Au matin de la nouvelle année
Yeux embrumés, parfois un peu mal à la tête, souvent pas ou peu dormi. Une douche, un café, j’enfile une polaire bien chaude, mon manteau, une écharpe et m’en vais de chez moi. Direction : ma paroisse.
Nous sommes le 1er janvier, j’ai réveillonné toute la nuit ou presque avec des amis et, comme tous les 1er janvier, même après une nuit blanche, je vais à la messe. Je soigne bien évidemment ainsi ma réputation d’originale pour l’année à venir…
La réalité est plus simple : c’est la solennité de Marie, mère de Dieu ; c’est l’occasion unique, après le tourbillon des fêtes, de la famille et des amis, de venir confier toute mon année, dès son commencement, au Seigneur. Le 1er janvier, c’est aussi le jour choisi par l’Église via Paul VI, depuis 45 ans, pour prier pour la Paix. Institution d’une intuition qui perdure jusqu’à aujourd’hui :
« Nous nous adressons à tous les hommes de bonne volonté pour les exhorter à célébrer la « Journée de la Paix », dans le monde entier, le premier jour de l’année civile. Notre désir serait qu’ensuite, chaque année, cette célébration se répétât, comme un souhait et une promesse, à l’ouverture du calendrier qui mesure et décrit le chemin de la vie humaine dans le temps. Nous voudrions voir la paix, avec son juste et bienfaisant équilibre, dominer le déroulement de l’histoire à venir. Nous pensons que cette proposition interprète les aspirations des peuples »1
Aujourd’hui, qui oserait dire que cela n’est plus d’actualité ? Qui ne saurait être touché par ces conflits qui embrasent notre monde ? Qui n’est témoin de la violence, proche et lointaine ? Et qui peut dire qu’il n’a jamais aussi été vecteur de cette violence ? Nous sommes tous concernés…
Il est urgent de travailler pour la paix, tous, chacun, parce qu’elle commence ici. Il est urgent de prier pour la paix, parce qu’elle aussi, elle commence ici. Parce que nous, chrétiens, nous croyons que la paix est un don de Dieu.
« Nous qui croyons dans l’Evangile, nous pouvons faire pénétrer dans cette célébration un trésor merveilleux d’idées originales et puissantes : ainsi celle de l’intangible et universelle fraternité de tous les hommes, dérivant de l’unique, souveraine et très aimable Paternité de Dieu, provenant de la communion qui – réellement ou en espérance – nous unit tous au Christ, et aussi de la vocation prophétique qui, dans l’Esprit Saint, appelle le genre humain à l’unité non seulement des consciences, mais des œuvres et des destins. Nous pouvons, comme personne d’autre, parler de l’amour du prochain; nous pouvons tirer du précepte évangélique du pardon et de la miséricorde des ferments régénérateurs de la société. »2
Oui, oui, mais ce ne sont pas des vitamines et vous êtes fatigués ? Vous pensez que votre prière de fêtard attardé ne vaut rien, que vous allez passer la messe à dormir et qu’il vaut mieux de suite vous glisser au fond de votre lit ? Dites, vous connaissez ce poème de Charles Péguy ?
« Or, je le dis, dit Dieu, je ne connais rien d’aussi beau dans tout le monde, qu’un petit enfant qui s’endort en faisant sa prière, sous l’aile de son ange gardien, et qui rit aux anges en commençant de s’endormir ; et qui mêle déjà tout ça ensemble, et n’y comprend plus rien… Et qui fourre les paroles du Notre Père à tort et à travers, pêle-mêle, dans les Paroles du Je vous salue Marie. Pendant qu’un voile déjà descend sur ses paupières. »3
Le petit enfant, le 1er janvier, c’est un peu nous, bredouillants de fatigue. Moins innocents, certainement, mais venus tout de même, prier…
Et cette année, le 1er janvier tombe un dimanche : ça vous dirait de venir prier avec moi ? De prier avec nous tous, pour nous tous ? De prier pour la Paix qui n’est ni utopie, ni idée de bisounours pacifique à gros cœur peace and love, mais une réalité à bâtir, chaque jour, par nos vies?
Comment ? Le 1er janvier, la nouvelle année, se confier au Seigneur, Marie mère de Dieu, la violence et la prière pour la paix… « Il dit qu’il voit pas le rapport » ?
« Ave, Mère sainte ! Vierge, Fille de Sion, comme ton cœur de Mère doit souffrir de ce sang !L’enfant, que tu serres contre ta poitrine, porte un nom cher aux peuples de religion biblique : Jésus, qui signifie « Dieu sauve ». C’est ainsi que l’appela l’archange avant qu’il ne soit conçu dans ton sein.
Sur le visage du Messie nouveau-né, nous reconnaissons le visage de chacun de tes enfants outragés et exploités. Nous reconnaissons en particulier le visage des enfants, quelle que soit la race, le pays et la culture auxquels ils appartiennent.Pour eux, Ô Marie, pour leur avenir, nous te demandons d’émouvoir les cœurs endurcis par la haine, afin qu’ils s’ouvrent à l’amour et que la vengeance cède finalement la place au pardon.Ô Mère, obtiens pour nous que la vérité de l’affirmation « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon », s’imprime dans le cœur de tous. La famille humaine pourra ainsi retrouver la paix véritable, qui naît de la rencontre entre la justice et la miséricorde.Mère sainte, Mère du Prince de la Paix, aide-nous !Mère de l’humanité et Reine de la Paix, prie pour nous ! »4
Et en guise d’étrennes, ce bonus presque exclusif : Le message du pape Benoît XVI pour la journée de la Paix 2012 : « éduquer les jeunes à la justice et à la paix ».
- Paul VI, Message « pour la célébration d’une journée de la paix », 1er janvier 1968 [↩]
- ibid. [↩]
- in Le Mystère des Saints Innocents [↩]
- Extrait de l’homélie de Jean-Paul II du 1er janvier 2002, prière de 10 ans d’âge, prière de 10 ans d’actualité… [↩]
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Bon, nous serons un peu loin l’un de l’autre, mais nous serons quand même à la messe ensemble, au moins dans l’union de notre prière.
Bonne messe, et bonne année !
On sera deux (au moins) à soigner notre réputation d’originales, pour ma part je me suis même engagée à animer la Messe ! Et je reçois chez moi la veille… Joli rappel de l’importance de cette fête en tout cas ; avec un peu de Péguy en prime, merci à toi ! Belle fête de la Sainte Famille aussi aujourd’hui d’ailleurs…
Moi aussi, je soignerai ma réputation d’originale… en allant à la messe dimanche soir (les messes du soir, c’est parfait pour les lendemains difficiles) ! Mais avec vous, je prierai aussi pour la paix, et pour qu’elle commence ici, maintenant, dans notre coeur.
Merci pour Péguy… Je sens que celui-là, je vais vite le lire (heureusement que Péguy est dans le domaine public, maintenant, ça me dispensera d’acheter le bouquin).
On sera au moins trois Anne-Laure , idem pour la messe
En union de prière avec vous tous.