas nourrir d’attente spécifique. C’est pourquoi je ne vois pas vraiment pourquoi cette phrase vous gêne… Pouvez-vous m’éclairer ? » Parce qu’il n’y est pas venu. Il y était déjà. C’est pour cela que « rien » ne s’est produit et que j’ai continué pendant des années à croire que ma vie spirituelle était inexistante.

    « Pensez-vous que nous sommes tous appelés à vivre l’expérience spirituelle que vous avez faite, » Non, je ne pense pas cela. Je pense que Dieu nous appelle tous à quelque chose, notre vocation, mais je me garderai bien d’en dire plus, car je n’en sais pas plus. Je suis profondément persuadé que répondre à cet appel peut combler chez chacun ses vœux les plus chers et qu’il n’y a pas de voie supérieure à une autre, comme l’écrit Paul. Aller au delà me ferait tomber dans un discours exclusif et vous comprendrez que je ne m’y risque pas.

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