De l’islamisme rampant : libres propos
Le texte qui suit est le témoignage du Père Alain Feuvrier, enseignant en islamologie au Centre Sèvres, pour Sacristains.
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Mon dernier séjour en Egypte (juillet septembre 2010) m’a laissé un goût d’amertume. Soucieux de par mon métier des rencontres chrétiens-musulmans (j’enseigne la « théologie des religions ») et familier de la pensée islamique (j’ai vécu de nombreuses années en terre d’islam), j’ai été témoin, cette année, d’« incidents », pénibles, injustes, inadmissibles dans les relations quotidiennes entre chrétiens et musulmans.
Je voudrais croire qu’il ne s’agit que de faits divers. Trois « incidents » en quelques jours me font douter de ce conditionnel. Le récent drame d’Alexandrie ravive ce doute.
Dans un village chrétien du côté de Minia (Haute Egypte), je participe à un camp de jeunes catholiques ; le matin, on réunit à la paroisse les jeunes chrétiens pour des activités éducatives ; l’après midi, on visite, indistinctement, les familles chrétiennes et musulmanes pour se rendre mutuellement service et entretenir la convivialité. Un matin, un garçon d’une douzaine d’années arrive en pleurs, une tache rouge, bien ronde, sur la joue gauche ; que s’est-il passé ? Explication : le chauffeur du taxi collectif qui l’amène à la paroisse lui a demandé quelle est sa religion ; – « Chrétienne », répond l’enfant ; le chauffeur applique alors soigneusement sa cigarette allumée sur la joue de l’enfant… On dépose une plainte. Sans suite…
De retour au Caire, je me trouve, (vendredi 3 septembre à 11 h 30 – tout, ici, est important ! -) dans le métro. J’ai à annoncer ma venue à des amis ; j’ouvre mon téléphone portable. Survient un homme – la trentaine, élégant, portant fine barbe. Il m’aborde, péremptoire : « Vous parlez anglais ? » – « Un peu ! » – « Eteignez votre cellulaire : téléphoner n’est pas permis le vendredi, durant la grande prière de midi ». Stupeur ! Envie furieuse de rétorquer avec telle ou telle sourate concernant la « non-contrainte en religion » ! Mon compagnon me fait signe discrètement de ne pas insister ! Dans l’immédiat, ça ne sert à rien ! Humiliation délibérée !
Quelques jours plus tard, veille de mon départ, je désire offrir une boisson à un jeune copte de mes amis, histoire d’utiliser les quelques sous qu’il me reste. Dans un restaurant chic– pour étrangers ! – près de la Gare Centrale du Caire, je passe commande de deux bières. Réponse : « Pour vous, étranger, oui, mais pour monsieur, égyptien, c’est non ! Interdiction de distribuer des boissons alcoolisées ! ». – « Mais, mon ami n’est pas musulman ! » – « Inutile d’insister !.. » Qu’auriez-vous fait ? Je sors, écœuré !
« Incidents », diront les belles âmes ! « Ne dramatisez pas ! Et puis, n’est-ce pas, demain, vous serez de retour en Europe, vous n’y penserez même plus ! » – Et bien, si !, j’y pense, je veux y penser : ce type d’« incidents » est emblématique d’un mal profond, pervers, rampant ; le minimiser ne peut que nuire au bien commun ; s’il convient, évidemment, de ne pas diaboliser l’autre (quel qu’il soit !), de sortir des amalgames racoleurs (et c’est tellement séduisant !), il est urgent, en Europe et ailleurs, de « déconstruire la mythologie de la haine » comme le rabbin Bernheim le préconise justement ; d’apprendre effectivement à « s’entre-connaître » et de se donner des conditions réalistes, pragmatiques, d’un « vivre ensemble » cohérent : la paix, ici, comme à Alexandrie… est à ce prix.
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il semble que les mouvements récents en Egypte ont vu des temps plus réjouissants quant au respect de la religion minoritaire par la majoritaire. On a vu des musulmans et des chrétiens prier de conserve, des gens défiler en brandissant croix et croissants. Certains signes sont bons…